MUSHA S'INVITE

CHEZ BERGÈS

Exposition

La Maison Bergès-musée de la Houille blanche met en lumière les liens intimes qui unirent Alfons Mucha, maître de l’Art nouveau, et Aristide Bergès, pionnier de l’hydroélectricité, à la fin du XIXe siècle.

Par Véronique Granger

 

“Je salue la vallée de l’Isère, avec toutes les merveilles de la riche et poétique nature de Lancey.”
 
Cet extrait d’une lettre d’Alfons Mucha à Marguerite Bergès datée de 1905, retrouvée dans la bibliothèque de la Maison Bergès, à Lancey, n’est que l’un des nombreux témoignages de quarante ans d’amitié qui unirent l’artiste tchèque Alfons Mucha (1860-1939) et la famille d’industriels papetiers isérois. 
 
Correspondances, dessins, revues artistiques, cartes postales ou photographies… Complétés par les affiches publicitaires, calendriers ou ouvrages et planches de dessins prêtés par la bibliothèque Forney à Paris, ces documents inédits, exposés au musée départemental, nous racontent cette histoire intime, offrant un éclairage neuf sur un artiste à la renommée internationale.
 
C’est l’occasion de pénétrer dans l’univers chatoyant et raffiné d’un illustre méconnu. Car si ses portraits de femmes pensives aux belles chevelures fleuries sont inscrits dans la mémoire collective, son auteur et son œuvre restent largement à découvrir. 
 
“L’affichiste et le décorateur ont sans doute un peu occulté le peintre et dessinateur virtuose, reconnaît Sylvie Vincent, conservatrice du musée. Mais Mucha, qui est devenu l’incarnation de l’Art nouveau, n’est jamais passé de mode. Dernièrement, j’ai encore vu des sets de table avec ses œuvres au Mont-Saint-Michel !”
 
Quand Alfons Mucha se rend pour la première fois chez les Bergès, au début des années 1900 – un premier télégramme retrouvé à Lancey en atteste –, le jeune artiste tchèque a déjà connu le succès à Paris grâce à l’actrice Sarah Bernhardt. L’affiche réalisée pour sa pièce Gismonda, où il représente « la Divine » quasiment grandeur nature et tout en longueur dans une pose magistrale, avec sa flamboyante chevelure dans un motif en cercle, fait un véritable tabac dans la capitale !
 
Le « style Mucha » est né, tout en volutes et arabesques féminines voluptueuses et il révolutionne l’affiche publicitaire. Il traversera même l’Atlantique.
 
 

 

> QUAND ART ET INDUSTRIE FAISAIENT BON MÉNAGE


 

Artiste dans l’âme et collectionneur éclairé, Maurice Bergès, fils d’Aristide, lui-même ingénieur, a toujours cultivé l’amitié avec les créateurs de son temps. Alors qu’il décore la nouvelle maison familiale, il entre en contact avec son ami Mucha, sans doute rencontré à Paris, et l’invite à Lancey. 
 
Mucha y résidera à au moins deux reprises, en 1902 et 1903 – il y a même sa chambre, décorée de papier peint Art nouveau et d’armoires d’inspiration slave. L’artiste signe ainsi les quatre tableaux dessus-de-porte représentant les saisons et les douze verres peints de visages féminins de la chambre-bureau d’Aristide, ainsi que plusieurs portraits de famille. 
 
Il réalise également une affiche pour promouvoir « l’automatique », ce nouveau papier sensible au sel de cuisine alors fabriqué aux papeteries de Lancey. 
 
Mais c’est en réalité toute la demeure de Lancey qui porte l’empreinte de cet Art nouveau alors triomphant avec ses papiers peints fleuris, ses balustrades ornées de motifs stylisés, ses décors de portes, ses ouvrages ou mobiliers japonisants (signalés dans les inventaires)… À la source d’une révolution technologique sans précédent, les Bergès étaient aussi en prise avec l’art de leur temps. 
 

 

 PRATIQUE 

 
Une exposition : « Alfons Mucha et les Bergès, une amitié. » Jusqu’au 17 septembre 2018 à Villard-Bonnot, du mercredi au vendredi (13 h -18 h), les samedis et dimanches (10 h-18 h). 
 
Entrée gratuite
 
Contact : 04 38 92 19 60
 
 
 
Un beau livre illustré : Alfons Mucha, affichiste entre Art nouveau et industrie, éditions PUG (112 p., 25 €). 
 

 

 MUCHA : QUELQUES ŒUVRES EN IMAGES 

Portrait d’Alfons Mucha
L’affiche de l’exposition à voir jusqu’au 16 septembre.
La chambre d’Alfons Mucha chez les Bergès à Lancey.
Affiche de Mucha pour « L’Automatique, le papier photo au sel de cuisine », fabriqué aux papeteries Bergès, à Lancey.
Calendrier publicitaire pour les Biscuits Lefèvre-Utile (1897).
Publié le : 
06 juin 2018