Tous sur le pont…

Richard Juillet
Publié le
Modifié le
Pont des moines

F.Pattou

  • Découvertes
Chapô

Ils sont des traits d’union entre les hommes et les territoires. Bâtis, détruits, emportés par les crues, inlassablement reconstruits, nos ponts et viaducs ont chacun une histoire. Tour d’horizon des plus emblématiques de l’Isère.

Jusqu’au XIXe siècle, les ponts n’étaient pas légion en Isère. Au Moyen Âge, on en comptait une quarantaine environ, essentiellement bâtis entre le XIIIe et le XVe siècle pour franchir rivières et ruisseaux (on en compte 1 300 aujourd'hui !). Certes, les Romains avaient déjà érigé quelques ouvrages pour faciliter les échanges entre la Gaule et l’Italie, mais aucun n’a traversé les siècles jusqu’à nous.

À Vienne, par exemple, tous les ponts jetés sur le Rhône de l’Antiquité jusqu’au XVIIe siècle ont été emportés par des crues. Les Viennois ont dû attendre 1829 pour qu’une passerelle suspendue soit enfin aménagée entre les deux rives du Rhône (elle sera emportée en 1840) et 1948 pour pouvoir traverser le fleuve en toute sécurité grâce au pont de Lattre-de-Tassigny.

 

Image
Vienne, chute de la passerellle
Dossier
Crue dévastatrice du Rhône à Vienne au XIXe siècle.

 

Entre-temps, pour franchir l’Isère, le Drac, le Rhône ou la Romanche, voyageurs et villageois empruntaient un passage à gué ou utilisaient un bac à traille. Outre son utilité urbaine, construire un pont n’est pas un acte anodin. Les Romains en bâtissaient pour acheminer plus rapidement leurs armées, contrôler les endroits stratégiques et les axes commerciaux. Ce qui d’ailleurs a permis de dater Grenoble dans l’Histoire.

C’est en effet en 43 av. J.-C. que Grenoble, ou plutôt Cularo, est pour la première fois mentionnée, et cela grâce au pont que le gouverneur Lucius Munatius Plantus a jeté sur l’Isère. À l’époque, il en rend compte au sénateur Cicéron : “En vingt-quatre heures, un pont a été jeté sur l'Isère, grand fleuve qui baigne la frontière des Allobroges, et le 4 des ides de mai [le 12 mai NDLR], j'y ai fait passer mon armée.”

Éléments de liaison…

Bien plus tard, avec l’implantation de communautés religieuses partout en France, de vastes domaines agricoles vont se développer, engendrant la création de voies de communication pérennes et de ponts pour faciliter les échanges et les pèlerinages. Comme à Salaise-sur-Sanne, dans la vallée du Rhône.

Au IXe siècle, quelques moines de l’abbaye de Saint-Claude, dans le Jura, s’installent sur ce territoire vierge. Ils y bâtissent un prieuré, puis un pont enjambant la petite rivière voisine, la Sanne. Daté des XIIe et XIIIe siècles et restauré en 2016, ce pont des Moines, comme il se nomme toujours, est sans doute l’un des plus anciens édifices de l’Isère à avoir conservé sa physionomie d’antan.

En Chartreuse, une autre communauté religieuse laissera derrière elle de nombreux ouvrages singuliers. Sur les huit ponts protégés au titre des monuments historiques* en Isère, six sont l’œuvre des moines chartreux** : le pont de la Dame, le pont de la Forge, le pont de la Petite Vache (aujourd'hui détruit, seuls les soubassements sont visibles) , le pont de la Tannerie, le pont du Grand-Logis et le pont Pérent, tous bâtis entre le XIIe et XVIe siècle.

Le pont Lesdiguières à Claix et au Pont-de-Claix, et le pont Saint-Martin à Vienne complètent cette liste d’ouvrages classés remarquables. À voir et à franchir sans modération…

*Base Mérimée.

** A noter que le pont de Fourvoirie, près de Saint-Laurent-du-Pont, attesté dès 1203 ne figure pas sur la liste des monuments historiques de l'Isère.

Corps suite

Zoom


Les plus imposants

Construit en 1912, le pont de Groslée, sur le Rhône, fut longtemps le plus long pont de l’Isère avec ses 177 mètres de longueur. Il est détrôné en 1951 par le pont de Sablons-Serrières avec ses 185 mètres (photo ci-dessus) puis en 1985 par le pont de Trellins, à Vinay, et ses 232 mètres.

D’autres ouvrages plus récents méritent le détour : le viaduc de l’Eau-d’Olle, à Oz-en-Oisans (620 mètres) et les viaducs du Crozet, à Vif (348 mètres), et de Monestier-de-Clermont (860 mètres), aménagés sur l’autoroute A51 ainsi que deux ouvrages à usage ferroviaire, construits en 1993 pour la ligne LGV Rhône-Alpes : les viaducs de Meyssiez (538 mètres) et de Savas-Mépin (565 mètres).

Sans oublier le viaduc du Pont du Bœuf à Rives (265 mètres), inauguré en 1857, et celui de la Roizonne, construit entre 1913 et 1928, d’une longueur totale de 260 mètres.

 

© Richard Juillet

4
minutes de votre temps
A- A+
Richard Juillet
Publié le
Modifié le