Le tourisme peut-il rebondir en Isère?

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À L’Alpe-d’Huez, comme partout en France, les remontées mécaniques sont restées fermées durant les vacances d’hiver, sauf pour les clubs de ski.  Il a fallu s’adapter et (re)découvrir d’autres disciplines : ski nordique, ski de randonnée, raquettes à neige…
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Et si l’Isère était un laboratoire où se réinventait le tourisme de demain ?

 

Des berges du Rhône aux sommets alpins, riches de ses deux mille ans d’histoire et d’un magnifique terroir, les professionnels de la filière accompagnateurs en montagne, travailleurs saisonniers, restaurateurs, commerçants … ne cessent d’innover et de s’adapter pour attirer des touristes toujours plus soucieux de leur bien-être et de développement durable. Tous ont à cœur de nous faire partager des moments inoubliables.

Ski de randonnée sur itinéraires balisés, VTT électrique sur neige, ruisseling, ski-joëring, bouée-luge, marchés de producteurs locaux, trail blanc, piscine chauffée et patinage en plein air, raquettes… les remontées mécaniques, bars, discothèques et restautants étaient fermés, mais les touristes ne risquaient pas de s’ennuyer en station durant les vacances de Noël : les professionnels ont rivalisé de propositions… et les restaurateurs vous régalaient à domicile.

Malgré une fréquentation moyenne en baisse de 42 % dans les massifs de l’Isère, beaucoup de lumières s’étaient allumées dans les gîtes et résidences secondaires durant la semaine du Nouvel An.

Et les domaines de ski nordique du plateau du Vercors, de Belledonne ou de Chartreuse, comme le col de Porte, ont connu des affluences records : en deux week-ends, certains ont vendu autant de forfaits que sur toute une saison ! “On a vu des jeunes arriver en masse”, se réjouit Thierry Rouvès, directeur de Nordic Isère, qui espère bien les fidéliser.

 

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Une économie florissante… stoppée dans son élan

Ces chiffres, qui traduisent la formidable capacité d’adaptation des acteurs touristiques, ne doivent pas masquer une dure réalité économique : 750 millions d’euros de pertes sur 2020, dont 155 millions d’euros en décembre. “En mars 2021, cela fera plus d’un milliard d’euros, selon nos estimations, avance Chantal Carlioz, vice-présidente du Département chargée du tourisme. Soit la moitié du chiffre d’affaires touristique sur tout le territoire.”

Car les remontées mécaniques à l’arrêt, ce sont des milliers de travailleurs saisonniers au chômage partiel ou total et des caisses vides pour pouvoir investir dans de nouveaux projets structurants et se développer aux quatre saisons.

“La moitié des aides du Département pour soutenir la diversification en montagne provient de la taxe sur les remontées mécaniques, poursuit-elle. Beaucoup d’hôteliers et restaurateurs redoutent de devoir mettre définitivement la clé sous la porte. “Quelle entreprise peut tenir avec dix mois de fermeture ?”, interroge Danièle Chavant, présidente de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie de l’Isère (UMIH38). Idem pour de nombreux commerçants, artisans, loueurs, fabricants de matériel, centres de vacances, organisateurs d’événements, transporteurs…

“L’économie touristique, c’est l’une des plus importantes du département, 7 % du PIB, avec un nombre considérable de sous-traitants. Elle concerne tout le territoire, rappelle Vincent Delaitre, directeur d’Isère Attractivité, l’agence touristique du Département. Depuis ces dernières années, hiver comme été, elle connaissait d’ailleurs une forte progression en nombre de visiteurs, en investissements et en emplois.”

 

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En misant à la fois sur trois piliers – un capital naturel remarquable, un panel d’activités de plein air impressionnant et une offre culturelle unique, entre festivals, musées et patrimoine –, l’Isère a su en effet coller aux attentes d’une clientèle en pleine mutation.

“Aujourd’hui, on recherche moins l’exotisme que des expériences authentiques pour se ressourcer en famille ou entre amis. Se faire du bien, vivre local, acheter en circuit court, s’offrir des escapades régulières pas trop loin plutôt que d’aller chercher au bout du monde : c’est tendance et cela va encore s’accentuer avec la prise de conscience écologique”, soulignait Rémy Oudghiri, directeur de la cellule prospective de l’Ifop, lors des Rencontres de l’attractivité de l’Isère.

“Notre modèle est orienté sur un tourisme de proximité, avec une offre accessible toute l’année et qui profite avant tout aux habitants et aux territoires : les Rhônalpins sont les premiers visiteurs”, conclut Vincent Delaitre.


Interview

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Chantal Carlioz, vice-présidente du Département chargée du tourisme

 

Au cœur de la crise, rebondir et user de l’audace et encore de l’audace !

