2020, ANNÉE DE LA CULTURE

EN ISÈRE

Dossier

 

Inauguration d’un onzième musée départemental dédié à Champollion, nouveau bâtiment pour les Archives départementales, livraison de la première phase de la restauration de la façade de l’abbaye de Saint-Antoine, lancement de la quatrième et dernière saison de Paysage>Paysages, 40e édition de Jazz à Vienne, ouverture de nouvelles expositions… L’année culturelle 2020 promet d’être encore étincelante en Isère !

Mais la culture ne se résume pas à ces grands projets emblématiques. Si le Département, à l’instigation de son président Jean-Pierre Barbier, a choisi de mettre la création et l’art sur le devant de la scène au cours des douze prochains mois, c’est aussi pour valoriser le travail de fond mené depuis 2015 pour irriguer tous les territoires de l’Isère, du canton le plus rural aux périphéries urbaines, au plus près des habitants de tous âges.

L’ambition est de mettre la culture au cœur de toutes les politiques départementales. Dans les écoles, les maisons de retraite, à la ville comme aux champs, des artistes tout au long de l’année viendront piquer notre curiosité et nous inviter à voir notre quotidien avec d’autres yeux. Car la culture, c’est ce qui nous rassemble. Et c’est un besoin vital, en ces temps de désenchantement général !

Par Annick Berlioz et Véronique Granger

  • Visite de l’exposition « l’Ivresse des sommets » au Musée dauphinois.

Visite de l’exposition « l’Ivresse des sommets » au Musée dauphinois.

 

 DES PROJETS LABELLISÉS « ANNÉE DE LA CULTURE » PARTOUT EN ISÈRE 

 

Et si on mettait de la poésie, de l’art et de l’émotion dans notre quotidien ? Tout un programme, et une belle ambition pour démarrer cette nouvelle année 2020 sous les meilleurs auspices.

 

“La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert”, disait André Malraux. À l’ère des industries culturelles de masse et d’Internet, cet adage n’a rien d’anachronique.

Soixante ans après, l’esprit de conquête et les ambitions culturelles semblent en effet avoir cédé le pas aux exigences de rentabilité et de satisfaction immédiate des désirs. Sur fond de baisse chronique des dotations publiques, les inégalités se creusent.

À contre-courant de cette tendance, le Département de l’Isère a fait le choix, depuis 2015, de replacer la culture au cœur de toutes ses politiques publiques.

“Elle doit être présente dans l’éducation, l’insertion, la prise en charge du handicap, le sport, l’agriculture, les transports ou la santé. C’est notre meilleur rempart contre l’obscurantisme et l’intolérance, martèle le vice-président Patrick Curtaud. Il est inacceptable dans une société comme la nôtre d’avoir un taux d’illettrisme de 7 % de la population !”

 

> LE SEUL DÉPARTEMENT À GÉRER UN RÉSEAU DE 11 MUSÉES

 

Préservation du patrimoine et des archives, développement de la lecture publique, diffusion et création artistiques, soutien aux pratiques amateurs : loin de se cantonner à ses compétences obligatoires, le Département de l’Isère s’engage sur tous les fronts de la culture.

Bien sûr, il n’agit pas seul : en mars dernier, une convention-cadre sur trois ans était signée avec l’État pour graver dans le marbre un partenariat innovant, qui confère au Département un rôle moteur.

“Il existe une exception culturelle en Isère de par sa richesse patrimoniale, son volontarisme politique, sa dynamique d’innovation. C’est d’ailleurs le seul Département à gérer un réseau de 11 musées !”, reconnaissait alors le préfet, Lionel Beffre.

Le nouveau « plan lecture » adopté en juin dernier pour la période 2020-2026 illustre cette ambition d’aller toujours plus loin dans la proximité et le partage des ressources de sa bibliothèque départementale.

Après un gros travail de mise en réseaux, les 303 bibliothèques situées dans les communes de moins de 10 000 habitants verront ainsi leur accompagnement renforcé auprès des publics en difficulté et des tout-petits, ainsi que dans l’accès au numérique.

Dans un autre registre, celui du spectacle vivant, des enseignements artistiques et de l’éducation culturelle, les structures associatives ou communales sont encouragées à mener des projets communs au service du plus grand nombre.

Par ailleurs, des résidences d’artistes se multiplient sur tous les territoires pour travailler dans la durée et au plus près des habitants.

En marge du patrimoine monumental, le Département a également mis en place un plan de restauration important de tout ce patrimoine de proximité, tant public que privé, qui fait partie de notre héritage culturel : un lavoir, une ancienne école, une scie battante…

Du passé au futur, la culture se transmet et se partage pour nous redonner envie d’aller de l’avant.

