E-COMMERCE :

LA PRIME AUX PREMIER ARRIVÉS !

Economie

Chaussures, objets design, déguisements, bières artisanales ou pulls made in France… Comme autrefois à la Samaritaine, on trouve de tout sur l’Internet « made in Isère » ! Mais les places sont de plus en plus chères.

Par Véronique Granger 

  • Chaussures, vêtements… Spartoo est désormais le numéro 2 européen derrière l’Allemand  Zalando.
  • Photoweb, n° 2 français de l’impression photo en ligne.
  • : L’équipe de Une petite mousse. Le site rassemble déjà une communauté de 40 000 amateurs de bières artisanales. 
 
Ils se nomment Spartoo, Made in design, Deguise-toi ou Photoweb, et leur nom figure tout en haut de la page Internet quand on tape leur spécialité dans le moteur de recherche... 
 
Souvent nés dans des garages, avant même l’arrivée du haut débit, ces pionniers du commerce électronique isérois sont devenus numéro 1 ou 2 français ou européen dans leur secteur avec des milliers de mètres carrés d’entrepôts… et des centaines de salariés à eux tous.
 
Des emplacements convoités, qui se monnaient aujourd’hui à prix d’or auprès de Google — le passage obligé pour être repéré sur le Net. 
 
A la fin du siècle dernier, Catherine Colin a ainsi été la première à se lancer dans la vente d’objets design en ligne. Cette défricheuse de talents a su déceler dans ce canal de distribution le moyen de sortir les créateurs de leur carré élitiste : « Avec le web, on peut présenter les objets en donnant des clés de compréhension, raconter des histoires. »
 
Présent dans 75 pays, Made in design est devenu la référence incontournable dans le secteur, avec quelque 600 nouveautés par mois et cinq éditoriaux par semaine.
 
 

> ORIGINALITÉ ET RÉACTIVITÉ
 

Il fallait aussi une bonne dose d’audace en 2007 à Boris Saragaglia, créateur grenoblois de Spartoo, pour se spécialiser dans la vente de chaussures en ligne. « L’idée m’est venue en 2004, quand j’étais encore étudiant à l’école de commerce, en voyant que la plus forte levée de fonds boursière aux Etats-Unis avait été réalisée par Zappos (aujourd’hui filiale d’Amazon). On a lancé le site avec des copains : notre force, c’était de proposer un maximum de marques avec la possibilité de retour gratuit des produits. Aujourd’hui, on n’a plus que 16 % de retours et on est rentables depuis 2009. » 
 
Photoweb, pionnier de l’impression photo en ligne en 2000, à Saint-Egrève, a réussi lui aussi à fidéliser ses clients français sur un marché devenu hyper concurrentiel, en investissant dans les machines et la qualité du service.
 
« On vient d’être élus meilleur service client de l’année », se réjouit Etienne Descure, directeur depuis 17 ans. Intégrée depuis trois ans au groupe Exacompta-Clairefontaine, l’entreprise se prépare au basculement de son marché vers le mobile avec le rachat de Lalabab.
 
 

>  95 % DE MICRO-ENTREPRISES

 
Derrière ces success-stories iséroises, de nombreuses petites entreprises — à 95 %, des e-commerçants qui créent leur propre emploi — tirent aussi leur épingle du jeu. Mais les places sont toujours plus rares et chères face aux géants comme Amazon.
 
En trois ans, Une Petite mousse, qui propose des box de six bières artisanales et du monde chaque mois sur abonnement, a rassemblé une communauté de 40 000 amateurs : la start-up fondée par Jonathan Bonzy compte déjà dix collaborateurs et lance sa propre brasserie expérimentale à Echirolles.
 
De distributeurs, beaucoup de e-commerçants se font en effet producteurs pour mieux maîtriser leurs marges. Après avoir repris Altitoo, site de vente d’articles outdoor difficulté, Florent et Sandra Bardisa, à Saint-Egrève, ont créé ainsi une marque propre et un site, Le Pull français : deux mots clés qui suffisent à décrire leur activité sur le web et facilitent le référencement « naturel » gratuit !
 
