FABULEUSES

ORCHIDÉES

Grandeur nature

On les imagine souvent exotiques. Pourtant, les orchidées sont nombreuses en Isère et vivent dans des milieux très différents. Rencontre avec ces fleurs sophistiquées et pleines de surprises. 

Par Sandrine Anselmetti
Crédits photos : J.Prévost, F.Pinto, L.Jullien

La platanthère à deux feuilles apprécie autant les prairies montagnardes que les zones humides de l’Isère.

 

Une floraison abondante et gracieuse, de formidables couleurs et une aura d’exotisme… L’orchidée est une fleur superstar. Sans doute à cause de sa morphologie singulière, elle passe pour une fleur rare et lointaine.

Pourtant, il en existe 30 000 espèces dans le monde (c’est la plus grande famille de plantes sur terre), parmi lesquelles 180 en France, dont 90 en Isère. Beaucoup n’imaginent pas que l’on puisse trouver ces magnifiques fleurs à l’état sauvage dans le département, dans une multitude de milieux : prairies, forêts, zones humides, montagne, pelouses sèches…

L’orchis nain des Alpes, qui peut pousser à 2 500 mètres d’altitude, est la plus petite (5 à 10 cm avec des fleurs de 3 à 4 mm) et l’orchis géant est la plus haute des espèces iséroises (jusqu’à 90 cm).

Dernières-nées dans l’évolution du monde végétal, les orchidées existent depuis moins de 20 millions d’années, contre 130 millions d’années pour la plupart des plantes à fleurs et 300 millions d’années pour les conifères.

Possédant une remarquable capacité d’adaptation et de diversification, elles ont conquis les cinq continents. Plus récentes, ce sont aussi les plus sophistiquées du règne végétal, avec différentes caractéristiques pour faciliter leur pollinisation par les insectes. Parées de couleurs vives et attirantes, elles possèdent une « piste d’atterrissage » à insectes : le labelle, leur pétale inférieur médian.

Elles sont aussi souvent munies d’un « balisage », fait de bandes ou de taches de couleurs conduisant droit au cœur de la fleur. Et quand l’insecte y pénètre, un « système de levier » fait basculer l’étamine, lui appliquant ainsi le pollen sur le dos ou la tête, bien collé par une substance adhésive.

 

> DES STRATÉGIES ÉTONNANTES

 

Par ailleurs, les orchidées ont développé des stratégies étonnantes pour attirer les insectes : l’offrande de nourriture par le nectar, mais aussi des leurres visuels, olfactifs et même sexuels !

Parmi les stratagèmes les plus élaborés : celui de l’ophrys abeille, avec un labelle qui imite l’aspect de l’insecte pollinisateur, y compris sa pilosité, et qui émet une pseudo-phéromone (copie d’hormone sexuelle) pour attirer l’insecte mâle.

Confondant la fleur avec sa femelle, celui-ci tente désespérément de s’accoupler, mais en vain. L’insecte repart le corps chargé de pollen, qu’il ira déposer sur le stigmate d’une autre fleur, assurant ainsi sa fécondation.

D’autres dispositifs sophistiqués se rencontrent chez les orchidées, comme la miniaturisation des graines de façon à en augmenter le nombre (des centaines de milliers par pied) et à les alléger pour les faire porter par le vent. Cette petite taille est due à l’absence de réserves nutritives, ce qui ne permet pas la germination.

Celle-ci ne peut avoir lieu que grâce à un champignon microscopique, avec qui l’orchidée noue une relation de symbiose, leur permettant à l’un et à l’autre de survivre.
 

Renseignements : gentiana.org ou sfo-rhone-alpes.fr, avec la carte des espèces par communes.

 

REPÈRES

 

> QUAND ET OÙ LES OBSERVER ?
 

En Isère, la majorité des espèces sont printanières, avec un pic de floraison en mai-juin. Cependant, la plus précoce, l’orchis géant, peut débuter sa floraison en janvier-février. Les plus tardives sont la spiranthe d’automne, en septembre, et l’épipactis du castor, dont la floraison peut s’achever en novembre.

Les espaces naturels sensibles (ENS) sont des lieux privilégiés pour observer les orchidées sauvages. Selon les milieux, ils abritent une grande diversité d’espèces, parfois rares et protégées. Vous pourrez les admirer, les photographier ou les dessiner, mais attention de ne pas les cueillir !

Des animations thématiques sont proposées dans différents ENS pour partir à la découverte des orchidées.
 

 ORCHIDÉES : À CHACUNE SON SECRET 

L’orchis de Fuchs est une espèce commune de montagne, formant un épi garni de petites fleurs.
Le sabot-de-Vénus, espèce protégée, emprisonne les insectes pollinisateurs grâce à son labelle enroulé sur lui-même et les contraint à se charger de pollen avant de ressortir.
L’orchis sureau, qui pousse dans les prairies subalpines et les sous-bois, peut être pourpre ou jaune pâle.
Espèce forestière, la Néottie nid d’oiseau a perdu sa chlorophylle et vit aux dépens de la matière végétale en décomposition.
La platanthère à deux feuilles émet son parfum la nuit pour attirer les papillons de nuit pollinisateurs.
L’ophrys abeille imite l’insecte pour l’attirer et faciliter la pollinisation.
Publié le : 
05 mai 2019