La reine des rivières refait surface

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Loutre - IsèreMag
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Après avoir disparu du département, la loutre refait surface en toute discrétion. La reine des rivières recolonise lentement ses anciens territoires en Isère. Zoom sur une belle renaissance.

La loutre est de retour, à tout petits pas. Discrète, méfiante, furtive.

En France, dans la seconde moitié du XXe siècle, chassée pour sa fourrure et sa viande, elle a frôlé l’extinction. Victime du braconnage, mais aussi de la pollution, de la mortalité routière et de la raréfaction des zones humides, elle n’était plus présente que sur la façade atlantique et dans le Massif central.

L’interdiction de la chasser, en 1972, et son classement sur la liste des espèces protégées, en 1981, ont permis de la sauver. En Isère, depuis les années 1990, la loutre fait un retour très progressif.

En 2020, des indices de sa présence attestent de son passage dans une cinquantaine de communes : le long du Rhône et ses affluents (Varèze, Ozon, Dolon, Sanne, Guiers), le Pays voironnais, le long de l’Isère jusqu’au barrage de Saint-Égrève ou encore dans l’Oisans.

Mammifère semi-aquatique, la loutre peut fréquenter tous les types de cours d’eau, de la rivière au torrent, en passant par les marais, étangs ou tourbières, jusqu’aux lacs de montagne à plus de 2 000 mètres d’altitude.

 

Une nageuse hors pair

Avec son corps fuselé, son épaisse fourrure et ses pattes palmées, la loutre est taillée pour la nage, en toute saison. Sa silhouette hydrodynamique offre peu de résistance à l’eau ; son pelage très dense (50 000 poils par cm2 !) et huileux l’isole du froid et de l’eau ; sa queue puissante lui sert de gouvernail et ses pattes de propulseur.

Parfaitement adaptée à la vie aquatique, la loutre se nourrit essentiellement de poissons. Mais elle s’accommode aussi de petits crustacés, amphibiens, reptiles, oiseaux aquatiques, petits mammifères, en fonction des disponibilités locales.

Mesurant de 100 à 130 centimètres (de la tête à la queue) et pesant entre 6 et 12 kilos, elle est le plus gros prédateur d’eau douce en Europe. Attachée à un cours d’eau, elle occupe un espace vital linéaire d’environ 15 kilomètres pour les femelles et de 40 kilomètres pour les mâles. La loutre est un animal solitaire. Les couples se forment uniquement pendant la période de reproduction. La femelle élève seule ses petits pendant environ un an. Les jeunes devenus autonomes partent ensuite à la recherche d’un nouvel espace.

Si elle chasse dans l’eau, pour prospecter son territoire ou se reproduire, la loutre se déplace essentiellement sur les berges. Les ruptures de continuité de ces dernières (ponts, autoroutes, etc.) sont ainsi un frein à son développement. C’est pourquoi, dans le cadre du plan national d’actions pour sa conservation, des passages pour loutres sont aménagés aux points les plus sensibles. Des actions essentielles, car la loutre se reproduit lentement et demeure vulnérable.

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Comment repérer sa trace ?

S’il est difficile d’apercevoir une loutre, les traces qu’elle laisse sont bien visibles. Les « épreintes » sont les meilleurs indices de sa présence. Il s’agit d’excréments déposés aux endroits stratégiques du territoire de la loutre, laissés bien en évidence, souvent sur des promontoires (rochers, arbres couchés…) ou des points de passage, pour indiquer aux autres loutres que le territoire est occupé. Les épreintes ont la particularité de dégager une odeur caractéristique, non désagréable, qui se rapproche d’un mélange de miel et de poisson.

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