 

Patrick Curtaud, vice-président du Département chargé de la culture, du patrimoine et de la coopération décentralisée, président de l’Aida (Agence iséroise de diffusion artistique).
 
 

>  « LA CULTURE, CE N'EST NI SUPERFLU, NI ACCESSOIRE »

 

Isère Mag : Pourquoi lancer une Année de la culture en Isère ?

Patrick Curtaud : En 2015, nous avons impulsé une nouvelle politique qui redonne du sens et de l’espoir à tous les acteurs culturels en Isère, qui avaient vu leurs moyens fondre de 35 % au fil des années. La culture pour nous, ce n’est pas une variable d’ajustement, mais un des éléments fondateurs de la construction d’un individu, au même titre que l’éducation. Ce n’est ni superflu, ni accessoire !

Dès la première année de notre mandat, nous avons donc augmenté le budget de 12 %, puis encore de 9 % la seconde année… En quatre ans, l’enveloppe dédiée à la culture a quasiment doublé pour atteindre 38 millions d’euros en 2019.

C’est unique en France à ma connaissance ! Cette Année de la culture est la concrétisation de cet engagement que nous avons pris en arrivant, et un message à tous les Isérois : la culture nous concerne et doit nous rassembler tous !

 

I. A. : Quels seront les points d’orgue de cette année culturelle ?

P. C. : Bien sûr, il y aura l’inauguration du musée Champollion à Vif, la réception du nouveau bâtiment des archives départementales à Saint-Martin-d’Hères, la poursuite de gros chantiers de restauration du patrimoine à Saint-Antoine-l’Abbaye, la 40e édition de Jazz à Vienne, la quatrième et dernière saison de Paysage> Paysages, le Festival Berlioz… Mais aussi une douzaine d’autres événements labellisés « Année de la culture » qui permettront de toucher tous les Isérois, de moins de 7 ans à plus de 77 ans, sur tous les territoires de l’Isère.

Tout cela bien sûr en plus de tous les autres projets que nous soutenons chaque année pour développer la lecture publique, faire vivre la création et le spectacle vivant, restaurer le patrimoine qui fait l’âme de nos villages…

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 L'ART DE PARTAGER ET TRANSMETTRE SA PASSSION : UN ENGAGEMENT AU QUOTIDIEN

 

Éliane Sausse, directrice de l’Atelier Arts-Sciences, à Grenoble

 

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> L'ART D'INNOVER

 

En 2007, l’Hexagone de Meylan et le CEA de Grenoble créaient l’Atelier Arts-Sciences pour « marier » artistes et scientifiques.

Depuis, tous les deux ans, le public peut découvrir lors du salon Expérimenta, à Minatec, le fruit toujours inspirant de ces unions contre nature.

“Mes propres amis étaient sceptiques au départ, se souvient Éliane Sausse. Douze ans plus tard, l’Atelier est au cœur de l’activité de l’Hexagone avec pas moins de huit résidences d’artistes et chercheurs en cours, dix spectacles produits cette année, 24 dispositifs innovants présentés au salon, deux projets européens, dix tables rondes et conférences, un focus sur l’intelligence artificielle…” Avec 6 000 visiteurs pour la dernière édition, Experimenta devient incontournable pour de nombreux scientifiques ou managers en quête d’idées neuves.

À ne pas manquer (du 11 au 21 février 2020 dans l’agglomération grenobloise).

 

Jean-Michel Collomb, président de l’association sportive Oxygène à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs

 

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> COURIR INTELLIGENT

 

Chaque année, depuis 1945, le 8 mai nous rappelle au bon souvenir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour célébrer cette date emblématique, le Département organise chaque année la Course de la Résistance dans des lieux marquants du maquis isérois.

Depuis trois ans, Jean-Michel Collomb, 62 ans, habitant de Brezins, passionné de course à pied, ne rate jamais cet événement.

“L’intérêt est qu’il fédère des personnes de toutes les générations autour de la défense des libertés. Il contribue au dépassement de soi et des différences. Rapprocher le sport et la culture permet de commémorer de manière ludique un moment historique important.”

Le 8 mai prochain, il sera à nouveau au rendez-vous et participera avec son club à l’organisation de la 6e édition qui se déroulera à Bourgoin-Jallieu, dans le Nord-Isère.

 

Françoise Broué, cheffe de chœur à Villefontaine

 


 

> HAUT LES CHŒURS !
 

Le chant choral retrouve des couleurs depuis quelques années avec des initiatives comme Chorales en chœur, à Villefontaine. Née en 2007, l’association, soutenue par le Département, fédère aujourd’hui une trentaine de chorales, de Vienne à Morestel via Bourgoin-Jallieu.

