• Le temple d'Auguste et Livie à Vienne

De Rome

à Vienne...

Notre histoire

Idéalement située, l’antique cité de Vienne était, il y a deux mille ans, à la croisée de tous les chemins. Que reste-t-il aujourd’hui de cet important réseau routier ?

Par Richard Juillet

  • La voie romaine  de Vienne aujourd’hui et sa borne milliaire (au premier plan), situées dans le jardin de Ville.
  • La même voie romaine, vers 1850 (estampe).

Si, selon l’expression, tous les chemins mènent à Rome, à l’inverse, durant l’Antiquité, toutes les voies romaines venant du nord de l’Italie traversaient l’Isère et convergeaient vers Vienne, avant de rejoindre au nord, Lyon, la capitale des Gaules, ou au sud, Arles et Marseille. C’est dire l’importance de cette cité, appelée à l’époque, Colona Julia Viennensis.

 

> LEURS CARACTÉRISTIQUES

Malheureusement aujourd’hui, il ne reste quasiment rien de cet important réseau routier qui a vu passer nombre de légionnaires, de voyageurs et de marchands. Et pour cause !

Contrairement à ce que l’on peut voir dans les albums d’Astérix, les voies romaines n’ont jamais été pavées en Gaule mais construites en radier de cailloux ; le dallage étant seulement utilisé pour valoriser l’entrée des grandes agglomérations. Du coup, nos voies romaines ont disparu avec le temps, abandonnées au profit d’autres itinéraires ou tout simplement recouvertes par la végétation.

Parfois, elles ressurgissent du passé comme à Moirans, l’ancienne Morginum, où, à l’occasion de la construction d’une école, en 1879, et plus récemment d’un programme de logements, rue de la République, les archéologues ont mis au jour quelques mètres de l’antique voie romaine Vienne-Grenoble.

Généralement larges de cinq à huit mètres, celles-ci sont bombées et bordées de fossés pour faciliter l’écoulement de l’eau de pluie. Selon leur importance, elles sont entretenues soit par l’Etat impérial, qui les utilise pour le service de l’armée et du courrier, soit par les cités traversées. Mais le plus souvent, ce sont de riches familles qui s’acquittent de leur réfection, s’octroyant prestige et bonnes grâces des usagers. Les rares ponts jetés sur l’Isère, le Rhône ou le Guiers sont également offerts par ces notables.

Tous les 1 460 mètres, on trouve une borne milliaire, destinée à étalonner les distances mais aussi et surtout à glorifier l’empereur qui les a construites ou rénovées. En Isère, il en subsiste quatre : à Vienne, dans le jardin de ville, à Saint-Clair-de-la-Tour, sur le côté sud de l’église, à Chanas, rue du Dauphiné où elle sert de fontaine, et dans l’église de Saint-Paul-d’Izeaux, curieusement transformée en support de bénitier.

 

>  LA VOIE DE L'OISANS

Si l’on veut aujourd’hui se replonger dans cet antique passé routier, il faut se rendre en Oisans où subsistent des vestiges de l’ancienne voie reliant Vienne au col de Montgenèvre, via Grenoble et Briançon. Pour Jean-Pascal Jospin, conservateur en chef au Musée dauphinois, c’est la seule route qui a fait l’objet de véritables travaux ; les autres axes traversant l’Isère s’appuyant sur des itinéraires gaulois déjà connus et structurés.

« Avant sa construction qui fut titanesque, les voyageurs, pour se rendre en Italie depuis Grenoble, cheminaient par la Matheysine, le Valbonnais et le col d’Ornon, et non par la basse vallée de la Romanche, explique-t-il. A l’époque, la rivière divaguait et un vaste lac recouvrait la plaine de Bourg-d’Oisans. Comme à leur habitude, les Romains ont pris au plus court. Et lorsque cela était nécessaire, ils ont creusé la route à flanc de montagne pour se prémunir des risques d’inondation, comme ce tronçon encore visible à Rochetaillée. »

L’itinéraire supposé passe par Vizille, Livet-Gavet, Bourg-d’Oisans, Venosc, Mont-de-Lans, Mizöen, Vilar-d’Arène, le col du Lautaret, Briançon puis le col du Montgenèvre avant de basculer vers Suse et Turin. Un travail de Romains qui impressionne toujours !

