LESDIGUIÈRES :

LE ROMAN D'UN RENARD

Notre histoire

François de Bonne, duc de Lesdiguières, qui est à actuellement à l’honneur avec une exposition dans son ancien château de Vizille, fut l’une des figures marquantes des XVIe et XVIIe siècles. Un personnage très habile, dit-on, que l’Histoire avait un peu oublié…   

Par Richard Juillet

 

« Bonne-Lesdiguières, ce seul nom remplit encore d’épouvante l’Espagne et l’Italie », peut-on lire sur sa pierre tombale. 

Décédé le 28 septembre 1626, à Valence, à l’âge de 83 ans, François de Bonne fut l’une des plus grandes figures du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle, cumulant les plus hautes distinctions civiles et militaires comme celle de connétable de France, charge qui disparaîtra définitivement après sa mort. 

« Louis XIII la laissa vacante parce que personne ne pouvait être comparable à ce grand homme dans la conduite et le gouvernement des armées », écrira à l’époque Louis Videl, son biographe. 

Quant à ses funérailles, elles furent grandioses tant à Valence qu’à Grenoble, où son corps, embaumé, arrivera le 14 octobre. Préalablement, on lui a retiré le cœur que l’on « remarquera être fort petit ». 
 
Les cérémonies débutèrent cinq jours plus tard, le temps d’organiser avec faste le convoi funèbre entre sa demeure, l’hôtel de la Trésorerie (l’ancienne mairie de Grenoble, au Jardin de ville) et la cathédrale de Grenoble, recouverte de velour voir.
 
Après l’office, la dépouille est transportée dans la chapelle de son château du Glaizil dans les Hautes-Alpes, où, de son vivant, il avait fait élever un mausolée monumental, surmonté d’un gisant. Un retour à la case départ… 
 
 

> COURAGEUX ET HABILE
 

C’est en effet à proximité de ce village, à Saint-Bonnet exactement, que le jeune François est né le 1er avril 1543. Son père, Jean de Bonne, est issu d’une dynastie de notaires et sa mère, Françoise de Castellane, d’une illustre famille provençale.

Durant son enfance, il s’impose vite comme un leader : « On le vit se faire capitaine des enfants du village, les armer de bâtons, former entr’eux des partis… », poursuit Louis Videl. 

En âge d’apprendre, il est envoyé en Avignon où « le tambour de la garnison lui plaisait plus que la cloche du collège. » Il étudie ensuite à Paris où son oncle, qui finance ses études, le destine au métier de robe.
 
Mais à la mort de ce dernier, désargenté, il embrasse le parti de l’épée et se fait engager à l’âge de 19 ans dans les troupes du lieutenant-général du Dauphiné. En 1562, avec le début des guerres de Religion, son destin basculera. 
 
Il rallie les troupes protestantes d’Antoine Rambaud, son cousin, seigneur de Furmeyer, et montre vite sa valeur au combat. A la mort de ce dernier, en 1575, il devient le chef des protestants du Champsaur et, en 1577, accède à la fonction suprême de chef des réformés du Dauphiné.
 
Courageux mais aussi très habile, il mène des combats de guérilla, harcelant sans cesse des troupes catholiques bien supérieures en nombre et en armement. En 1577, il prend Gap, puis fortifie La Mure et fait bâtir, en 1581, la forteresse de Puymore dans les Hautes-Alpes.
 
En 1589, Henri de Bourbon, ancien chef protestant, monte sur le trône de France, prend le nom d’Henri IV et demande l’aide de son ami Lesdiguières pour contrer les vélléités du Duc de Savoie dans les Alpes.
 
C’est le début d’une ascension fulgurante.  
 
 

> GARDIEN DES ALPES
 

Après plusieurs échecs, Lesdiguières s’empare de Grenoble en 1590 ; la capitale du Dauphiné refusait, en effet, de reconnaître la légitimité d’Henri IV.

Pour « augmenter la peur » des édiles grenobloises, Lesdiguières, rusé, « leur montra ses troupes, de manière que la même repasse cinq ou six fois de suite, déguisée par le changement de chef et des casaques retournées. » Affolés, les Grenoblois capituleront sans conditions.

Toujours dans la manœuvre, alors que beaucoup pensaient à se venger, Lesdiguières se montra d’une totale bienveillance envers la population et les autorités civiles et religieuses. On louera même sa générosité.

Dans la foulée, il mettra aussitôt la ville en sûreté en renforçant ses défenses et entreprendra des travaux d’agrandissement. 

Mais à peine a-t-il repris son souffle que le duc de Savoie et ses alliés espagnols avancent dangeureusement vers Grenoble. Avec ses meilleurs éléments, Lesdiguières va à leur rencontre. Sa connaissance du terrain et la mobilité de ses troupes feront le reste.
 
