GENS

D'ISÈRE

Gens d'Isère
  • Anne Courel

ANNE COUREL

 

> DU THÉÂTRE QUI PARLE À TOUT LE MONDE

Par Véronique Granger


La brochure, réalisée avec des enfants du quartier de la Villeneuve de Grenoble (où le théâtre est implanté), pétille de couleurs fluo, et la programmation fait la part belle à la création.

Le mot d’ordre de la nouvelle directrice de l’Espace 600 : Faire un théâtre ancré dans son territoire et qui intéresse tous les publics dès l’âge de 2 ans. Écriture d’une pièce avec des ados, plateaux partagés avec les artistes et les associations du quartier, travail avec les crèches…

 

« LE THÉÂTRE, C'EST UN MOYEN DE METTRE DES MOTS SUR NOS ÉMOTIONS »
 

Forte de ses expériences passées dans la banlieue est de Lyon, en milieu rural à Bourg-en-Bresse, puis au théâtre Jean-Vilar de Bourgoin-Jallieu, Anne Courel entend faire résonner les mots au-delà de la salle obscure, en impliquant les jeunes.

Le théâtre, c’est un moyen de mettre des mots sur nos émotions et de trouver sa place dans la société. L’Espace 600 est la seule scène régionale enfance-jeunesse et fait partie des 11 Scènes ressources du Département. Elle doit rayonner plus largement !”

Cette ancienne psychomotricienne, qui a trouvé sa voie au sein d’une troupe de théâtre amateur, apporte aussi dans ses bagages ses trente ans de mise en scène au sein de la compagnie berjallienne Ariadne, qu’elle a créée en 1990.

Travaillant avec de nombreux auteurs contemporains, elle a signé ainsi la mise en scène de Ces filles-là, d’Évan Placey, qui sera accueillie en avril à la MC2 Grenoble dans le cadre de sa quatrième tournée nationale. Une pièce vibrante qui nous parle du cyberharcèlement et de cette majorité silencieuse qui laisse faire sans mot dire… 

 

  • Hervé Farge

HERVÉ FARGE

 

> DES LAMES EN CARBONE ET UN MENTAL D'ACIER

Par Annick Berlioz


Il nous donne une leçon de vie. Amputé de la jambe gauche et handicapé de la jambe droite après un accident d’avion en 2011, Hervé Farge, 43 ans, qui habite Saint-Ismier, dans l’agglomération grenobloise, court les marathons.

“Tout a basculé du jour au lendemain. J’ai perdu mon père, décédé dans le crash, mais aussi mon travail : je dirigeais une entreprise de 90 salariés. Mais j’étais un miraculé. Plutôt que de me laisser abattre, j’ai voulu prouver à mon épouse et à mes deux filles que j’étais toujours utile à la société. Alors j’ai fait le vœu de participer à un marathon. Je savais qu’en y arrivant, je pourrais relever tous les défis”, témoigne-t-il. Après 17 opérations et de nombreuses séances de rééducation, une greffe du tibia et la pose d’une prothèse, Hervé, toujours soutenu par sa famille, réapprend à marcher.

 

IL N'ABANDONNE JAMAIS
 

Pour réaliser son objectif, il se rapproche de l’orthoprothésiste Pierre Chabloz, qui lui trouve la solution : deux lames en carbone, l’une qu’il fixe sur sa prothèse et l’autre sous son pied.

Dans la foulée, il rejoint le club d’athlétisme de l’ASPTT qui lui propose un programme d’entraînement adapté. Annecy en 2015, Paris en 2016, Lyon en 2017, Montpellier en 2019, il enchaîne les courses et les challenges. À Nice, en 2018, ses lames le lâchent, mais Hervé n’abandonne jamais.

Via l’ASPTT, il a dernièrement obtenu un financement du Département de l’Isère pour l’achat d’une nouvelle paire – l’équipement coûte 15 000 euros. Prochaine étape, le marathon de Paris, duquel il prendra le départ en avril prochain avec ses lames toutes neuves.

