Le secteur bâtiment se met au vert

Véronique Granger
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Stage de formation à la construction en terre en juillet dernier chez Amaco, aux Grands Ateliers, à Villefontaine.
  • Économie
Chapô

À l’ère de la transition écologique et numérique, face aux grands enjeux environnementaux, le secteur de la construction doit intégrer de nouvelles techniques d’écoconstruction. Une vraie révolution !

Paille, bois, ou brique et ciment ? Les trois petits cochons du conte ont vite appris quel était le matériau le plus sûr et durable pour construire leur maison !

Mais au XXIe siècle, face au changement climatique et aux températures extrêmes, le choix n’est plus aussi simple : avec la loi sur la transition énergétique de 2015 et la nouvelle règlementation thermique (RE 2020), les bâtiments doivent non seulement protéger du loup, du froid et des chaleurs extrêmes… mais aussi être économes en énergie et recyclables.

Pour bien évaluer l’impact environnemental d’une construction, il faut désormais prendre en compte le cycle de vie complet de chacun de ses constituants :“ Il ne suffit pas d’utiliser des isolants biosourcés pour faire une maison écoresponsable, prévient Julien Hans, directeur du CSTB-Grenoble (Centre scientifique et technique du bâtiment), à Saint-Martin-d’Hères. Même les matériaux les plus vertueux ont des impacts : par exemple le bois doit être coupé, traité, étuvé et transporté. Les gaz à effet de serre émis pour construire un immeuble neuf peuvent représenter cinquante ans de consommation de chauffage et d’eau chaude sanitaire de celui-ci ! ”

Un vrai défi pour un secteur du bâtiment qui génère en France 25 % des émissions de gaz à effet de serre et consomme 45 % de l’énergie du pays. Objectif de la loi sur la transition énergétique : diviser tout par deux d’ici à 2050. Quant aux déchets de chantiers (40 millions de tonnes chaque année), ils devront désormais être éliminés à 70 % par les maîtres d’ouvrage, en privilégiant notamment le réemploi des matériaux.

Les gros donneurs d’ordre comme le Département de l’Isère ont déjà anticipé pour leurs chantiers importants. “ Pour le futur collège Lucie Aubrac par exemple, nous utilisons des éléments préfabriqués en usine. Ce qui évite beaucoup de déplacements sur site”, explique Philippe Rouger, directeur des constructions publiques.“ Aujourd’hui, 90 % des cahiers des charges demandent une optimisation des déchets”, constate Nicolas Laye, patron de Laye Plâtrerie, à Domène. L’entreprise familiale, qui emploie 70 salariés (120 avec les intérimaires), s’est ouvert des marchés en se dotant de la maquette numérique ou BIM, (building information modelling) il y a quatre ans.

Le gros enjeu de la rénovation

Cette méthode révolutionnaire repose sur une maquette en 3D du futur ouvrage qui sera partagée et enrichie par tous les intervenants. Elle permet d’intégrer les normes techniques et environnementales sur tout le cycle de vie, jusqu’à la démolition.“ Tout est identifié et calé jusqu’au moindre bouton de porte très en amont du chantier, poursuit Philippe Rouger. C’est chronophage, mais beaucoup plus professionnel."

“ La maquette numérique doit permettre de décloisonner les métiers de la conception et de la réalisation”, explique Maxime Bonnevie, directeur des Grands Ateliers Innovation Architecture, à Villefontaine.Cette plateforme technique de formation et de recherche propose aux PME et TPE (soit 80 % des entreprises du secteur) de s’initier à cette méthodologie en se basant sur l’expertise développée par Astus-Constrution.Via l’association Amàco, basée dans les mêmes locaux, elle invite aussi les professionnels à explorer le potentiel de matériaux comme la terre crue ou les fibres végétales. “On apprend par exemple à couler la terre comme le béton”, explique Zoé Tric, responsable du pôle design et architecture d’Amàco. Le gros enjeu réside dans la rénovation des bâtiments existants. Dans la région, on compte 25 % de passoires énergétiques !

Le Département de l’Isère, qui souhaite accompagner les communes et intercommunalités dans l’amélioration de la performance énergétique de leurs bâtiments publics, vient de lancer une campagne d’isolation des combles perdus.Les travaux seront financés en grande partie via le dispositif des certificats d’économie d’énergie (CEE).

158 collectivités ont déjà répondu à l’appel. Le début d’un énorme chantier…

 

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Amaco

 

Amàco : le génie des matériaux bruts

Ils sont architectes, designers, ingénieurs en matériaux, ou même artistes. Leur mission ? Révéler grâce à leurs compétences croisées tout le potentiel constructif et esthétique de ces matières brutes que nous avons à portée de main - sable, terre crue, bois, cailloux, argiles, osier ou bambou ... - à travers des expositions, des démonstrations, des manips scientifiques, des formations professionnelles, des conférences ou même des spectacles. "La transition du secteur du bâtiment ne reposera pas sur la découverte d’un matériau de synthèse aux caractéristiques exceptionnelles, mais sur une redécouverte des qualités inhérentes à tous ces matériaux qui possèdent un génie de la simplicité. Il y a des milliers d’années, des parties de la muraille de Chine comme dans la province de Gansu ont été édifiées avec du sable et des roseaux prélevés sur place, dont des parties sont encore visibles", rappelle Zoé Tric, co-responsable du pôle « design et architecture » d’Amàco - atelier matières à construire.

De Villefontaine à Venise

Situé au sein des Grands Ateliers Innovation Architecture à Villefontaine, ce laboratoire et centre de ressources unique en son genre de 13 salariés est, par exemple, à l’origine de l’exposition Fibra 38, que les chanceux ont pu découvrir au printemps dernier à Grenoble et qui poursuit maintenant son itinérance en Allemagne.

En parallèle de la Biennale de Venise en 2018, vous auriez pu aussi voir une autre de leurs réalisations sur l’île San Giorgio : la Fondation Bettencourt-Schueller et le designer Ramy Fischler avaient fait appel à leurs compétences pour la scénographie de l’exposition d’artisanat d’art « Pour l’intelligence de la main© », présentée dans le cadre d’Homo Faber : 336 blocs de terre crue, sur lesquels les textes étaient gravés en relief dans la matière, avaient fait le voyage depuis Villefontaine pour passer un à un à travers une fenêtre du cloître. Une prouesse technologique et visuelle !

Ces éléments une fois démontés font aujourd’hui le plus bel effet dans les bureaux d’Amàco.

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