Aux sources du savon

Véronique Granger
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Savons Saint-Antoine
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Chapô

Après nous avoir introduits dans le boudoir autour d’une merveilleuse collection de poudriers, le musée de Saint-Antoine-l’Abbaye nous invite à la salle de bains, aux sources du propre. Visite embaumée.

Tôles lithographiées, cubes de savon anciens, porte-savon en verre de Murano, nécessaires à barbe… Passer le savon ou la pommade, c’est tout un art !

Depuis l’âge de 15 ans, le Grenoblois Philippe Gayet chine ces objets raffinés, liés à la toilette et au parfum, qui fleurent bon le propre. Poursuivant sa collaboration avec le musée de Saint-Antoine-l’Abbaye, celui que l’on connaît déjà comme pulvipyxiphile – collectionneur de poudriers, pour les néophytes – nous dévoile cette fois son authentique passion pour ce petit pavé aux multiples vertus, dont l’invention sous sa forme solide serait due à nos ancêtres les Gaulois.

Les hospitaliers de l’ordre de Saint-Antoine l’utilisèrent sans doute au Moyen Âge pour laver les plaies des malades atteints du mal des ardents – cette maladie de peau qui provoquait d’insoutenables brûlures. L’usage du savon, importé de Mésopotamie, demeura toutefois longtemps l’apanage des soignants et d’une élite, jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Quand l’eau chaude était bannie

“Le principe de la saponification était connu il y a plus de quatre mille ans. Les Phéniciens commercialisèrent cette pâte à base d’huile d’olive et de cendres de laurier dans tout le bassin méditerranéen, raconte Philippe Gayet. Mais à la Renaissance, les étuves publiques furent peu à peu fermées et les pratiques médiévales d’immersion dans un bain, condamnées : l’eau chaude était accusée de favoriser la transmission de la peste ou du choléra en dilatant les pores !”

À la fin du XVIIIe siècle, les prémices de l’hygiène moderne apparaissent dans l’aristocratie avec l’usage du bidet, tandis qu’une industrie du savon se développe à Marseille. L’édit de Colbert bloquant les importations, en 1688, favorise les fabrications locales à base d’huile d’olive et de cendres d’algues. Deux siècles plus tard, avec les découvertes médicales de Pasteur sur les vertus de l’hygiène et les progrès de la chimie sur les sels carboxylates d’acides gras, les savonneries se multiplient et prospèrent dans la cité phocéenne : on en compte une centaine au XIXe siècle.

Il faudra toutefois attendre les années 1950, avec l’arrivée de l’eau courante dans les habitations, pour voir le savon se démocratiser. L’arrivée de nouveaux produits de synthèse – soude caustique, glycérol… – et l’introduction d’huiles moins coûteuses, comme celle de palme, vont toutefois précipiter aussi son déclin. Aujourd’hui fabriqués en masse par l’industrie chimique en Turquie et en Chine, les savons n’ont plus guère d’originel que le nom.

Heureusement, de nouveaux savonniers artisanaux remettent au goût du jour ce produit glycériné ancestral, naturel et biodégradable, qui respecte la peau et l’environnement. Toute une histoire qui embaume Saint-Antoine…

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Contact : 04 76 36 40 68.

musees.isere.fr

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Ravier - les toits de Morestel

 

Quand Ravier rencontre Vinay

François-Auguste Ravier naquit à Lyon en 1814 et décéda en 1895 à Morestel. Jean Vinay vit le jour en 1907 à Saint-Marcellin et s’éteignit en 1978 à L’Albenc.

Un siècle ou presque sépare le précurseur des impressionnistes, admirateur de Corot, et le peintre expressionniste de l’École de Paris.

La Maison Ravier, à Morestel, et le musée de Saint-Antoine-l’Abbaye – où sont conservées les œuvres de Jean Vinay – font se rencontrer les deux artistes autour de ces paysages du Dauphiné ou d’ailleurs qu’ils immortalisèrent tous les deux : Ravier dans ses tons d’ocres et de brun, Vinay dans sa palette fauve haute en couleur.

Un dialogue fécond entre deux maîtres à travers une cinquantaine d’œuvres.

© Pierre Aubert.

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Pratique

Deux expositions et une installation cinétique

  • « Le baume et le savon, une histoire du corps. » Jusqu’au 13 décembre.
  • « Paysages croisés. François-Auguste Ravier / Jean Vinay. » Jusqu'au 23 août.

Voir également l’installation poétique du plasticien Lionel Stocard, Baume volatil, autour du parfum.

Musée de Saint-Antoine-l’Abbaye. Entrée gratuite, tous les jours de 14 h à 18 h (fermé le mardi).

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