FANTIN-LATOUR,

CET INCONNU CÉLÈBRE

Exposition

Le Musée de Grenoble lève le voile sur le plus illustre des illustres peintres grenoblois, avec une grande exposition rétrospective « à fleur de peau ». Visite guidée.

Par Véronique Granger

  • Autoportrait, 1859. Huile sur toile. Grenoble, musée de Grenoble © Musée de Grenoble
  • Autoportrait, la tête légèrement baissée, 1861. Huile sur toile. Washington, National Gallery of Art Courtesy National Gallery of Art, Washington

 

Il est le plus célèbre des peintres grenoblois : ses immenses portraits de groupe, immortalisant les artistes et les figures les plus en vue de l’intelligentsia de la fin du XIXe siècle (Manet, Verlaine, Rimbaud, Bazille…), sont passés à la postérité tout comme ses voluptueux bouquets de fleurs. 
 
Né en 1836 à Grenoble, décédé en 1904, Henri Fantin-Latour ne passa que cinq années dans sa ville natale : son père, lui-même artiste peintre, embarqua vite toute la famille à Paris. Et si Fantin-Latour vouait un véritable culte à la nature, il ne peignit jamais aucun paysage et se refusa toujours à travailler en extérieur, au contraire de ses amis impressionnistes de l’époque. 
 
L’artiste pourtant resta toujours attaché à sa région d’origine : en témoigne son Hommage à Hector Berlioz (dit aussi L’Anniversaire), ce compositeur isérois qu’il admirait et considérait comme son compatriote. C’est aussi au Musée de Grenoble qu’il choisit, avec sa veuve, de léguer son fonds d’atelier parisien. Comme un retour aux origines.
 
Pour le centenaire de sa mort, en 2004, le Musée de Grenoble avait ainsi exposé quelques-uns de ses dessins ou lithographies, dans la tour de l’Isle. Treize ans plus tard, une exposition d’une tout autre ampleur rend hommage à l’artiste grenoblois : pas moins de 120 œuvres, dont ses tableaux les plus connus, sont réunies pour cette grande rétrospective.
 
Coproduite avec le Musée du Luxembourg et celui d’Orsay, l’exposition a d’abord été présentée à Paris jusqu’en février. Elle nous arrive complétée par une reconstitution de son atelier et une sélection de cette collection de photos de femmes nues, dont il fit don à sa ville natale et dont il s’inspirait pour les vastes compositions d’imagination qui ont marqué la dernière période de son travail.
 
« Ce fonds, qui dormait dans les réserves du musée, n’avait jamais été vraiment étudié. Selon les experts, il se révèle être l’un des plus importants du genre en Europe », affirme Guy Tosatto, conservateur du musée, l’un des trois commissaires de l’exposition.
 

 

> « RÉVOLUTIONNER LA PEINTURE » 

 

Mais les visiteurs, en plus d’apprécier cette facette plus secrète de l’artiste, pourront aussi et surtout voir ses plus grands chefs-d’œuvre.
 
À commencer par ses fameux portraits de groupe, avec lesquels le jeune artiste ambitionnait pas moins de révolutionner la peinture : Un Atelier aux Batignolles, représentant l’atelier de son contemporain Édouard Manet ; Le Coin de table, où l’on retrouve Verlaine et Rimbaud… 
 
On y savourera aussi nombre de ces natures mortes tellement vivantes qui lui valurent ses premiers succès en Angleterre, qu’il peignit presque « à la chaîne ». Mais quelle délicatesse !
 
Ce portraitiste des fleurs fut aussi un immense portraitiste de lui-même et de ses proches. En témoigne l’impressionnante galerie d’autoportraits qui nous introduit dans l’exposition. Regards ténébreux, cadrages serrés, dépouillement des décors… L’artiste, connu pour son caractère farouchement indépendant, nous invite à pénétrer dans son intimité, loin des modes et des courants en « isme » de ce XIXe siècle languissant.
 
« C’était un peintre de l’intérieur, analyse Guy Tosatto. Ni classique, ni moderne, il a suivi sa propre voie sans jamais faire école. » Un tempérament typiquement… grenoblois ? 
 
 
 
« Fantin-Latour. À fleur de peau. » Jusqu’au 18 juin au Musée de Grenoble.
 

 

Musée de Grenoble

 

 

FANTIN-LATOUR EN IMAGES

Coin de table, 1872. Huile sur toile. Paris, musée d’Orsay © Rmn-Grand Palais (musée d’Orsay) / H.Lewandowski
L’Anniversaire, 1876. Huile sur toile. Musée de Grenoble © Musée de Grenoble
Arianne abandonnée, 1899. Huile sur toile. Lyon, musée des Beaux-Arts © musée des Beaux-Arts de Lyon / A. Basset
Portrait de Charlotte Dubourg, 1882. Paris, musée d’Orsay © Musée d’Orsay, Dist Rmn-Grand Palais / H. Lewandowski
La Lecture, 1877. Huile sur toile. Lyon, musée des Beaux-Arts © musée des Beaux-Arts de Lyon / A. Basset
L’Étude (portrait de Sarah Elizabeth Budgett), 1883. Huile sur toile. Tournai, musée des Beaux-Arts © collection du musée des beaux-arts de Tournai, legs Van Cutsem
La Nuit, 1897. Huile sur toile. Paris, musée d’Orsay © Rmn-Grand Palais (musée d’Orsay) / H.Lewandowski
Capucines doubles, 1880. Huile sur toile. 62,8 x 42,5 cm. Royaume-Uni, Londres, Victoria and Albert Museum © Victoria and Albert Museum, Londres
Fleurs d’été et fruits, 1866. Huile sur toile. Toledo (Etats-Unis), The Toledo Museum of Art © The Toledo Museum of Art
Fleurs (The Rosy Wealth of June), 1886. Huile sur toile. Londres, National Gallery Photo © The National Gallery, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / National Gallery Photographic Department
Nature morte dite « de fiançailles », 1869. Huile sur toile. Grenoble, musée de Grenoble © Musée de Grenoble
Roses dans une coupe, 1882. Huile sur toile. Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / R.G Ojéda
Attribué à Heid ou Igout, Sans titre, années 1880. Tirage à l’albumine. Grenoble, musée de Grenoble © Musée de Grenoble
Auteur non identifié, Sans titre. Grenoble, musée de Grenoble © Musée de Grenoble
Publié le : 
04 avril 2017