PRÉCIEUSES

RELIQUES

Patrimoine

De récits épiques en légendes dorées, c’est à une épopée fabuleuse sur les chemins de pèlerinage au Moyen Âge que nous convie depuis cet été le musée de Saint-Antoine-l’Abbaye, avec une exposition sur les reliques. 

Par Véronique Granger

  • Bras reliquaire du XIVe siècle. Cuivre, bois, quartz et améthyste (Musée Paul Dupuis,Toulouse).

Bras reliquaire du XIVe siècle. Cuivre, bois, quartz et améthyste (Musée Paul Dupuis, Toulouse).

 

En 1119 était bâti le premier sanctuaire destiné à abriter les reliques d’Antoine le Grand, ramenées d’Orient par un seigneur issu des comtes de Poitiers. Pour ce 900e anniversaire, le musée de Saint-Antoine-l’Abbaye nous invite à refaire le voyage de ces « corps saints », transmis par le biais de seigneurs colporteurs. Le culte des reliques, intimement lié à celui des saints au Moyen Âge, va donner lieu à un commerce florissant.

Saint linceul, tête de saint Jean-Baptiste, dents de lait, poils de barbe ou « souffle de Jésus » en bouteille… Importées le plus souvent de Constantinople ou de Rome, puis commercialisées via les grandes cités marchandes italiennes comme Venise, les reliques (authentifiées ou frauduleuses) se multiplient en Occident en même temps que les reliquaires précieux et les sanctuaires voués à leur vénération.

Car autour des reliques, ce sont des enjeux de pouvoir qui se dessinent : chaque roi, chaque évêque recherche une relique plus prestigieuse que celle de son rival. Véritable incarnation du saint, la relique et les rituels liturgiques toujours plus ostentatoires qui accompagnent son culte attirent les pèlerins de l’Europe entière…

 

>  UNE VÉNÉRATION OSTENTATOIRE

 

Les récits détaillés de ces derniers, mais aussi l’inventaire dressé par Aymar Falco, historiographe de l’ordre des hospitaliers de Saint-Antoine en 1534, attestent de l’abondante collection alors conservée dans le sanctuaire antonin et de sa notoriété.

Parmi les saints guérisseurs les plus populaires de l’époque, saint Antoine devient l’objet d’un pèlerinage à part entière. Reliquaires ornés de pierres précieuses et de verroteries, manuscrits enluminés, estampes et tapisseries spectaculaires : les pièces issues du trésor de la cathédrale de Liège (celui de Saint-Antoine ayant été pillé en 1562) ou de prestigieuses collections nationales, prêtées pour l’exposition, laissent imaginer la munificence associée au culte de ces restes saints.

En nous transportant sur ce « chemin d’étoiles », le musée nous ramène à ce besoin universel de l’homme, présent dans toutes les religions, de recourir à des objets sacralisés, capables de le rassurer et de le faire accéder à la grâce. Croyant ou pas, on redécouvrira à l’occasion la magie d’un site patrimonial intemporel et bientôt millénaire.

 

 ZOOM 

UN CHEF-D'ŒUVRE DU MUSÉE DE CLUNY

Prêt exceptionnel du musée de Cluny, cette tapisserie monumentale de laine et soie (6,7 mètres de large et 3,6 mètres de haut) datée de 1510-1520, figure le Départ de l’Enfant prodigue, une parabole biblique relatant le parcours semé d’embûches d’un jeune homme en quête d’émancipation. Un « chemin de croix » qui suit probablement celui des reliques…

 PRATIQUE 

« CHEMINS D'ÉTOILES. RELIQUES ET PÈLERINAGES AU MOYEN ÂGE »

Jusqu’au 10 novembre au Musée de Saint-Antoine-l’Abbaye.

Découvrez les horaires et la programmation exceptionnelle du 9e centenaire (concerts, ateliers, conférences) sur musee-saint-antoine.fr .

Voir aussi le catalogue paru aux Éditions Ouest-France.
 

Contact : 04 76 36 40 68.

Publié le : 
08 août 2019