AU CHEVET

DU BUSARD CENDRÉ

Grandeur nature

Le Département de l’Isère, la Ligue pour la protection des oiseaux et les agriculteurs de la plaine de Bièvre sont mobilisés pour protéger les populations de busard cendré, ce rapace très utile et pourtant en danger d’extinction dans notre département

Par Arnaud Callec

Photos : G.Brouard, F.Cahez, G.Schmittt, A.Boulah, P.Gratteau, P.Choisy

 

Si vous habitez la plaine de Bièvre ou que d’aventure vous la traversiez en cette fin d’année, vous aurez peut être le loisir d’apercevoir des rapaces posés à l’affût sur un piquet ou planant à la recherche de nourriture.

Ces oiseaux sont certainement des buses variables, des busards Saint-Martin ou des busards des roseaux, des migrateurs partiels qui restent l’hiver en Europe et s’installent durant cette rude période dans les roselières de la réserve naturelle nationale du Grand-Lemps, utilisée comme dortoir.

Mais dans la famille « rapaces en Bièvre », il y a un grand absent : le busard cendré. Et pour cause : lui a déjà migré vers les steppes et savanes du sud du Sahara.

Cet oiseau, placé sur la liste des espèces en danger critique d’extinction, fait l’objet depuis plusieurs années d’actions de protection de la part de l’association ornithologique, du Département de l’Isère et du monde agricole. Agriculteur à Colombe, Philippe Rivat le connaît bien.

Dès son retour d’Afrique à la mi-mai, c’est même un précieux allié. Le busard cendré se nourrit en effet d’insectes et de micromammifères, avec une prédilection pour le campagnol des champs, ce rongeur qui se délecte de ses fourrages de dactyle.

Du coup, il apprécie la lutte biologique que mène le rapace. Un couple de busards cendrés peut prélever jusqu’à 900 campagnols sur les seuls mois de juillet et d’août pour nourrir une nichée de quatre jeunes. Pour lui, ce sont 25 kilos de céréales économisées.

 

> UNE POPULATION QUI A CHUTÉ DE 60% EN VINGT ANS

 

Pour autant, la partie est loin d’être gagnée. En effet, le migrateur a la particularité de construire son nid à même le sol, dans les champs de blé, les prairies ou les friches.

Le calendrier des moissons ou de récolte des foins n’étant pas calqué sur sa reproduction, il n’est pas rare que des nichées complètes soient victimes des barres de coupe des moissonneuses-batteuses.Une des raisons qui a conduit la population de busards cendrés à chuter de 60 % en vingt ans !

Pour sauver l’espèce, des écovolontaires – étudiants, jeunes en service civique… –, des bénévoles associatifs et des salariés de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) se mobilisent chaque année d’avril à août pour repérer les nids dans les champs, à pied ou à l’aide de drones.

Une fois découverte, la nichée est signalée aux agriculteurs puis déplacée vers des cultures plus tardives ou protégée dans un espace non fauché de 50 à 100 mètres carrés. Les oisillons pourront alors se développer en toute sécurité.

Dans certains cas, la seule solution est de recueillir les oeufs ou les poussins et de les confier au centre de sauvegarde de la faune sauvage Le Tichodrome, situé au Gua. Les oiseaux seront ensuite réintroduits dans la nature grâce à une volière installée dans une parcelle appartenant au Département au coeur de la plaine.

Durant l’année 2019, 26 nids ont ainsi pu être repérés et 50 jeunes busards cendrés sauvés d’une mort certaine. Chaque année, le Département finance plusieurs actions en faveur de la biodiversité agricole - appui et conseil aux agriculteurs pour des pratiques favorables à la biodiversité – à hauteur de 37 950 euros dans le cadre de sa politique sur les espaces naturels sensibles.

 

LE BUSARD CENDRÉ EN IMAGES

Le mâle du busard chasse en survolant la végétation puis apporte sa proie à la femelle, qui la récupère de façon spectaculaire en plein vol.
L’envergure du busard cendré oscille entre 96 et 116 cm pour une largeur de 39 à 50 cm. Le mâle est gris avec les pointes noires et des traits noirs.
Les femelles de busard comme celle de Saint-Martin sont d’une couleur brune afin d’être plus discrète lors de la nidification.
Le busard Saint Martin, présent en hiver, se distingue du busard cendré par l’absence de marque noire sous les ailes.
Cinquante jeunes ont été sauvés cette année grâce à une concertation et une implication du Département, de la LPO et des agriculteurs de la plaine de Bièvre.
Cinquante jeunes ont été sauvés cette année grâce à une concertation et une implication du Département, de la LPO et des agriculteurs de la plaine de Bièvre.
  • En Isère, on observe le busard des Roseaux surtout en hiver et lors des migrations. Ici, une femelle.

ZOOM

En Isère, on observe le busard des Roseaux surtout en hiver et lors des migrations. Ici, une femelle.
 

> OÙ OBSERVER DES RAPACES CET HIVER ?

Vous êtes intéressé par les rapaces ou vous souhaitez vous former en compagnie de spécialistes ? Jusqu’à mars, chaque dernier mardi du mois, des ornithologues viennent compter les busards Saint-Martin dans la roselière de la réserve naturelle nationale du Grand-Lemps.

Avec plus d’une centaine d’individus, “c’est le dortoir le plus important en France, et même sûrement dans le monde, pour cette espèce”, témoigne le conservateur Grégory Maillet.

Ces comptages sont aussi l’occasion d’observer d’autres espèces, comme le hibou grand-duc ou le faucon pèlerin. À vos jumelles !

Contact : 09 84 36 01 52

Publié le : 
11 novembre 2019