L’Isère à la page

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Caroline Nicolas, fondatrice des Editions Brandon & Cie, vient d’ouvrir un café-librairie-atelier à Grenoble où elle diffuse ses livres.

V.Granger

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Le livre imprimé n’a pas dit son dernier mot ! Plus d’une quinzaine d’éditeurs sont recensés en Isère, dont une nébuleuse de petites maisons sur des secteurs de niche, animées par la passion.

Caroline Nicolas, fondatrice des Editions Brandon & Cie, vient d’ouvrir un café-librairie-atelier à Grenoble où elle diffuse ses livres.

 

Plus de 100 000 livres publiés chaque année en moyenne, dont 550 romans pour la rentrée littéraire : ceux qui prédisaient la submersion du livre par le numérique sont plutôt confrontés à un trop-plein !

Moins les lecteurs ont de temps à lui consacrer et plus la production semble augmenter. En même temps, la concentration capitalistique s’accélère. Quatre poids lourds contrôlent déjà plus de la moitié du marché, Hachette, Éditis, Gallimard-Flammarion, Média-Participations, et les deux premiers sont en train de se rapprocher.

Face à ces trusts internationaux, des maisons familiales résistent. Le grenoblois Glénat, 9e au palmarès des 200 premiers éditeurs français, devrait faire encore une année prometteuse avec la sortie très attendue en décembre du tome 100 de One Piece, légendaire série de mangas.

Le tome I vient de dépasser le million d’exemplaires dans l’Hexagone. Premier en Auvergne-Rhône-Alpes, le découvreur de Titeuf est l’un des trois seuls de ce calibre à avoir son siège social en dehors de Paris.

Deux autres isérois figurent dans le classement annuel de Livres Hebdo : Terre vivante, à Mens, 38e ; et les PUG, 85e. Leur seul point commun est d’être des sociétés coopératives.

Numéro un en France pour l’écologie pratique, Terre vivante (300 titres au catalogue) se revendique comme un éditeur de terrain, adossé à un centre de démonstration et de formation. Les PUG, historiquement en tête pour les ouvrages de français langue étrangère, ont su se diversifier et élargir leur public dans les sciences humaines et sociales en quarante ans d’indépendance. Leur Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens s’est vendu à 500 000 exemplaires depuis 1987 !

 

Un secteur qui attire toujours

À côté de ces noms bien établis, de « petites » maisons ont aussi réussi à se faire leur place en librairie. Pionnière sur l’édition de livres de street art (bien avant que ce soit tendance), Critères, à Grenoble, est devenu une référence sur ce secteur.

Jérôme Millon dans le domaine philosophique et Olivier Gadet, fondateur de Cent Pages, pour la littérature, sont reconnus pour leur rôle de défricheurs et leurs pépites éditoriales – avec un soin tout particulier porté à la qualité graphique. Sur le marché convoité de la BD et de la jeunesse, Mosquito s’est également fait un nom depuis trente ans, en remettant en lumière des auteurs comme Toppi, Casini ou Battaglia… Cette maison associative, qui repose sur l’implication de ses bénévoles, a su aussi faire émerger de jeunes talents.

“Sans le bénévolat, on n’y arriverait pas, reconnaît Jacques Vialat, fondateur des Éditions ThoT, à Fontaine. C’est un métier de passion dont on vit difficilement, avec une multitude de clients libraires qui nous commandent parfois un exemplaire et un géant comme Amazon qui impose une remise de 50 %.”

Selon cet éditeur de littérature et de poésie généraliste, qui publie une trentaine de manuscrits par an, “le livre imprimé possède une magie qui ne s’explique pas : chaque auteur a ce sentiment qu’il va laisser une trace…”

Ce pouvoir d’attraction se traduit par l’arrivée régulière de nouveaux venus, malgré une économie fragile. Les Éditions Brandon & Cie, qui se singularisent par une démarche de professionnalisation de leurs auteurs à travers des ateliers d’écriture, viennent de se doter d’un beau café-librairie à Grenoble où l’on retrouve toutes leurs publications – d’une grande qualité éditoriale et littéraire. Certains de leurs ouvrages sont imprimés par Cyril Morel, gérant de Buroset à Vienne. Ce Viennois de souche a lui-même créé la maison d’édition du même nom, “par amour de la ville et de son patrimoine”.