  • Louis Fournier

LOUIS FOURNIER

 

> UN MUSÉE SUR LA CHAUSSURE À SEMELLE DE BOIS

Par Annick Berlioz


Nos ancêtres les Gaulois la portaient déjà. La galoche – à ne pas confondre avec le sabot – est une chaussure en cuir à semelle de bois qui n’a pas toujours joui d’une bonne réputation.

Dans les années 1950, après la Seconde Guerre mondiale, elle était considérée comme la chaussure des pauvres gens. Louis Fournier, 69 ans, habitant de Val-de-Virieu, président de l’association Patrimoine vallée de la Bourbre, lui a consacré tout un ouvrage et même un musée unique en France.

Inauguré en avril 2019, ce musée est situé dans une dépendance du château de Virieu. “Au début du XXe siècle, on comptait plusieurs centaines d’ateliers en France, dont trois à Virieu. Avec cinq amis, nous avons voulu reconstituer cette mémoire. Pour ce faire, nous avons sillonné la France durant toute l’année 2017, à la recherche de témoignages, mais aussi de vieux outils qui servaient à découper, coudre et monter les tiges en cuir.” 

 

DES ATELIERS RECONSTITUÉS À L'IDENTIQUE
 

Ils ont aussi récupéré et remis en état six machines en fonte de 400 kilos chacune qui servaient à fabriquer les semelles de bois.

Ce musée s’intéresse aussi aux chaussures plus récentes, comme les fameuses Clarks à semelles de crêpe, en vogue dans les années 1970, et aux semelles en latex naturel fabriquées par l’entreprise Reltex, située au Val-de-Virieu. Début septembre, plus de 1 000 visiteurs avaient déjà franchi les portes de ce musée original.
 

Ouvert 7 jours/7 de 9 à 19 heures pour les groupes, sur réservation

Contact : 06 82 30 27 68

 

SYLVIE BACHIMONT

 

> LE CHOIX DU GOJI

Par Corine Lacrampe


La plaine de Tullins-Fures réserve des surprises. Face au Vercors, Sylvie Bachimont bichonne 850 pieds de baies de goji : “Je produis mes propres plants. J’ai semé les graines, extraites de baies séchées en 2011 et fait ma première récolte en 2014.” Une reconversion.

Après vingt ans d’exercice, cette ancienne salariée de France Loisirs avait profité d’une prime de rupture de contrat  : “Je ne voulais plus travailler dans un bureau. Une productrice locale de safran m’a fait rêver. J’ai cherché un créneau dans l’agriculture et rencontré le goji, ce petit fruit originaire d’Asie, réputé pour ses vertus médicinales.” Au pays de la noix, faire le choix de cultiver des baies de goji était audacieux.

 

UNE BAIE AUX VERTUS MÉDICINALES
 

Pour ce projet atypique, Sylvie Bachimont a suivi une formation de neuf mois au lycée horticole de Grenoble-Saint-Ismier. Plante bienveillante, le goji fleurit et fructifie sans interruption de mai à octobre, permettant une récolte durant près de six mois.

Sylvie Bachimont maîtrise sa production de la germination à la transformation, récolte, taille et attache cette grimpante qui pousse comme une liane.

Sur les marchés et les foires, elle nous fait connaître le goji autrement, en baies fraîches, en pur jus, en sirop, en confiture, en association avec d’autres baies séchées à grignoter, cerises, figues ou camerises. C’est aujourd’hui la plus grosse productrice de baies de goji de France, à l’enseigne de Terre de Goji, estampillée bio et Is(h)ere.

 

Terre de Goji

  • Roger Pénelon

ROGER PÉNELON

 

> MERCI LA VIE !

Par Véronique Granger

Nous apprenons le décès de Roger Pénelon avec beaucoup de tristesse et présentons nos sincères condoléances à sa famille.


À 98 ans, l’œil bleu pétillant et le sourire charmeur, Roger Pénelon a traversé bien des aléas et vécu bien des vies.

