1937-1939 : l’exil des républicains espagnols en Isère

Marion Frison
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Réfugiés espagnols perthus

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Entre 1937 et 1939, des centaines de milliers de républicains espagnols fuyant l’avancée des troupes nationalistes du général Franco se réfugient en France. Quelques milliers d’entre eux trouvent asile en Isère.

Le 19 juin 1937, Bilbao tombe aux mains des franquistes, provoquant l’exode de nombreux républicains espagnols. Dès l’été 1937, le département de l’Isère accueille 450 d’entre eux sur ordre du gouvernement, en dépit du manque d’empressement du préfet. “Les possibilités industrielles et la situation du chômage en Isère ne permettent pas l’absorption des réfugiés espagnols dans l’économie”, estime-t-il.

De fait, à l’époque, en dépit des espoirs suscités par le Front populaire, la France subit de plein fouet les effets de la crise économique de 1929 qui déclenche une vague de xénophobie.

De Grenoble à Fort-Barraux

Les réfugiés sont répartis entre l’école Vaucanson, à Grenoble, et l’Ecole nationale professionnelle, à Voiron. Le 11 septembre, à l’approche de la rentrée scolaire, ils sont transférés en hâte dans le centre d’hébergement de Fort-Barraux, qui offre, à l’époque, des conditions d’accueil décentes. La forteresse n’a pas encore acquis la sinistre réputation qui sera la sienne en 1940, lorsqu’on y enfermera « les indésirables - étrangers et français, syndicalistes, communistes, homosexuels, juifs… ».

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Fort Barraux
Dossier
Le Fort-Barraux.

 

Mais déjà, de nombreux réfugiés décident de reprendre les armes et le centre d’hébergement ferme ses portes le 27 octobre 1937. Le 26 janvier 1939, quand la ville de Barcelone tombe aux mains des franquistes, la « Retirada » provoque un exode beaucoup plus massif vers la France. En deux semaines, 475 000 réfugiés passent la frontière des Pyrénées sous les bombardements des aviations franquistes et italiennes ; avant d’être parqués dans des camps de fortune construits sur les plages d'Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien et Barcarès, dont ils repartiront vers les 77 départements français désignés par le gouvernement pour les accueillir.

Une situation explosive

Entre le 30 et le 31 janvier 1939, 2 000 d’entre eux s’arrêtent en gare de Grenoble. Ils sont regroupés au grand palais de la Houille Blanche dans le parc Paul Mistral, dans des conditions sanitaires sordides.

Trente-cinq personnes meurent en trois mois, faute de soins. “La France a déshonoré la République à Grenoble”, titre alors la Voix du Peuple. La promiscuité et l’hygiène rendent la situation explosive. Pressé de trouver une alternative, le préfet recense des sites potentiels et sollicite les maires, déclenchant un tollé de protestations.

En juillet 1939, les réfugiés sont finalement conduits à Arandon, près de Morestel, dans un camp clos par une double rangée de barbelés et surveillé par des gardes mobiles. Ils manquent de couvertures, de vêtements, de nourriture et se battent contre les poux et les rats.

L’attitude du gouvernement est des plus équivoques. Les internés sont traités avec la plus grande méfiance, mais à partir de la déclaration de guerre, face au besoin de main d’œuvre, l’administration les intègre à l’économie de guerre, avant d’ordonner leur rapatriement dans une ultime volte-face. “Les missions d’humanité qui ont poussé à l’accueil des réfugiés perdent leur valeur pendant la guerre, il faut donc procéder au retour massif en Espagne des réfugiés en Isère”, stipule une circulaire du ministère de l’Intérieur du 19 septembre.

Le camp d’Arandon ferme un mois plus tard. Mais la fin de la guerre civile et la victoire de Franco dissuadent les brigadistes de rentrer dans leur pays. Certains s’engagent alors dans la résistance. Nombre d’entre eux seront déportés dans les camps de concentration, dont ils ne reviendront pas.

 

Encart

 

Si cette période de l'histoire vous intéresse, vous pouvez vous plonger dans l'ouvrage de Robert Buffat intitulé  : "L'exode espagnol". Ce livre compile les témoignages de dix isérois(e) ayant vécu cette tragédie.

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Repères

 

Le contexte

Le 18 juillet 1936, en Espagne, le coup d’état de la junte militaire contre la jeune république proclamée cinq ans plus tôt marque le coup d’envoi de la guerre civile qui va opposer républicains et franquistes pendant près de trois ans.

L'Allemagne d'Hitler et l'Italie de Mussolini apportent leur soutien aux troupes rebelles du général Franco, tandis que la France et la Grande-Bretagne décident de ne pas intervenir.

Deux évènements vont provoquer l’exode massif des réfugiés espagnols vers la France. La campagne du nord, qui se solde par la chute des Pays basques en 1937, et la chute de la Catalogne en janvier 1939.

Dans les deux cas, le département de l’Isère est réquisitionné pour accueillir des réfugiés. La guerre civile s’achèvera en avril 1939 par la défaite des républicains et l’établissement de la dictature du général Franco qui conservera le pouvoir absolu jusqu’à sa mort, en 1975.

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Isérois et solidaires

Parallèlement à cette politique d’accueil contradictoire mise en place par les autorités iséroises, on voit se développer, dans tout le département, un formidable élan de solidarité.

Dès le début du conflit, différents organismes se créent comme le Comité d’aide aux victimes du fascisme espagnol formé par les organisations du Front populaire pour centraliser les mouvements de solidarité. Bals, tombolas, collectes de fonds… Partout, on se mobilise au profit des républicains espagnols.

À l’usine Brun de Grenoble, les ouvriers offrent une journée de salaire. Certains Isérois se proposent même pour héberger des réfugiés chez eux. Par ailleurs, des communes participent à cet élan de solidarité, à l’image de Livet-Gavet, haut lieu de l’immigration russe et chinoise au début du XXe siècle.


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Un accueil improvisé

Résolu à rester en marge du conflit espagnol tout en venant au secours des victimes de ce dernier, le gouvernement français a adopté une politique d’accueil hasardeuse.

Vite débordé par l’afflux des réfugiés dont il a largement sous-estimé l’ampleur, craignant l’influence des communistes sur les réfugiés, les autorités iséroises ont progressivement durci le ton, passant d’une politique d’hébergement à une politique d’enfermement.

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