Pour Thomas Bourdier, jeune diplômé de l’EM Lyon, fondateur de R&N Éditions à La Murette, le choix s’est imposé après un stage chez Caractères, à Paris : “Je voulais créer une entreprise qui ait du sens.”

La maison a commencé par ressortir des inédits de Pasolini, George Orwell, Ernesto Sábato ou Dostoïevski avant de publier des auteurs contemporains, comme le jeune dissident chinois Xu Zhangrun, qu’elle a fait traduire en français.

Jean-Marc Chateau, retraité de STMicroelectronics passionné d’image et de voyages, a misé pour sa part sur le secteur bien encombré de la jeunesse en créant TuttiStori, à Montaud. Sa collection d’albums joliment illustrés, « Enfants du monde », traduits de langues étrangères, élargit les horizons à d’autres cultures. “Je n’ai pas besoin d’en vivre, reconnaît-il. Mais c’est un métier riche en relations humaines.”

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Portraits d’éditeurs

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Cyril Morel, fondateur des Éditions Morel à Vienne
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Cyril Morel, fondateur des Éditions Morel à Vienne

“Faire connaître le patrimoine et l’histoire de ma région”

Gérant de l’imprimerie Buroset à Vienne, Cyril Morel, 42 ans, a commencé par imprimer des livres en autoédition.

“En les lisant, je me suis dit que certains méritaient une plus large diffusion. C’est pourquoi j’ai décidé de devenir moi-même éditeur en 2005. Je suis amoureux de l’histoire et du patrimoine de ma région : j’apprends énormément grâce à mes auteurs.” Jean-Yves Curtaud compte parmi les fidèles.

Après deux pamphlets sur la gestion de la pandémie et sur l’origine du coronavirus, il publie un essai socio-économico-politique, Chronique d’un pays qui s’est perdu de vue. 

Cyril Morel vient par ailleurs de sortir le troisième d’une série de six volumes sur  Les Bâtisseurs du sacré. La diffusion est assurée en interne sur la région par un commercial-diffuseur.

Ses best-sellers : Guide de randonnée familiale autour de Vienne, Condrieu et Roussillon, Soldat à Vienne vers 1900, documentaire de Gérard Gouilly et Factum, le rendez-vous de Vienne, roman historique de Jean-Yves Curtaud.


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Jean-Marc Chateau, éditions Tuttistori à Montaud
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Jean-Marc Chateau, éditions Tuttistori à Montaud

“Élargir les horizons des jeunes lecteurs”

Au cours de sa carrière comme ingénieur de recherche et développement chez STMicroelectronics, Jean-Marc Chateau, habitant de Montaud, a été amené à bourlinguer sur les cinq continents.

En 2017, à l’âge de la retraite, ce passionné d’images a décidé de continuer le voyage à travers les mots, en créant une maison d’édition de livres pour la jeunesse, Tuttistori. Les trois premiers albums illustrés de la collection Enfants du monde ont été traduits et adaptés d’une série coréenne. Ils sont sortis en septembre 2018.

“Chaque album comporte trois doubles pages de cartographie et des photographies du pays pour présenter le contexte et la culture”, précise Jean-Marc Chateau. Son fils Julien Chateau, infographiste de formation, fait fonction de directeur artistique.

Aujourd’hui, la série compte 22 titres et autant de fictions ou d’histoires vraies – comme celle de Jadav Payeng, qui a consacré sa vie à reboiser une île sur le fleuve Brahmapoutre, en Inde. Tuttistori édite aussi ses coups de cœur comme Lola, princesse rebelle, de Sylvie Arnoux, avec les dessins d’une illustratrice de Saint-Savin, Nathalie Janer.

“Cela nous a demandé six mois de travail. Il faut savoir que l’on reçoit quatre ou cinq propositions par jour. Mais seulement 5 % sont publiables.” Les ouvrages sont imprimés dans l’Ain et la diffusion en librairie est assurée par CED Cedif.

“La grosse difficulté, c’est la gestion des retours, qu’il faut rembourser sans oublier les commissions : il faut prévoir suffisamment de trésorerie pour les anticiper”, ajoute l’éditeur. Jean Marc Chateau a d’ailleurs été sollicité par l’IUT2 de Grenoble pour donner des cours sur la filière éditoriale, qui suscite autant de vocations que d’échecs.

Best-seller : Alors, il planta une forêt de Sophia Gholz et Kayla Harren, traduit par Olivier Lebleu.

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L'édition en Isère

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