HÉBERT

À LA VILLA MÉDICIS

Exposition

Pour le bicentenaire de la naissance d’Ernest Hébert et les 15 ans de sa rénovation, le musée départemental nous invite à refaire avec lui le voyage à Rome, entre 1840 et 1844. Rencontre avec un jeune artiste pas si académique.

Par Véronique Granger

  • Ernest Hébert, pensionnaire à la Villa Médicis, par Dominique-Louis Papety.

 

“Cette ville de marbre et de puces [est] peu sympathique : on s’y gratte et on s’y ennuie.” La description de Rome, confessée par le musicien Claude Debussy en 1886, contraste avec l’image que l’on se fait habituellement de la ville éternelle !
 
Entre les puces, les épidémies de paludisme, le froid glacial et les incessantes rixes au couteau qui animent les soirées, les pensionnaires de la Villa Médicis sont loin de tous céder à l’éblouissement ! Hector Berlioz, un autre Dauphinois célèbre, ne se priva pas non plus de dénigrer l’ambiance de cette cité qui n’est encore qu’une petite ville de province.
 
À l’opposé, le premier séjour d’Ernest Hébert le marquera à jamais. Le jeune artiste-peintre grenoblois n’aura de cesse d’y revenir et de transmettre sa passion pour l’Italie : la lumière, les paysages, les ruines antiques à l’horizon, les paysannes… tout le comble et l’inspire.
 
Nommé bien plus tard directeur de la prestigieuse institution à deux reprises, il passera dans la péninsule trente ans de sa vie.
 

 

> "UNE VUE TROP BELLE POUR ÊTRE PEINTE"


 

Instauré par Louis XIV pour former le goût des lauréats du prix de Rome, le séjour dans la Ville éternelle reste au XIXe siècle un passage obligé pour les jeunes artistes. Isolée sur la colline du Pincio, la Villa Médicis, siège de l’Académie de France, offre une vue panoramique sur la ville et les paysages environnants, avec au loin la coupole de Saint-Pierre…
 
“Une vue trop belle pour être peinte”, confesse Hébert. Ingres, qui est alors directeur de l’institution, a attribué à son élève une chambre et un atelier dans le campanile… Bien que spartiate, la demeure, immortalisée par son copain de promotion Papety (qui sert d’affiche à l’exposition), devient un havre de bonheur et de camaraderie. “Cette période a été sans conteste la plus heureuse de sa vie”, assure Laurence Huault-Nesme, conservatrice du musée Hébert avec une affection non dissimulée. 
 
Aux antipodes du peintre classique connu pour ses portraits mondains, on découvre en effet un jeune homme espiègle à l’extrême sensibilité. Paysagiste dans l’âme, il saisit chaque occasion pour peindre sur le motif dans la campagne romaine ou croquer les gens du cru.
 
Pochades, aquarelles, encres, dessins à la mine de plomb, huiles, copies d’antiques ou autoportraits : selon l’usage, il s’essaie à toutes les techniques et laisse libre cours à sa créativité… Les 80 œuvres réunies pour ce bicentenaire, pour certaines jamais montrées auparavant, témoignent de ce visage moins convenu d’Ernest Hébert.
 
En résonance avec ses propres œuvres, pour mieux nous immerger dans l’atmosphère de la villa, le musée présente également nombre d’essais, dessins ou portraits d’autres résidents ou contemporains :  Blanc-Fontaine, Diodore Rahoult, Dominique Papety, son meilleur ami – prématurément emporté par le choléra à 34 ans… Des esquisses plus tardives de Jean-Jacques Henner ou Gustave Caillebotte montrent que l’esprit de la Villa perdure au-delà des générations. Des extraits de son abondante correspondance, agrémentée de dessins humoristiques, nous le rendent encore plus proches.
 
On s’attendrait presque à le voir arriver dans son atelier reconstitué dans la grande galerie avec son fauteuil et son chapeau négligemment posé. Un artiste attachant à redécouvrir !
 
 
 

 PRATIQUE 

Hébert pensionnaire à la Villa Médicis.
 
Au musée Hébert, grande galerie, à La Tronche. Jusqu’au 4 juin 2018.
Entrée libre tous les jours de 10 h à 18 h (fermé le mardi). 
 
 
 

 EN IMAGES :  HÉBERT ET SES AMIS À LA VILLA MÉDICIS 

Rome 1844. Par Ernest Antoine Auguste Hébert (1817-1908). La Tronche, musée Hébert ©Musée Hébert / D.I.
Rome, façade de la villa Médicis sur le jardin,1840. Par Ernest Antoine Auguste Hébert. Dessin au crayon conté rehaussé de blanc et de pastel ocré sur papier gris-bleu. Paris, musée Ernest Hébert ©RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Gérard Blot
Rome, villa Médicis, extrémité de la partie haute de la balustrade. Par Ernest Antoine Auguste Hébert. Aquarelle sur papier blanc. Paris, musée Ernest Hébert ©RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Thierry Le Mage
Vase et boule sur un garde-corps de terrasse, 1841, étude. Par Ernest Antoine Auguste Hébert. Huile sur carton. La Tronche, musée Hébert ©Musée Hébert/D.I.
Paysanne de Cervara en costume, vers 1840. Par Ernest Antoine Auguste Hébert. Fusain et gouache sur papier beige-gris. Paris, musée Ernest Hébert ©RMN-Grand Palais (musée d'Orsay)/Hervé Lewandowski
Portrait de Gounod. Par Ernest Antoine Auguste Hébert. Huile sur toile. Rome, Villa Médicis ©Rome/Villa Médicis
Polytès, fils de Priam, observant les mouvements des Grecs, 1834. Par Hippolyte Flandrin (1809-1864). Envoi de première année. Huile sur toile. Saint-Étienne, musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole ©MAMC/Saint Etienne Métropole
Vue du perron de la villa Médicis. Par Gustave Caillebotte (1848-1894). Huile sur bois. Signé en bas à droite : G. Caillebotte. Lyon, by courtesy galerie Michel Descours ©Lyon, galerie Michel Descours/ D.Michalet
Hébert, pensionnaire à la Villa Médicis. Par Dominique-Louis Papety (1815-1849). Paris, musée Ernest Hébert ©RMN-Grand Palais (musée d'Orsay)/Jean Schormans
Publié le : 
01 janvier 2018