 

  • La porte romaine de Bons, sur l’axe Vienne-Turin, aujourd’hui.
  • La porte de Bons, photographiée en 1927.

 > LA PORTE DE BONS : UN MYSTÉRIEUX ÉDIFICE 

Péage, arc de triomphe, frontière entre deux territoires… On ne sait pas vraiment la destination de cette Porte de Bons, passage taillé dans le rocher sur la voie romaine reliant Vienne à l’Italie.

D’autant qu’en 1770, la moitié de l’édifice s’est effondrée. Pour Jean-Pascal Jospin, conservateur en chef du Musée dauphinois, il s’agit probablement d’un tunnel.

Pour découvrir cet ouvrage, il faut vous rendre à Mont-de-Lans, puis, sur la route des Deux-Alpes, se garer au hameau de Bons. Prendre ensuite, à pied, le sentier découverte sur un kilomètre. La porte s’offre alors à vous.

  • Les voies romaines en France
  • Les voies romaines en Isère

 > LE RÉSEAU ROUTIER ROMAIN 

 > LA VOIE DE L'OISANS  EN IMAGES 

A Rochetaillée, près de Bourg-d’Oisans, la voie romaine, Vienne –Turin,  telle qu’elle est aujourd’hui (photos 1 et 2) et telle qu’elle était autrefois, lorsqu’un lac occupait le fond de vallée (photos 4 et 5).

Ingénieux, les Romains ont utilisé des madriers horizontaux, soutenus par des poutres verticales, pour augmenter la largeur de la route, taillée dans la roche.

On distingue encore des traces de mortaises (photo 3), destinées à supporter la structure en bois. Après Bourg-d’Oisans, la voie s’élevait vers Villard-Reymond, puis Villard-Notre-Dame et Venosc, avant de redescendre vers Mont-de-Lans (photo 6), Mizoen et gagner le col du Lautaret.

La voie romaine, Vienne –Turin,  telle qu’elle est aujourd’hui.
La voie romaine, Vienne –Turin,  telle qu’elle est aujourd’hui.©Association Freneytique
On distingue encore des traces de mortaises destinées à supporter la structure en bois.©Association Freneytique
La voie de l'Oisans telle qu’elle était autrefois, lorsqu’un lac occupait le fond de vallée. ©Association Freneytique
La voie de l'Oisans telle qu’elle était autrefois, lorsqu’un lac occupait le fond de vallée.©Association Freneytique
Après Bourg-d’Oisans, la voie s’élevait vers Villard-Reymond, puis Villard-Notre-Dame et Venosc, avant de redescendre vers Mont-de-Lans ©Musée dauphinois
  • La borne milliaire de Saint-Clair-de-la-Tour, l’une des quatre subsistant en Isère.
  • La borne milliaire de Saint-Clair-de-la-Tour, l’une des quatre subsistant en Isère.

 > VOUS AVEZ DIT MILLIAIRE ? 

Qu’ont en commun les villages de Septème, Oytier et Diémoz, en Nord-Isère ? Ils sont tous situés sur l’ancienne voie romaine reliant Vienne à Milan, via Bourgoin, Aoste, Chambéry, Bourg-Saint-Maurice et le col du Petit Saint-Bernard.

La signification de leur nom proviendrait des bornes milliaires, installées sur cet axe tous les 1460 mètres environ ; la septième borne donnant Septème, la huitième, Oytier, et la douzième, Diémoz… Malheureusement, on ne les a pas retrouvées.

Publié le : 
11 novembre 2016