Orphelin de mère à l’âge de 4 ans, mécanicien autodidacte pour l’aéronautique, spéléologue intrépide, expert en photos d’identité pour la Résistance, citoyen engagé – en 1941, dans son village de Châtelus, il a été l’un des dix plus jeunes conseillers municipaux de France –, ce père de famille féru de géologie a enseigné l’électrotechnique puis la botanique à l’Université inter-âges, découvert la source d’eau potable qui alimente toujours Pont-en-Royans…

Et s’il a dû renoncer à ses escapades buissonnières dans les montagnes, celui qui est aussi vice-président d’honneur de la Société des écrivains dauphinois n’a jamais cessé de taquiner la muse de la poésie, son autre passion, depuis 1981

 

SA FIERTÉ : UNE GALERIE DU VERCORS PORTE SON NOM
 

Plusieurs fois primé, Roger extrait volontiers ses pépites de son ordinateur – les recueils étant épuisés. Connecté aux éléments et à cette terre qui nous voit passer, il continue chaque jour de rendre hommage à la vie et à la nature, en vers et avec tout, photographiant le ciel par la fenêtre de son appartement grenoblois, au neuvième étage.

Fier d’avoir laissé son nom à cette galerie de la grotte du Bournillon qu’il fut le premier à explorer en 1942, dans le Vercors, il formule aujourd’hui un vœu : celui de voir le sentier qui y mène se transformer en route carrossable, à Châtelus.

“La clef de voûte s’élève à 110 mètres de haut. C’est magnifique !”

 

> Fils de P... (Comme " POISSE ")

(Attention! Poème "engagé")

 

Quand t'as plus rien qu'un homme ivrogne

Qu'est sans boulot et sans vergogne

Et qu'tu t'rimballes un air mutin

Bin pour cent balles tu t'fais putain.

C'est pas IENA, c'est pas ARCOLE,

Mais pour c'turbin pas b'soin d'école...

Bien sûr les mecs sentaient l'pinard

Mais ils beurraient mes épinards.

 

Aussi quand j't'ai senti dans moi

J'ai fait l'tapin encor trois mois.

Dans c'boulot-là t'as pas d'repère.

Ils pouvaient bien êt'tous ton père...

Aussi, fifils, quand tu m'têtais

Je m'd'mandais d'qui toi t'étais?

Mais j'm'en foutais car j'étais mère.

Avant, ma vie était amère

Mais toi, vois-tu, tu m'l'as changée

C'est en t' langeant que j' m'suis rangée.

J'ai dis << c'gars-là s'ra un Monsieur,

J'en fais serment, s'il plaît aux cieux >>.

 

Hélas! si v'nait la moind'dispute

Pour tous t'étais, toi, fils de pute.

Tu vois c'truc là, bin t'as beau fair'

C'est comm'si qu't'étais marqué au fer.

T'as beau changer tes oripeaux

C't'étiquette colle à ta peau.

Voilà qu'un jour quelqu'un t'a dit

Des mots pas bien à mon égard.

Ça t'a pas plu, t'avais grandi.

T'as suriné dans la bagar'.

Parc'qu'dans ton sang t'étais fiérot

T'as pris vingt ans  mon pôv'Pierrot

Merci, fiston! Par ces oranges

Seul'ta mèr'sait qu'toi t'es un ange.

 

"Pâques" 1986. Roger Pénelon

 

 

> Réflexions

De ce concert sans fin, venu du fond des âges,

Mon cœur comprend, enfin, face à l'immense plage,

Combien l'homme est petit et voisin de zéro…

C'est dans la modestie que naissent les héros…

 

Lui qui se prend pour Dieu est le Diable en personne !

S'il voyait un peu mieux la taille qu'il se donne !

Mais qu'est-il, dites-moi, face à l'Immensité ?

Pas un an, pas un mois, un grain d'éternité !

 

Le plus petit galet, sur lequel l'homme marche,

Lui dirait, s'il parlait: "Je suis ton patriarche.

J'ai vu passer les tiens, tout boursouflés d'orgueil,

Se battant, tels des chiens, n'aimant que morts que deuils.

 

Ton passage, pourtant, est des plus éphémère.

Je serais si content si tu tuais la guerre,

Si l'amour s'installait, partout, au cœur de l'Homme…"

C'est ainsi qu'un galet, parlait, pour rien en somme.

 

Ce 7 février, 1985. Roger Pénelon

 

Publié le : 
11 novembre 2019