Amazonie[s], forêt-monde

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Femme autochtone photographiée avant le départ de la Marche des femmes autochtones, Brasilia, Brésil, 13 août 2019.

Delphine Fabbri-Lawson

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Chapô

Le Musée dauphinois a toujours aimé élargir ses horizons au-delà des Alpes. Après le Grand Nord canadien en 2016, puis le Japon en 2018, il nous plonge cet automne au cœur de l’Amazonie, cette forêt-monde d’une extraordinaire richesse.

Femme autochtone photographiée avant le départ de la Marche des femmes autochtones, Brasilia, Brésil, 13 août 2019.

 

L’Amazonie, depuis quelques années, revient souvent sous les feux de l’actualité et même sous les feux au sens littéral, avec ces incendies criminels qui dévastent les terres pour mieux spolier les populations autochtones de leurs droits.

Les médias évoquent de plus en plus leur combat face aux géants de l’agrobusiness, à l’orpaillage illégal, à l’extraction massive du bois, aux grands barrages hydroélectriques qui assèchent des régions entières… Le seuil d’alerte est atteint : c’est la survie même de l’Amazonie qui est en jeu et avec elle, celle de nombreuses espèces… dont la nôtre.

 

Déconstruire les croyances

Mais au-delà de ces grands enjeux et des images d’Épinal, que sait-on au juste de ce vaste territoire de 7 millions de kilomètres carrés (soit dix fois la France), trop souvent décrit (à tort) comme le poumon de la planète ?

Ce réservoir de biodiversité appartient-il aux neuf pays traversés (dont la France, avec la Guyane), ou s’agit-il d’un bien commun à l’Humanité ? Que connaît-on de ses habitants, trop souvent réduits par l’imaginaire collectif à des peuplades indigènes isolées ?

“Notre premier objectif, c’est de déconstruire les préjugés et de faire entendre la voix des populations amérindiennes, de donner à comprendre leurs cultures et leurs croyances, annonce Fabienne Pluchart, commissaire de l’exposition. L’Amazonie n’est pas cette entité verte gigantesque peuplée d’animaux exotiques, mais une mosaïque de territoires alternant des savanes et des forêts profondes, des fleuves immenses et des populations diverses, sans frontière.”

 

Faire entendre la voix des Amérindiens

Dans sa première partie, l’exposition nous invite ainsi à remonter les siècles et le fleuve Amazone, à travers les résultats des fouilles archéologiques entamées depuis une trentaine d’années. La science a confirmé les récits des tout premiers conquistadors portugais au XVIe siècle, évoquant ces villes grouillant de monde édifiées au bord des fleuves.

“En 1500, on estime qu’il y avait de 7 à 10 millions d’habitants, soit autant qu’en Europe. Le territoire, loin d’être une forêt vierge, avait été fertilisé grâce aux travaux agricoles réalisés en communion avec la nature. En deux siècles de colonisation, les peuples amérindiens ont été décimés à 90 % par les maladies importées et par l’asservissement”, rappelle la conservatrice.

Aujourd’hui, il existerait encore 400 langues parlées en Amazonie. Cette diversité est toutefois largement en péril, comme celle de la faune et de la flore. L’exposition est ponctuée de photos, de témoignages sonores (retranscrits en teko, wayana, wayãpi, français et anglais) et d’objets ethnographiques, grâce notamment à un prêt exceptionnel du musée d’Histoire naturelle de Lille.

On pénètre dans l’intimité de ces populations qui vivent en communion profonde avec d’autres espèces que la nôtre. Les doubles portraits du photojournaliste Miquel Dewever-Plana nous sensibilisent enfin aux problématiques de ces jeunes Guyanais écartelés entre leur identité amérindienne et la culture française.

“L’ambition, c’est aussi d’impliquer les visiteurs. En achetant du bois et de l’or non tracés, de la viande, du soja, nous participons tous quelque part à cette destruction.”

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Vue aérienne du barrage de Belo Monte, Brésil, 12 mars 2016.
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