Vendus en direct sur la toile, livrés dans de beaux coffrets également fabriqués dans la région, leurs pulls 100 % made in France, chics et chauds, sont deux ou trois fois moins chers que des produits équivalents en magasin. Un argument non négligeable sur le Net !
 

DE NOUVEAUX CONCEPTS ALLIANT PHYSIQUE ET DIGITAL

  • Philippe Wargnier
  • Evioo
  • Evioo

>  Philippe Wargnier, fondateur d'Evioo.com

« L’opticien selon Evioo »
 
Après avoir lancé son site internet de vente de lunettes de vue, il y a cinq ans, ce pionnier du e-commerce – il a été cofondateur de Spartoo après avoir dirigé l’enseigne Go Sport — innove encore une fois avec Evioo.com, un nouveau concept qui mixe digital et boutique physique. 
 
Le principe : on se rend dans un corner équipé où l’on va pouvoir choisir et essayer sa monture en ligne face à un grand miroir interactif. Derrière, un puissant moteur de recherche effectue une sélection personnalisée parmi 5 000 paires, après analyse de notre morphologie et de notre style. 
 
Un opticien professionnel pourra ensuite nous conseiller pour finaliser la commande. « L’avantage pour l’opticien, c’est qu’il n’a pas besoin de stocker les lunettes sur place. Et le client a plus de choix avec un rapport qualité-prix ultra compétitif, puisqu’on a 40 % de réduction sur les verres », explique l’entrepreneur grenoblois.
 
En un an, six sites sont déjà équipés en France (dont une pharmacie à Domène et un corner digitalisé au centre commercial de Grand Place à Grenoble).
 
On peut aussi tester le concept dans le showroom grenoblois de l’entreprise au centre-ville. Et la première boutique franchisée « Evioo » vient d’ouvrir à Perpignan. 
 
  • Alban Charriere
  • pharmanity.com

>  Alban Charrière, co-fondateur de Pharmanity.com

« On digitalise l’officine »
 
Où trouver du lait infantile ou un antidouleur dans les pharmacies près de chez moi, quel est le choix, et à quel prix ? Quels sont ses horaires d’ouverture ?
 
S’il n’y a rien à vendre sur Pharmanity.com, on y trouve la disponibilité en temps réel de 140 000 médicaments ou produits de soins référencés dans 22 500 officines en France, avec une encyclopédie médicale.
 
Sur le modèle des comparateurs de prix sur Internet, Alban Charrière, ancien chef de projet chez Roche Diagnostics, a imaginé le concept en février 2014 avec un pharmacien, Samuel Mottin, et un investisseur. 
 
S’il ne s’agit pas à proprement parler d’une e-boutique — il n’y a ni vente ni paiement en ligne —, ce « Google » de la pharmacie peut vous faire gagner du temps et de l’argent : « 50 % des produits sont disponibles dans une pharmacie sur cinq, avec de fortes variations de prix ! », précise le fondateur. 
 
Le référencement des produits est gratuit pour les pharmaciens : la start-up se rémunère en réalisant des sites et des solutions digitales clés en mains pour les officines et les laboratoires. « On a déjà 6000 visiteurs par jour sur le site et 50 pharmacies équipées. Nous allons lancer une levée de fonds pour passer à la vitesse supérieure », détaille Alban Charrière. 
 

LEURS FACTEURS CLÉS DE SUCCÈS

  • CATHERINE COLIN, MADE IN DESIGN

>  Catherine Colin, Made in design

« Offrir un support de communication pour les marques » 

Aujourd’hui, on a 1,5 million de visiteurs par mois et nous sommes parmi les premiers revendeurs de design à l’international : on est incontournables ! 

Notre force a été d’apporter un support de communication pour les marques. En marge de la vente au grand public qui représente 70 % de notre chiffre d’affaires, on développe aussi de plus en plus le « B to B » vers les entreprises, les hôtels, les stations de sports d’hiver etc : on a des projets dans toutes les Alpes !

Nous sommes aussi présents physiquement au BHV et aux Galeries Lafayette à Paris où nous avons un « corner ». Plus qu’une vitrine, ce sont des espaces où l’on fait du business ! 

