1917 : Grenoble inaugure son école hôtelière

Marion Frison
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École hotelière - Lesdiguières
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En 1917, quelques pionniers, professionnels du tourisme, élus et enseignants, conscients du rôle que pourrait jouer le tourisme dans les Alpes après-guerre, créent à Grenoble l’École pratique d’industrie hôtelière des Alpes françaises.

À la fin du XIXe siècle, le tourisme connaît un essor sans précédent dans le Dauphiné. Le thermalisme et les lacs attirent une clientèle française et internationale fortunée. “Grenoble est un centre de tourisme de premier ordre. Pour exploiter les hôtels créés ou à créer dans la région, le besoin urgent se fait sentir de la formation d’un important personnel hôtelier français par une école hôtelière”, martèle le Syndicat d’initiative de Grenoble dès 1916. En pleine guerre mondiale ! Ce qui en dit long sur les enjeux.

Il faudra néanmoins toute la force de persuasion de Léon Perrier, député de l’Isère, d’Antonin Dubost, président du conseil départemental, et de Nestor Cornier, maire de Grenoble, pour convaincre, en haut lieu, de la légitimité du projet. Créée le 29 décembre 1916 par le ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes, l’École pratique d’industrie hôtelière des Alpes françaises ouvre ses portes le 1er octobre 1917. Initialement réservée aux garçons, elle accueillera les filles dès l’année suivante.

 

De la Bourse du commerce à l’Hôtel Lesdiguières

L’établissement dispense une formation à la fois générale et technique. Les huit élèves de la première promotion vont de leurs salles de classe situées à la Bourse du commerce de Grenoble, avenue Félix-Viallet, au Grand Hôtel moderne de la rue Félix-Poulat, où ils se mettent aux fourneaux. Le succès est immédiat, et quatre ans plus tard, l’école accueille 41 élèves.

En 1935, la ville lui offre le cadre idéal pour son enseignement technique, l’Hôtel Lesdiguières. Durant l’entre-deux guerres, les diplômés de l’école font carrière aux quatre coins de la planète. L’empire colonial offre des perspectives attrayantes. Et à partir des années 1930, le tourisme saisonnier offre de nouveaux débouchés.

 

À l’étroit dans ses murs

Rattachée en 1924 à l’école Vaucanson, l’école hôtelière acquiert son indépendance en 1963. Rebaptisée Lycée municipal mixte hôtelier de Grenoble, elle emménage 82 cours de la Libération dans des locaux exigus aujourd’hui disparus. Pendant trente ans, les élèves vont errer d’un bâtiment à l’autre, entre leurs salles de classe et l’Hôtel Lesdiguières.

“À l’occasion d’un incendie ou de l’explosion malencontreuse d’une chaudière, les cours se déroulaient au lycée Jean-Bart ou au centre Malherbe. Quant aux internes, reconnaissables au fait qu’ils se déplaçaient toujours une valise à la main, ils connaissaient simultanément ou successivement les délices des Eaux-Claires, de Jean-Bart, de Vaucanson et de Louise Michel”, confiait avec humour Humbert Lazzarotto, un professeur du lycée, à l’occasion des 80 ans de l’établissement.

Les projets de rattachement aux lycées de Seyssinet en 1972, puis du Grésivaudan en 1980, tournent court, la direction refusant de céder un pouce d’autonomie. En 1981, le conseil municipal de Grenoble tranche : le nouveau lycée sera construit sur le terrain de camping situé derrière l’Hôtel Lesdiguières. Il faudra néanmoins attendre 1990 pour que les travaux démarrent… Et septembre 1992 pour que le nouvel établissement soit inauguré.

Depuis, le lycée, qui forme chaque année 800 jeunes, a opéré une mutation en profondeur pour s’adapter aux nouvelles contraintes de l’hôtellerie et du tourisme, décrochant en 2002 la labellisation Lycée des métiers de l’hôtellerie et du tourisme.