“Tous les deux ans, nous participons, avec la commune de Villefontaine, à l’organisation des Rencontres chorales du Nord-Isère. On crée des liens, on propose des stages de formation ou des ateliers de technique vocale, on se prête du matériel… Le but, c’est de promouvoir la pratique et de sortir de l’isolement”, défend sa présidente, Françoise Broué.

Cheffe de chœur depuis trente-cinq ans de la chorale Avanie & Framboise, cette institutrice retraitée dirige également deux autres chœurs de femmes, Cantiamo (en italien) et Femmes de chœur. Une passion qu’elle partage volontiers !

 

Laurent Bagnard, reporter-photographe au Bon Plan

 

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> TRANSMETTRE SA PASSION
 

Une exposition de photos sur le patrimoine voironnais entièrement réalisée par des allocataires du RSA !

À l’origine de ce projet audacieux, qui a reçu le soutien du Département, Laurent, 56 ans, habitant de Rives, photographe professionnel, souhaitait transmettre un message.

“Je voulais démontrer que les allocataires du RSA ont des capacités et leur redonner ainsi une dignité. Je suis moi-même passé par là !”, témoigne-t-il. Au cours d’un forum RSA, organisé dans le territoire du Voironnais-Chartreuse, six allocataires ont adhéré à cette idée.

Une vingtaine de photos ont été proposées, dont une, très originale, qui représentait des chartreux en promenade dans le massif. Ces images ont fait l’objet de plusieurs expositions en Isère et sont actuellement visibles à la Maison du Département Voironnais-Chartreuse.

 

Luc Roudet, président de l’association Mémoire battante, à Valjouffrey

 

 

> UN PATRIMOINE D'AVENIR
 

Valjouffrey, niché dans le parc des Écrins, ce sont 150 habitants à l’année, cinq hameaux, un Désert et… une scie battante avec sa roue à eau, bientôt remise à flot grâce à l’association Mémoire battante !

Arrivé en 1989 comme garde-forestier, son président Luc Roudet a entrepris depuis 2004, avec une cinquantaine d’amoureux de ce territoire de montagne, de faire revivre le patrimoine matériel et immatériel qui fait son âme.

“Grâce au soutien de la municipalité, propriétaire du bâtiment, et du Département, nous avons pu restaurer l’édifice, qui a obtenu le label Patrimoine en Isère. On veut en faire une vitrine de notre belle vallée.”

De la création d’un jardin conservatoire de variétés anciennes de pommes au travail sur le patois local mené auprès des anciens, l’association regarde surtout vers l’avenir ! 

 

 

Salomé Pellat-Revel, lectrice aux Archives départementales

 

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> DANS LES FONDS LIQUORISTES
 

Alors étudiante en histoire à Grenoble, Salomé a commencé à fréquenter assidûment les Archives départementales de l’Isère il y a sept ans, pour un mémoire sur les plantes médicinales utilisées par les Chartreux.

Prise au jeu, elle a embrayé sur une thèse consacrée à deux autres grandes familles de liquoristes séculaires de la région, les Teisseire et les Cherry-Rocher.

Il existait peu de travaux sur leur histoire. Grâce aux registres paroissiaux, aux comptes d’entreprises et à tous les documents conservés aux Archives, j’ai pu remonter le fil jusqu’au XVIIe siècle. Heureusement, j’ai été aidée dans mes recherches par les spécialistes de chacun des fonds !”

La jeune femme – qui a contribué à l’exposition « L’ivresse des sommets » du Musée dauphinois – a aussi apprécié l’entraide dans la salle de lecture : “J’ai hâte de découvrir le nouveau bâtiment sur le campus, qui devrait attirer plus d’étudiants.”

 
 

 

Chloé Richard, chargée de projet au Sénégal

 

 

> PROMOUVOIR LA CULTURE AU SÉNÉGAL
 

« Depuis un an, j’interviens à Kédougou pour mettre en œuvre des projets culturels dans le cadre de la politique de coopération décentralisée menée par le Département depuis plus de vingt ans avec cette région de Sénégal. » 

« J’ai un rôle de soutien. J’épaule des partenaires dans la mise en place de formations, la recherche de financements, l’organisation de résidences d’artistes sur le territoire », témoigne Chloé Richard, 28 ans, titulaire d’un Master 2 en ingénierie de projets de coopération, passionnée par l’international.

Dans le cadre de l’année de la culture, le Sénégal sera d’ailleurs à l’honneur en Isère de juin à décembre, via l’opération « Sénégal 2020 ». Deux photographes, une Sénégalaise et une Iséroise confronteront notamment leurs regards sur leur pays respectifs grâce à une résidence croisée.

