Dormir là-haut

Véronique Granger
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Refuge de l'aigle
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Chapô

Des abris rocheux des pionniers aux bivouacs bioclimatiques connectés du XXIe siècle, les refuges d’altitude ont bien changé en deux cents ans ! Le Musée dauphinois nous raconte l’histoire de ces lieux ancrés dans l’imaginaire montagnard.

Photo d'ouverture : La cabane de l’Aigle, construite à 3440 mètres d’altitude sur un piton rocheux au pied de la Meije, est l’une des plus hautes d’Europe. Elle a été reconstruite à l’identique en 2014.

 

Longtemps, avant que le Genevois Horace Bénédict de Saussure ne plante sa tente au sommet du mont Blanc, en 1787, et ne lance la vogue des ascensions scientifiques, la montagne fut le refuge des brigands, des hérétiques ou des ermites…

Un milieu hostile et effrayant, où l’homme se contentait d’un abri-sous-roche ou d’une cabane en pierres locales. Puis les alpinistes, enhardis, éprouvèrent le besoin de construire des abris plus élaborés à des points stratégiques, pour poursuivre toujours plus haut.

Construit en 1853 sur un pic rocheux à 3 051 mètres d’altitude avec une charpente en bois acheminée à dos d’hommes et de mulets, le premier refuge des Grands-Mulets à Chamonix – agrandi et reconstruit depuis – servira de prototype à ces refuges dits « tout en un » où l’on s’entasse à 50 sur des bat-flanc à deux ou trois niveaux, dans une pièce unique où l’on casse-croûte à la fortune du pot.

La cabane de l’Aigle, édifiée en 1910 à 3 450 mètres d’altitude au pied de la Meije (3 983 mètres) par la Fédération française des clubs alpins de montagne (FFCAM), compte parmi ces lieux emblématiques où flotte l’âme des pionniers. Fermé en 2012 pour non-respect des normes incendie, le refuge a ainsi été reconstruit à l’identique, après une polémique passionnée entre les anciens – pour qui la convivialité et l’esprit de solidarité originels priment – et une nouvelle génération de montagnards, adeptes d’un confort moins spartiate.

À la fin du XIXe siècle, d’autres types de constructions moins rudimentaires, accessibles par un chemin carrossable, commencent à pousser en altitude. Devant l’afflux des excursionnistes à La Bérarde, dans l’Oisans, la Société des touristes du Dauphiné (STD) ouvre son premier chalet-hôtel en 1876. La Fare ou Jean-Collet, dans le massif de Belledonne, appartiennent à cette famille de « refuges 2.0 », plus spacieux, où l’on dispose d’au moins un point d’eau pour la tambouille et la toilette. À la même époque, les gardiens font aussi leur apparition : à l’approche de la nuit, le randonneur est assuré de trouver un havre pour se réchauffer, se restaurer, s’informer sur la météo à venir…

Surfréquentation et changement climatique

Puis l’hélitreuillage dans les années 1960 va encore révolutionner l’approvisionnement et le profil architectural de ces bâtisses de l’extrême, renforcées en béton armé. Soixante ans plus tard, il faut réserver par Internet le gîte et le couvert. L’esprit de conquête et de performance des premiers alpinistes a cédé peu à peu le terrain à la quête d’aventure et de dépassement de soi d’une masse toujours plus importante de randonneurs citadins.

“Les refuges sont aujourd’hui confrontés à de nouveaux défis, comme la surfréquentation et le réchauffement climatique : beaucoup, devenus trop vétustes, sont condamnés avec l’effondrement de pans entiers de la montagne”, explique Agnès Jonquères, commissaire de l’exposition du Musée dauphinois sur les refuges alpins.

À travers le riche fonds photographique du service de l’inventaire de la région Auvergne-Rhône-Alpes, en partenariat avec l’école nationale supérieure d’architecture de Grenoble, le Musée nous raconte l’histoire de ces abris alpins, indissociable de celle de l’alpinisme – une activité inscrite désormais au patrimoine mondial de l’Unesco.

Ceux qui n’ont jamais tenté l’aventure pourront visiter une exacte réplique de la cabane de l’Aigle, reconstruite par les compagnons charpentiers du Tour de France – et garnie d’authentiques godillots, popotes ou sacs à dos d’époque, extraits des greniers par de généreux donateurs !

Livres d’or, maquettes, interviews vidéo de gardiens, prototypes du refuge Tonneau de Charlotte Perriand ou de refuges futuristes créés par Refuge Remix* : de quoi ouvrir de nouveaux horizons sur notre relation à cette montagne sauvage et abrupte, en pleine conquête immobilière…

 

Encart

Pratique : « Refuges alpins, de l’abri de fortune au tourisme d’altitude. »

Jusqu’au 21 juin 2021 au Musée Dauphinois, à Grenoble.

Entrée libre, tous les jours sauf le mardi.

Horaires sur musee-dauphinois.fr

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