Carpeaux : le sculpteur du sourire

10/10/2020 → 04/01/2021
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Autoportrait à la casaque rouge (1862), huile sur toile, musée des Beaux-Arts de Valenciennes.

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Entre le jeune pensionnaire bouillonnant de la Villa Médicis à Rome et le portraitiste du Second Empire, c’est un artiste au double visage que l’on découvre au musée Hébert, dans la très belle exposition consacrée à Jean-Baptiste Carpeaux.

Autoportrait à la casaque rouge (1862), huile sur toile, musée des Beaux-Arts de Valenciennes.

 

Le corps est juvénile et musclé. Mais ce qui frappe le plus dans la statue de ce jeune pêcheur napolitain exposée au musée Hébert, c’est son sourire émerveillé, si candide, quand il découvre le bruit de la mer dans un coquillage. On le croirait vivant, cet enfant ! Ce sourire énigmatique, pouvant virer au rictus, deviendra l’une des marques de fabrique de Jean-Baptiste Carpeaux – surnommé le « sculpteur du sourire ».

Avec cette œuvre de 1857, le jeune pensionnaire ambitieux de la Villa Médicis, à Rome, connaîtra l’un de ses tout premiers succès.

 

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Rieur napolitain (1863), terre cuite. Collection Musée Hébert.
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Rieur napolitain (1863), terre cuite. Collection Musée Hébert

 

Né en 1827 à Valenciennes dans un milieu modeste – son père est maçon et sa mère, dentellière –, décédé en 1875 d’un cancer à l’âge de 48 ans, il s’imposera en quelques années comme l’un des sculpteurs les plus célèbres de leur temps, jusqu’à devenir le portraitiste de la princesse Mathilde ou du prince impérial.

“Aucun sculpteur n’a mis comme lui, dans le marbre, le bronze, la terre cuite, la vie grasse de la chair”, dit de lui Edmond de Goncourt en 1865.

C’est cette carrière fulgurante, émaillée de scandales, que nous raconte le musée Hébert à travers une quarantaine de sculptures, mais aussi des peintures et des dessins prêtés par le musée d’Orsay, le musée des Beaux-Arts de Valenciennes, le Petit Palais/musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, le Musée de Grenoble, le musée Faure d’Aix-les-Bains… La maison d’Ernest Hébert, à La Tronche, avec tous ses souvenirs, offre un décor rêvé pour cette plongée au cœur du Second Empire, dans l’œuvre de Carpeaux.

Titulaire du prix de Rome bien avant lui, le peintre eut d’ailleurs l’occasion à plusieurs reprises de soutenir le bouillonnant artiste.

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La Palombella au pane, épreuve en terre cuite, musée des Beaux-Arts de Valenciennes.
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La Palombella au pane, épreuve en terre cuite, musée des Beaux-Arts de Valenciennes.

 

D’un tempérament exalté et ombrageux, sûr de son talent, Jean-Baptiste Carpeaux avait en effet le don de se mettre tout le monde à dos. Allant jusqu’à détruire rageusement ses œuvres à la première remarque ! Ses autoportraits peints (dont deux sont présentés au musée) montrent aussi qu’il était sans complaisance envers lui-même. Il lui fallut ainsi batailler pour imposer à l’Académie sa représentation d’Ugolin – ce personnage de Dante qui finit par dévorer sa propre progéniture.

L’œuvre, destinée à « valider » son séjour à Rome, ne répond à aucune des règles exigées par l’Académie des beaux-arts. Son groupe compte cinq personnages (un seulement était autorisé). Tous sont saisissants d’expressivité ! Le jury finit par l’accepter de guerre lasse. C’est l’un de ses chefs-d’œuvre.

 

Des portraits sans complaisance

Ce fichu caractère ne l’empêchera pas à son retour à Paris de se faire admettre dans le salon de la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III, à qui il devra beaucoup de commandes officielles.

Ses portraits et bustes, qui sont autant d’études psychologiques criantes de vérité, font recette auprès de la bourgeoisie. Bien avant Rodin (l’un de ses admirateurs), Carpeaux aura aussi l’idée de diffuser ses œuvres à un large public en les déclinant à tous les prix, dans différents matériaux – plâtre, bronze, marbre et même biscuit de porcelaine. Son portrait en pied du prince héritier avec son chien, dont il fera de multiples exemplaires, assurera sa renommée !

Cette proximité avec l’empereur et son mépris des conventions lui vaudront aussi de sérieuses inimitiés. Sa Danse, vaste fresque commandée pour orner la façade du nouvel opéra construit par son ami Charles Garnier en 1861, est conspuée par la foule, qui ne voit dans ces danseuses nues que de vulgaires bacchantes. L’empereur lui-même décide de la faire enlever !

Mais la guerre de 1870 éclate et l’œuvre (aujourd’hui au musée d’Orsay) est paradoxalement sauvée. On peut toujours voir sa copie sur la façade du Palais Garnier. Et au musée Hébert, on peut entrer dans l’œuvre à travers un dispositif interactif innovant conçu par Pauline de Chalendar qui permet de prendre le crayon à la place de Carpeaux !

 

Encart

Pratique

Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) -  Au musée Hébert, à La Tronche - Jusqu’au 4 janvier 2021

De l’autre côté/Galerie Hébert - Entrée libre

Contact : musee-hebert.fr

 

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