Paraboot, chaussé pour durer

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F.Pattou

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À Saint-Jean-Moirans, l’entreprise Richard-Pontvert, fabriquant la marque-culte, défie la mode et le temps qui passe avec ses modèles robustes, intemporels… mais tendance. Dans ses ateliers résident le secret de son succès, mélange de savoir-faire traditionnel et de diversification.

 

Cent cinquante opérations pour une seule chaussure ! À Saint-Jean-de-Moirans, Paraboot a su concilier le savoir-faire artisanal et les volumes industriels. Appartenant à Richard-Pontvert, une entreprise familiale créée par Rémy-Alexis Richard en 1910, la marque bénéficie d’un regain d’intérêt pour le « Made in France » et pour la robustesse de produits cousus main.

“Paraboot est dans l’air du temps, mais pas dans la mode”, prévient son directeur marketing, Pierre Colin. Ce qui n’empêche pas ce fleuron national d’être présents dans les concepts stores les plus prestigieux, comme Aimé Leon Doré à New York, porté par des artistes comme Orelsan, Pomme ou lors de défilés Hermès, Yves Saint Laurent et Prada. “Présente au Japon depuis trente ans, la marque profite également de l’appétence des Asiatiques pour les produits français”, observe Pierre Colin.

 

 

Avec une cinquantaine de modèles différents, Paraboot s’appuie sur son modèle iconique, la Michaël – 76 ans au compteur –, pour laquelle le bureau de style a déjà conçu 200 déclinaisons (en cuir de veau, en toile, en raphia…). “Les jeunes s’approprient la chaussure que portaient leur père ou leur grand-père, remarque Clémentine Colin-Richard, petite fille du fondateur et administratrice de Richard-Pontvert. Ils viennent chercher le côté authentique, vintage et noble du produit, certes plus cher, mais conçu pour durer.”

 

 

De la chaussure aux équipements de protection individuels

Ayant regroupé à Saint-Jean-de-Moirans en 2017 ses sites historiques d’Izeaux et de Tullins, Richard-Pontvert, labellisée « Entreprise du patrimoine vivant », qui fabrique 90 % de ce qu’elle vend, a gardé de nombreuses machines historiques, précieusement entretenues, et les gestes traditionnels qui lui ont permis de traverser le XXe siècle.

À l’origine, Rémy-Alexis Richard fabriquait des chaussures à semelles cuir mais aussi des brodequins de travail à semelles bois cloutées prisés des montagnards. Il déposa pour ces dernières la marque Galibier en 1922. Quatre ans plus tard, l’inventeur découvrit aux États-Unis un matériau magique, le caoutchouc, “pour lequel il se passionna tout de suite et qui deviendra rapidement le signe distinctif de nos chaussures, raconte Clémentine Colin-Richard. Au point de baptiser sa nouvelle marque Paraboot en 1927, du nom de Para, le port d’Amazonie expédiant la gomme, et de boot, la célèbre botte américaine.” S’ensuivra leur consécration dans tous les corps de métiers nécessitant des chaussures robustes et confortables (bûcherons, bergers, postiers, ouvriers, artisans…).

Dans les années 1960, elles seront temporairement détrônées par Galibier, devenue LA marque des plus grands alpinistes (Herzog, Mazeaud, Terray, Desmaison…) de l’époque – dont le look a aujourd’hui été adopté pour certains modèles urbains Paraboot !

 

 

Présent sur le marché de la chaussure, Richard-Pontvert l’est aussi sur celui des équipements de protection individuelle depuis trente ans, “face à l’exode de la production vers l’Asie”, précise Pierre Colin. La maison produit ainsi les bottes des motards de la Police nationale ou des Galibier pour les forestiers. Un gage de confiance envers cette maison qui a conservé toutes les opérations traditionnelles de la fabrication d’une chaussure depuis 110 ans !

Des découpeurs travaillant avec des emporte-pièces pour les derbys de prestige aux couturières ayant été formées en interne au cousu-main Goodyear ou Norvégien – notamment pour des matériaux d’exception, comme le cuir de mustang américain Horween –, l’atelier de 100 personnes fourmille d’opérations méticuleuses : moulage des semelles avec des pains de caoutchouc (un des seuls fabricants français à le faire en interne), astucieux ponts thermiques dans les semelles, piquage plutôt qu’usage de la colle pour que les chaussures tiennent dans le temps et évacuent la transpiration, insertion de renforts cachés dans certains modèles entre cuir et doublure : “Avec les bourrelets de renfort, c’est la chaussure qui sert de guide à votre pied, qui tient votre talon, ce qui n’existe aujourd’hui plus avec les baskets !”, remarque Clémentine Colin-Richard.

 

© F.Pattou

Statistiques

Paraboot en chiffres

 

  • Effectifs : 130 salariés (plus 60 salariés dans la filiale gérant ses 30 boutiques)
  • CA : 20 millions d’euros
  • Implantation : Saint-Jean-de-Moirans
  • Chaussures produites par an : 150 000 (50 % à l’export)
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Contact : paraboot.com

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Le cousu-main, gage de robustesse

Conçues principalement en cuir de veau pleine fleur, très résistant, les Paraboot tiennent aussi leur solidité du travail d’orfèvre des coupeuses et couturières.

Richard-Pontvert est resté fidèle aux techniques traditionnelles du cousu-main Goodyear et Norvégien, dont il est leader mondial. Sorte de mille-feuille sans colle, elles permettent de relier solidement les différents éléments de la chaussure sans « bloquer » la « tige » (la partie haute) qui épouse alors au mieux le pied.

Elles favorisent aussi la circulation de l’air pour évacuer la transpiration et permettent à 90 % des modèles de pouvoir être ressemelés.

 

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