DANS L'INTIMITÉ

DES CIMES

Grandeur nature

C’est la saison des amours pour les chamois et les bouquetins. La période du rut est le moment idéal pour les observer. Démonstrations de force, surveillance des femelles, courses-poursuites… Entrée dans l’intimité des cimes. 

Par Sandrine Anselmetti

Copyright photos : D.Simonin ; F.Pinto.

  • Mâles bouquetins en plein combat !

 

Le mâle dominant, trempé de sueur, les poils dressés en crête sur le dos, rassemble ses femelles et fait fuir les concurrents.

 

Il a le poitrail bombé, la tête haute et tire sa langue noirâtre. En Isère, le plein rut du chamois, espèce emblématique des montagnes alpines, ne dure qu’une quinzaine de jours, entre mi-novembre et mi-décembre.

À cette période, le mâle surveille de près la « chevrée », son « harem ». Quand une femelle s’éloigne du troupeau, il la ramène aussitôt.

Le « bouc » garde ainsi près de lui les « chèvres » qu’il doit à tout prix féconder avant l’hiver. 

Le rut est déclenché par le raccourcissement des jours, qui provoque une stimulation hormonale. Il a pour objectif la sélection du mâle le plus fort, avec le meilleur potentiel reproducteur, et le brassage génétique de l’espèce pour éviter la consanguinité.
 
On observe alors de grands rassemblements de femelles et de mâles de tous âges, habituellement séparés à la belle saison. Pour éloigner les concurrents et se faire remarquer des femelles, le mâle dominant marque son territoire en frottant sa tête contre les arbustes : grâce aux glandes placées derrière ses cornes, il y dépose une forte odeur musquée.
 
Il s’asperge aussi de son urine en secouant ses flancs avec vigueur.
 
 

> COMBATS ET COURSES-POURSUITES

 

Les mâles dominants possèdent toute une panoplie de postures d’intimidation. Si un mâle « satellite », à la recherche de femelles, cède à l’intimidation, commence alors une course-poursuite effrénée !
 
Lorsque tous les signaux ont échoué, il ne reste qu’un moyen : le combat, à coups de cornes dans les flancs et l’abdomen. Mais l’issue est rarement fatale et ces luttes restent exceptionnelles. 
 
Chez les bouquetins, autre ongulé de nos massifs, dont le rut a lieu entre mi-décembre et mi-janvier, les combats sont beaucoup plus fréquents. Ils se dressent sur leurs pattes arrière pour prendre de l’élan et se lancent cornes contre cornes, afin d’éprouver leur force.
 
Leur corps massif et leur cou musclé leur évitent de se blesser gravement… mais il arrive que certains tombent d’une falaise. Présent dans tous les massifs isérois, le bouquetin des Alpes vit dans les pentes rocheuses escarpées, sur les crêtes et les falaises, au-dessus de 1 000 mètres d’altitude. On peut notamment l’observer au Grand-Veymont, dans le Vercors. 
 
Également présent dans tous les massifs du département, le chamois se retrouve des pelouses subalpines aux forêts montagnardes. Il est fréquent à partir de 1 000 mètres d’altitude, et parfois plus bas localement.
 
Pendant le rut, on peut le contempler dans des lieux « ouverts », comme l’espace naturel sensible des Écouges, le Charmant Som en Chartreuse ou encore au pied de la Dent de Crolles. 

ZOOM

> OBSERVATION : « NE PAS DÉRANGER, SVP » 

 
Le rut est une période intense en dépense d’énergie. Les mâles chamois peuvent perdre 25 % de leur masse corporelle, et certains, affaiblis, ne passeront pas l’hiver.
 
Il faut veiller à leur tranquillité : ne pas faire de bruit, éviter les chiens et ne pas trop s’approcher.
 
S’ils paraissent moins farouches car ils gardent les lieux (attitude de non-fuite), chamois et bouquetins restent très vulnérables au stress. Il est conseillé d’être équipé de jumelles et, si possible, de faire appel à un guide professionnel. 
 

 BOUQUETINS ET CHAMOIS EN PHOTOS

Les bouquetins en rut s’affrontent cornes contre cornes dans des combats qui peuvent durer plusieurs heures.
Portrait-type du mâle chamois en rut : langue pendante, crinière dorsale hérissée et flancs aspergés de sa propre urine.
Mâle chamois dévalant les pentes enneigées, en pleine course-poursuite.
Durant le rut, le mâle bouquetin recherche les femelles en chaleur, prêtes à l’accouplement.
Le chamois, aux cornes courtes et recourbées, arbore son pelage d’hiver brun foncé.
Publié le : 
11 novembre 2017