Sur la trace des chartreux, autour du lac de Paladru

Marion Frison
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Lac de Paladru

Frédérick Pattou

  • Découvertes
Chapô

Les moines chartreux de la Sylve-Bénite ont façonné les paysages situés aux abords du lac de Paladru, laissant le témoignage d’une présence pluriséculaire.

Blottie dans un vallon boisé situé sur les hauteurs de la commune du Pin, la chartreuse Sainte-Marie-de-la-Sylve-Bénite a profondément marqué l’histoire de son territoire. C’est là, à l’abri des regards, qu’en 1116, six moines issus de la Grande-Chartreuse se sont installés.

À partir de 1167, Thierry, l’un des frères convers, fils naturel de l’empereur romain germanique Frédéric Ier, dit Barberousse, reçoit de son père, soucieux d’assurer le salut de son âme, d’importants subsides pour faire du petit ermitage un monastère. Dès lors, pour constituer leur « désert », les moines étendent leur emprise sur les territoires environnants, jusqu’à Moirans et Tullins. Les nombreux étangs qu’ils ont créés entre Valencogne et Le Pin pour drainer les terres marécageuses, les mettre en culture et alimenter des moulins témoignent de leur intense activité agricole.

La chartreuse de la Sylve-Bénite

Au cours des siècles, le monastère a connu des fortunes diverses : pillé durant les guerres de Religion par les lieutenants protestants du baron des Adrets, reconstruit au XVIIe siècle, il n’a pas survécu à la Révolution française. Ne subsistent aujourd’hui de l’édifice primitif que l’ancien réfectoire des frères et le cloître du XVIIIe siècle. Propriété privée, il ne se visite pas mais il est encore possible d’apercevoir, de l’extérieur, la maison haute, ancien monastère des pères.

 

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La chartreuse de la Sylve Bénite aujourd'hui

 

Enfin passage obligé des voyageurs venant du nord se rendant à Compostelle, la chartreuse est située sur la Via Gebennensis, itinéraire qui relie Genève au Puy-en-Velay et traverse le département de l’Isère sur 115 kilomètres. Autrefois, son hôtellerie accueillait les pèlerins pour la nuit.

Grange dîmière et port de pêche…

En contrebas, à un kilomètre environ, on découvre l’une des trois granges du monastère : la grange dîmière. Elle servait à stocker les récoltes et la dîme, un impôt levé par l’Église sur les cultures et les troupeaux.

Murs en galets maçonnés, porche monumental, charpente recouverte de tuiles écaillées culminant à 18 mètres de haut… cette « cathédrale agricole » s’impose par ses proportions et ses qualités architecturales.

 

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La grange dimière

 

Restaurée en 1993, elle accueille des expositions estivales d’art contemporain, des ateliers céramiques et des spectacles vivants. En reprenant la route, une halte s’impose en l’église Saint-Christophe du Pin qui abrite quatre tableaux provenant de l’ancien monastère de la Sylve-Bénite.

Enfin, au bord du lac de Paladru, la petite anse située à l’extrémité nord du Yacht Club Grenoble Charavines, en contrebas de la ferme de la Bourgealière, abritait autrefois le port des chartreux. Les moines, qui font abstinence de viande mais sont de grands consommateurs de poissons, ont chassé, dit-on, les habitants du village d’Ars en 1167 afin de se ménager un accès au plan d’eau et d’acquérir officiellement les droits de pêche du tiers du lac.

De quoi alimenter leur consommation personnelle, mais également celle de leurs frères de la Grande-Chartreuse.

 

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Le port des Chartreux
Encart

Pour aller plus loin : Le Fils chartreux de Barberousse, d’Annie Maas, éditions L’Harmattan.

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La croix du Moine-Mort

Dans la région, le souvenir des chartreux est toujours bien vivace. À l’ouest du monastère, au carrefour des chemins de Blaune, de Compostelle, de la Sylve-Bénite et de la chapelle de Milin, se dresse la croix du Moine-mort.

Selon la légende, Thierry, le fils de Barberousse, aurait tué un prêtre et dévasté une église à son arrivée à la Sylve-Bénite. Il aurait fait ériger une croix sur les lieux de son crime. La vérité est autre, semble-t-il.

Cette croix perpétue le souvenir d’un chartreux, frère Eugène, tué en 1590 par les soldats de Lesdiguières alors qu’il les conduisait vers le sanctuaire de Notre-Dame-de-Milin, à Burcin.

 

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Plus d’informations : 04 76 93 17 60

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