  • Le Pull français
  • Le Pull français
  • Le Pull français

> Florent et Sandra Bardisa, Altitoo et Le Pull français 

« Construire le site à partir des mots-clés »
 
Avec ma femme Sandra, on a repris fin 2013 le site de vente de produits de sport oudoor, Altitoo, qui était en difficulté. On avait dix ans d’expérience en centrale d’achat, on connaissait bien le marché… Mais pas le Net ! 
 
Le site était mal référencé : la première chose que nous avons faite a été de réinternaliser la gestion des mots clés, qui était auparavant confiée à une entreprise extérieure. 
 
En deux ans, nous avons réussi à diviser par trois le trafic payant via Google et à multiplier le chiffre d’affaires par deux avec un million de visiteurs l’an dernier. Nous avons embauché trois personnes en plus des deux salariés que nous avions repris. 
 
En octobre 2016, nous avons lancé en parallèle notre propre marque, Le Pull français : deux mots qui suffisent à expliciter la démarche et qui font qu’on nous trouve tout de suite sur Internet.
 
D’emblée, nous avons structuré le site à partir de ces mots clés. En trois mois, nous avons déjà vendus 200 pulls et nous n’avons eu aucun retour à part quelques échanges de taille (c’est gratuit) : un bon début !
  • Boris Saragalia, PDG de Spartoo
  • Spartoo

> Boris Saragaglia, PDG de Spartoo 

« On veut créer encore plus de proximité avec nos clients »
 
Aujourd’hui, l’achat de chaussures en ligne est entré dans les mœurs, ce qui n’était pas encore le cas en 2003 quand on a démarré : pour rassurer les clients, on a proposé d’emblée la livraison et le retour gratuits. Maintenant, ils connaissent leur pointure et on a moins de retours !
 
En 2009, on a complété notre offre avec du textile. On est désormais le numéro deux européen derrière l’allemand Zalando. Notre force, c’est un choix de 4 000 marques référencées, dont 10 marques en propre et 450 000 modèles en stock. On a répondu à un déficit d’offre dans les petites villes où il y a du pouvoir d’achat, mais peu de magasins. 
 
Actuellement, on a 14 millions de visiteurs par mois sur le site dont les deux tiers qui viennent sans passer par Google, en référencement naturel.
 
Pour renforcer notre visibilité et notre rentabilité, nous avons aussi lancé en 2015 un réseau de magasins en propre à l’enseigne Spartoo.
 
Ça permet de créer de la proximité supplémentaire avec nos clients. Le secret c’est de savoir toujours anticiper et s’adapter. Nous avons dupliqué notre modèle à l’international.
 
Nous sommes 350 collaborateurs de 25 nationalités différentes ! C’est 50 % de notre chiffre d’affaires se fait hors des frontières. 
 
  • Etienne Descure
  • Photoweb
  • Photoweb

> Etienne Descure, co-fondateur de Photoweb

« Le smartphone est le nouveau relais de croissance du marché »
 
Quand on a repris le projet en 2000, j’étais encore étudiant à Grenoble école de management. Je n’avais aucune expérience du web, le marché de l’impression photo en ligne était atone et il n’y avait pas encore l’ADSL… mais j’avais envie de créer ma boîte et j’y ai cru, avec des investisseurs, Nathalie et Frédéric Gastaldo. 
 
Depuis trois ans, la société a été rachetée par le français Exacompta-Clairefontaine : le fait d’être adossé à un groupe est un atout sur un marché en pleine mutation. 
 
Photoweb a ainsi racheté Lalabab, une start-up parisienne qui propose d’imprimer ses photos à partir de son téléphone mobile : c’est un nouveau relais de croissance avec une clientèle plus jeune.
 
Ce marché devrait représenter 50 % de notre activité d’ici à trois ans contre 5 % aujourd’hui ! On lance aussi un gros plan d’investissement machines de 2 millions d’euros dans notre usine de Saint-Egrève. 
 
Après avoir dirigé la société pendant 17 ans, je quitte la société pour aller vers un autre projet, mais je reste administrateur.

 

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Publié le : 
03 mars 2017