Les Hispano-savoyards sont écrasés le 18 septembre 1591 à la bataille de Pontcharra. Il affichera par la suite d’autres combats victorieux tant en Dauphiné qu’en Provence. Car c’est désormais à lui que revient la mission de protéger le royaume de France contre ses ennemis sur sa frontière alpine.
 
Inlassablement, il multiplie les patrouilles entre Genève et Antibes avec ses « chevaux légers », repoussant les infiltrations, passant parfois la frontière pour ouvrir d’autres fronts en Piémont.
 
Gardien des Alpes, « courageux dogue », il est nommé lieutenant-général du Dauphiné en 1597, maréchal de France en 1609, duc et pair de France en 1611. 
 
A la fois homme de guerre et administrateur, il règne avec poigne sur le Dauphiné, embellissant encore Grenoble, dotant la province d’ouvrages d’art, digues et ponts, tout en servant aussi ses propres intérêts. A la tête d’une immense fortune, il acquiert ou fait construire de nombreux châteaux dont celui de Vizille et investit dans l’industrie métallurgique.
 
En 1622, à la faveur de sa conversion au catholicisme, il reçoit l’épée de connétable de France par Louis XIII qui se rendra en villégiature dans son château. Après Henri IV, qui le qualifiait de « rusé comme un renard », il a désormais l’oreille et les faveurs du jeune roi.
 
En 1623,  il est nommé gouverneur de Picardie et inspecte villes et places fortes jusqu’à l’hiver 1624.
 
En 1625, il part guerroyer en Italie contre les Génois et est atteint d’une fièvre violente à Asti. Fièvre qui l’emportera l’année suivante à Valence.  
 
Sources : Un prince pour les Alpes, de Stéphane Gal, 2017 ; Histoire de la vie du connestable de Lesdiguières, de Louis Videl, 1638.
 
  
 
 

 

 ZOOM 

LESDIGUIÈRES FOREVER

Dans le cadre de « 2017-Année Lesdiguières », initiée par le Département en association avec le Département des Hautes-Alpes de nombreux événements vont se dérouler dans l’ancien Dauphiné.
 
En Isère, le Musée de la Révolution française présente ainsi, jusqu’au 12 mars 2018, une exposition intitulée « La splendeur des Lesdiguières, le Domaine de Vizille au XVIIe siècle » où sont dévoilés de nombreux documents et objets sur la création du château et de son parc. Comme cette restitution en 3D, le montrant tel qu’il était en 1626 (photo ci-dessus). 
 
A partir du 21 octobre, le musée de l’Ancien évéché, à Grenoble, dévoilera le travail de Jean de Beins, « Les Alpes de Jean de Beins, des cartes aux paysages (1604-1634) », tandis que le Musée dauphinois rendra hommage à « Lesdiguières, le prince oublié ».
 
 
 

 REPÈRES 

LESDIGUIÈRES EN HÉRITAGE

Qu’a laissé Lesdiguières comme héritage en Isère ? 
 
S’il est l’un des personnages les mieux représentés dans l’univers grenoblois avec une rue qui porte son nom, mais aussi un lycée hôtelier, un stade et un centre commercial, on lui doit aussi de nombreux édifices encore visibles :
 
  • La porte de France. 
  • La porte Saint-Laurent.
  • Quelques fragments de fortifications sur le site de la Bastille;
  • L’ancien hôtel de ville et son jardin, rue Hector-Berlioz où il résida.
  • Le vieux pont de Claix sur le Drac, achevé en 1610.
  • Le château de Vizille et son parc, propriété depuis 1973, du Département de l’Isère...
 

 LESDIGUIÈRES EN PHOTOS 

 

Figure de l’Histoire de France, le connétable de Lesdiguières fut en son temps le premier personnage de l’État, après le roi Louis XIII.
Portrait de Lesdiguières.
Selon les artistes, il n’a pas toujours le même visage.
Son hôtel particulier à Grenoble, au Jardin de Ville.
La porte de France, à Grenoble, héritage de Lesdiguières.
Le château de Vizille, construit à partir de 1600 par Lesdiguières (par Alexandre Debelle).
Le portail monumental du château de Vizille surmonté de la statue équestre de Lesdiguières.
Autre vue du château de Vizille.
Le château de Vizille aujourd’hui.
Le mausolée que Lesdiguières s’était fait construire de son vivant. Il se trouve aujourd’hui au musée-museum départemental des Hautes-Alpes à Gap.
Ses ossements reposent depuis 1822 dans l’église Saint-Pierre, à Sassenage. Sa première épouse fut en effet Claudine de Béranger-Sassenage.

 VIDÉO : SON CHÂTEAU DU GLAIZIL DANS LES HAUTES-ALPES 

 

 VIDÉO : L'EXPOSITION AU CHÂTEAU DE VIZILLE 

Publié le : 
09 septembre 2017