Leur création sera exposée au Mois de la photo et au Musée dauphinois.

 

 

Jean-Louis Clot, délégué aux arts et à la culture pour l’Éducation nationale

 

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> DONNER LE GOÛT DE LA MUSIQUE
 

Le musée Hector-Berlioz de La Côte-Saint-André attire chaque année 15 000 visiteurs, dont 70 % ont plus de 25 ans.

Pour conquérir le jeune public, Jean-Louis Clot, 60 ans, professeur agrégé de musique, est mandaté par l’Éducation nationale pour mener des actions auprès des scolaires.

Ma mission est d’actualiser l’œuvre du compositeur romantique pour la rendre accessible aux élèves des écoles primaires, collèges et lycées. En collaboration avec les enseignants et à leur demande, je construis plusieurs types de projets pédagogiques : des séances d’écoute thématiques, des créations sonores, visuelles et plastiques, mais aussi des ateliers avec des intervenants artistes qui permettent d’accompagner la visite de la maison natale de ce grand musicien et d’aborder son œuvre sous de multiples facettes.” Chaque année, Jean-Louis sensibilise ainsi plus de 200 élèves.

 

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Le haut-fourneau de Marcieu à Saint-Vincent-de-Mercuze a obtenu le label Patrimoine en Isère.

 

>  UN LABEL POUR VALORISER LE PATRIMOINE D'INTÉRÊT DÉPARTEMENTAL

 

Bâti au début du XVIIIe siècle, puis reconstruit au milieu du XIXe pour fondre les minerais de fer, le haut-fourneau de Marcieu à Saint-Vincent-de-Mercuze est un témoin important de l’histoire industrielle du Grésivaudan. Il alimentait entre autres la fonderie des canons de Saint-Gervais, les forges d’Allevard et de Rives.

En février 2019, il a obtenu le label Patrimoine en Isère attribué par le Département pour distinguer des bâtiments, qui  s’ils ne sont pas protégés au titre des Monuments historiques, ont un intérêt patrimonial avéré.

Sont concernés tous les patrimoines quels que soient leur âge et leur vocation : civile, militaire, industrielle, artisanale… L’objectif est de valoriser ce patrimoine isérois, de mieux le faire connaître et d’assurer sa conservation.

Ce label est attribué par une commission, composée d’élus et de personnes compétentes, qui se réunit une ou deux fois par an. Peuvent en faire la demande les communes et intercommunalités mais aussi les propriétaires privés.

En contrepartie d’aides techniques et financières du Département, les bénéficiaires s’engagent à effectuer des travaux dans le respect de l’ intérêt patrimonial. Quatre-vingt-neuf sites sont labellisés.

 

Plus d’infos : isere-culture.fr, rubrique Patrimoines/Le Patrimoine en carte et dispositifs/ Le label patrimoine en Isère.

 

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  • Malika Doray, auteure de littérature jeunesse, a créé un très bel ouvrage pour les enfants isérois.

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Malika Doray, auteure de littérature jeunesse, a créé un très bel ouvrage pour les enfants isérois.

 

>  UN LIVRE POUR CHAQUE ENFANT

 

VUn livre comme premier cadeau dans sa vie ! C’est l’idée qu’a eue le Département de l’Isère pour donner le goût de lire dès le plus jeune âge et sensibiliser les parents à l’importance de la lecture auprès des tout-petits.

À l’instar du dispositif national «  Premières pages », l’opération, nommée « 38 bambins », consiste à offrir à chaque famille, pour toute nouvelle naissance, une création originale conçue pour les enfants de 0 à 3 ans.

“En Isère, 47 000 personnes sont touchées par l’illettrisme. L’objectif est de faciliter l’apprentissage de la lecture”, explique Christel Belin, responsable de la Médiathèque départementale de l’Isère.

Pour cette première édition, lancée en décembre dernier, une commande a été passée à Malika Doray, auteure de littérature jeunesse, qui a créé un très bel ouvrage intitulé « Dans la montagne » qui raconte l’histoire d’un bébé marmotte à qui on offre un livre.

Il est écrit avec des mots simples et superbement illustré. Tout au long de l’année, de nombreuses manifestations (expositions, ateliers, formations…) seront organisées autour de ce livre dans les bibliothèques de l’Isère en direction des enfants, des parents et des professionnels de la lecture.

L’album, tiré à 5 000 exemplaires, sera diffusé aux familles par l’intermédiaire des services de la protection maternelle et infantile (PMI). Tous les deux ans, une nouvelle création sera réalisée.

Publié le : 
01 janvier 2020