“Nous sommes en permanente évolution, souligne Eddy Fourna, directeur délégué aux formations et directeur de l’Hôtel-Restaurant Lesdiguières. La crise sanitaire actuelle, si elle perdure, nous conduira nécessairement à nous réinterroger sur notre rapport à l’hôtellerie, au tourisme et à la formation.

 

Bibliographie : École hôtelière Lesdiguières de Grenoble, un siècle d’histoire et de passion, Éditions Le Dauphiné libéré.

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Histoire

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Hôtel Lesdiguières
Dossier

 

Deux institutions liées par le destin

L’ école hôtelière de Grenoble a été la première en France à posséder un hôtel. Construit en 1896 par un négociant local, Alfred Viallet, le Grand-Hôtel Lesdiguières a été revendu l’année suivante (son propriétaire ayant fait faillite), puis racheté en 1918 par la société Les Champs Elysées de Grenoble, présidée par Aimé Bouchayer.

Dès 1919, l’industriel grenoblois met l’établissement, fermé depuis le début de la guerre, à la disposition de l’école hôtelière pour en faire un hôtel d’application. Les débuts sont modestes. L’hôtel abritant l’internat, seules quatre chambres sont réservées aux clients. “Tout se borne, pour cette jeunesse, à préparer la cuisine d’internat pour leurs camarades”, dénonce-t-on.

En 1932, la Ville de Grenoble acquiert l’établissement, le rénove et le modernise, bien décidée à en faire un « hôtel-école » digne de ce nom. Les résultats ne se font pas attendre. Dès 1935, l’école accueille 100 élèves de 11 nationalités. Depuis, l’établissement poursuit sa mission de formation, les ateliers de cuisine et les annexes offrant une plus-value à la formation des élèves.

“Notre hôtel est fier de participer à la promotion des arts de la table et des métiers de l’hôtellerie tout en conservant son caractère emblématique d’établissement au service de la formation et du service public”, souligne Eddy Fourna, directeur délégué aux formations et directeur de l’Hôtel-Restaurant Lesdiguières.

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L’Hôtel Lesdiguières, siège du « 2e Bureau »

En 1942, alors que l’Isère est occupée par les troupes italiennes, le général de Castiglioni, commandant de la division d’infanterie alpine Pusteria, élit résidence dans l’Hôtel Lesdiguières.

L’année suivante, au lendemain de la signature de l’armistice entre l’Italie et les Alliés, l’hôtel est réquisitionné par les Allemands. Ce qui n’empêche pas son directeur, Roger Dutron, un vétéran de la Grande Guerre, d’y installer le « 2e Bureau », service de renseignement de l’armée française.

Il y recevra même plusieurs chefs de la Résistance, parmi lesquels Alain Le Ray, premier chef militaire du maquis du Vercors, et Louis Richerot, alias Tencin, chef de l’un des quatre groupes francs de Grenoble.


Repères

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Le pâtissier grenoblois, Thierry Court

 

Des talents à foison

De nombreux anciens élèves ont porté haut les couleurs de l’école dans la région. À l’image d’Henri Ducret, fondateur du Park Hôtel de Grenoble, Danièle Chavant, à Bresson, Christophe Aribert, chef deux étoiles à Saint-Martin-d’Uriage ou encore le pâtissier-chocolatier Thierry Court (photo).

D’autres grands noms sont sortis de l’école. C’est le cas des chefs triplement étoilés au Guide Michelin Régis Marcon, en Haute-Loire, Michel Troisgros, dans la Loire, ou Nicolas Bottero, chef du Mas Bottero d’Aix-en-Provence, une étoile.

D’autres encore ont reçu des distinctions prestigieuses, comme Jean-Claude Jambon, Philippe Faure-Brac ou Gaétan Bouvier, respectivement Meilleurs Sommeliers du monde en 1986, 1992 et 2016, ou Gérard Caballero, Meilleur Ouvrier de France en 1993.

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