DE DELACROIX

À GAUGUIN

Exposition

Poursuivant l’exploration de son fonds de dessins anciens, le Musée de Grenoble présente jusqu’au 17 juin ses plus belles feuilles du XIXe siècle. 120 œuvres souvent de très grand format et en couleurs signées par les plus grands… ou par d’illustres inconnus à redécouvrir.

Par Véronique Granger

 

Te nave nave fenua : cette aquarelle de Gauguin de 1892, représentant une plantureuse Tahitienne, n’a pas été choisie par hasard pour l’affiche de l’exposition : c’est l’un des bijoux de la collection du Musée de Grenoble. Et certainement la plus belle de toutes les représentations qu’en a faites l’artiste voyageur, avec ses traits délicats et ses couleurs pointillistes. 
 
Parmi les 120 dessins du XIXe siècle sélectionnés par l’équipe du musée (sur quelque 2 000 feuilles !), c’est loin d’être le seul chef-d’œuvre. Au dos du carnet, on découvre déjà un second dessin de Gauguin à Tahiti : un poisson onirique haut en couleur.
 
Parmi les noms célèbres représentés dans cet ensemble, on retrouve aussi plusieurs fois Eugène Delacroix. En 1820, il est encore inconnu, mais cette étude de drapé, réalisée pour une peinture de la Vierge dans la cathédrale d’Ajaccio (Le Triomphe de la religion), préfigure déjà l’immensité de son talent.
 
Quarante ans plus tard, il donne libre cours à toute sa force expressive dans ce croquis préparatoire sur calque pour La Lutte de Jacob avec l’ange, somptueuse fresque murale ornant la chapelle des Saints-Anges de l’église Saint-Sulpice, à Paris. Un combat quasi chorégraphique où les ailes de l’ange sont à peine esquissées face à la musculature puissante de Jacob… Très loin de l’académisme d’Ingres et de David.
 
 

 

> L'ÂGE D'OR DU DESSIN FRANÇAIS


 

Corot, Puvis de Chavannes, Jongkind, Fantin-Latour, Daumier et ses caricatures, Doré, Grandville, Ravier… Les grandes signatures se succèdent dans cette traversée du XIXe siècle, véritable âge d’or du dessin français.
 
Du réalisme au symbolisme, on revisite ses multiples courants artistiques et ses soubresauts. Du Dauphiné à l’Orient via l’Italie, on voyage autant dans l’espace que dans le temps, du passé sublimé au présent trivial, de l’art officiel monumental à l’introspection.
 
À la différence des siècles précédents, les dessins sont souvent de grande dimension et en couleurs : “Certains, comme cette vue de Pont-en-Royans par Charles Cottet, sont des œuvres en tant que telles, fait remarquer Valérie Lagier, commissaire scientifique de l’exposition. Hélas pour eux, les artistes qui n’ont été que dessinateurs sur papier ont été totalement oubliés.” On pourra ainsi redécouvrir des talents inconnus, pourtant réputés de leurs contemporains, tels Charles de Châtillon ou Nicolas Berthon … Sur les 120 feuilles, trois sont restées anonymes faute d’auteur identifié. Car beaucoup d’œuvres ne sont pas signées. “Il a fallu mener une enquête d’experts !”, poursuit Valérie Lagier.  
 
On peut se demander comment toutes ces œuvres se sont retrouvées dans le fonds du Musée de Grenoble… alors que leurs auteurs n’avaient souvent qu’un lien ténu avec le Dauphiné. Comme pour les siècles précédents, outre les legs des artistes eux-mêmes, on peut encore dire merci à Léonce Mesnard, cet amateur éclairé qui fit don de 3 500 dessins et estampes de toutes écoles (sur les 6 000 que compte le musée).
 
Mais il faut saluer aussi l’œil visionnaire d’Andry-Farcy, conservateur de 1919 à 1949, à qui l’on doit d’avoir acquis des dessins de Daumier, Delacroix, Gauguin ou Jongkind…
 
Un fonds considérable et en grande partie inédit à découvrir !
 
 

 

 PRATIQUE 

 
« De Delacroix à Gauguin, chefs-d’œuvre dessinés du XIXe siècle du musée de Grenoble. » Du 17 mars au 17 juin.
 
 
 

 QUELQUES ŒUVRES EN IMAGES 

Paul Gauguin, Te nave nave fenua, 1892.
Merry-Joseph Blondel, Louis XII sur son lit de mort, 1816. Un dessin sur calque avec le chevalier Bayard. La réinvention du passé est un thème cher aux artistes du XIXe siècle.
Eugène Delacroix, étude de draperie pour la vierge du Sacré-Cœur d’Ajaccio, vers 1820. Un dessin à la manière de Léonard de Vinci, annonciateur des chefs-d’œuvre futurs du jeune artiste.
Eugène Delacroix, étude de costumes algériens, 1832. Le voyage en Afrique du Nord est source d’inspiration.
Charles Palianti, Intérieur de village en Orient. L’artiste n’a fait que des dessins… il est ainsi tombé dans l’oubli malgré son immense talent.
Charles Bellay, Tête d’Italienne, 1869. Le voyage en Italie est aussi incontournable.
Jean-Ignace Isidore Gérard dit J.J. Grandville, Les Animaux musiciens, 1828. Un mordant caricaturiste et délicieux illustrateur de livres.
Jean-Baptiste Millet, Troupeau de moutons. Membre de l’école de Barbizon, tout comme son frère Jean-François (auteur de l’Angelus), il aimait à représenter ce monde paysan déjà en voie de disparition.
Xavier Sigalon, Tête d’Antillaise, 1821. La femme… omniprésente dans les dessins et la peinture !
Jacques Barthélémy Appian dit Adolphe Appian, Étang au crépuscule, 1891. Un étang du Dauphiné dont la localisation reste incertaine.
Publié le : 
03 mars 2018