Isère Mag : Depuis un an, la pandémie de Covid-19 a provoqué des pertes considérables pour toute la filière touristique. L’économie touristique iséroise peut-elle se relever d’un tel séisme ?

Chantal Carlioz : Pour sortir d’une crise, il faut l’analyser pour mieux agir. Grâce aux outils de notre agence Isère Attractivité, nous avons pu très vite, après le premier confinement, prendre la mesure de la gravité de la situation. Je voudrais saluer tous les acteurs du tourisme, notamment les hôteliers et les restaurateurs, les plus durement impactés.

Ensemble, nous avons imaginé des stratégies de rebond. Malgré l’absence des visiteurs étrangers, l’été a connu une belle fréquentation. Et grâce à cette mobilisation, les vacanciers ont pu profiter de la montagne pendant la période de Noël.

Cette pandémie vient de Chine mais, paradoxe, en chinois, « Wei-Ji » désigne à la fois danger et opportunité. Au cœur du danger, des opportunités doivent être trouvées pour rebondir. Une des pistes est de satisfaire la demande prioritaire en matière de santé. Nous avons ainsi lancé un plan pour faire de l’Isère la destination du bien-être et de la santé.

I.M : Qu’en est-il des stations ?

C.C : Cette crise révèle l’importance du secteur touristique sur les plans économique, social et sociétal, mais aussi l’interdépendance entre la montagne et la vallée. L’écosystème montagnard est complexe avec une activité saisonnière, l’hiver, qui est essentielle pour une vie à l’année et le maintien des emplois locaux et en particuliers des pluriactifs – artisans, agriculteurs... Enfin, la crise souligne l’enjeu de l’aménagement du territoire pour éviter la congestion des métropoles.

La situation est très grave – malgré les aides, de nombreuses entreprises ne survivront pas. Il nous faut innover, non pas avec un plan neige comme celui des années 1960, plutôt ciblé sports-d’hiver, mais à travers un plan montagne-stations, axé sur le développement, pour relever les défis du changement climatique, de la crise sanitaire et des attentes de la clientèle.

En Isère, nous avons opté pour une stratégie à l’année, conciliant économie de proximité et environnement, sans oublier les jeunes et les plus modestes. Il en va de la vie de nos villages de montagne.

I.M : Quels sont nos atouts pour la saison estivale ?

C.C : Depuis quatre ans, la fréquentation est en hausse continue. C’est le résultat d’une stratégie de développement et de communication axée sur des clientèles plus régionales, avec des offres de courts séjours.

La consommation touristique évolue : on veut partir moins loin, profiter de grands espaces naturels, se faire plaisir avec des vacances plus simples et des activités de pleine nature. Le Département poursuit ses investissements.

Dans le Nord-Isère, le projet d’aménager un espace ALPES ISHERE dans The Village va permettre de valoriser les circuits courts isérois. Le Nord-Isère intègre la vallée mondiale de la gastronomie et met en avant son haut potentiel culinaire.

Nous développons aussi la mobilité douce : au sud, le Petit Train de La Mure ; au nord, la halte fluviale sur le Rhône, et partout un réseau cyclable en plein essor. Le tout avec deux événements culturels majeurs, les festivals Berlioz et Jazz à Vienne.

Mais aussi les aménagements à venir des caves de Chartreuse, de la prairie de la Rencontre, le futur musée Champollion, le musée archéologique de Paladru et de multiples projets. Une offre indéniable et complémentaire à l’offre montagne.


 

Tourisme en Isère : une offre variée pour toute la famille ! Cliquez pour agrandir

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Encart

Les chiffres clés du tourisme en Isère 2019-2020

En 2019, une activité florissante
•    7 % du PIB (produit intérieur brut) de l’Isère
•    2 milliards d’euros de chiffre d’affaires dont 128 millions d’euros pour les seules remontées mécaniques
•    24 500 emplois (6 % des emplois en Isère)
•    53 % des emplois en montagne sont liés au tourisme
•    268 millions d’euros d’investissements touristiques réalisés
 
Les pertes en 2020
•    750 millions d’euros de pertes de chiffre d’affaires dont :
•    468 millions d’euros pour les bars et les restaurants
•    117 millions d’euros pour les hébergements marchands (79 millions d’euros pour le seul secteur de l’hôtellerie)
•    40 millions d’euros pour les remontées mécaniques
•    Le solde correspond aux pertes enregistrées par les sites culturels, de loisirs et aux activités de transports
 
Source : Isère attractivité

 

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Samuel Verges, chercheur physiologiste à l’INSERM au laboratoire Hypoxie physiopathologie (UGA).

 

L’Isère, c’est bon pour la santé !

À l’heure où prendre soin de soi devient une préoccupation première, l’Isère fait valoir ses atouts comme un territoire où il fait bon se ressourcer, avec ses grands espaces de pleine nature et ses montagnes. Preuves scientifiques à l’appui !

Car si les bienfaits de la vie en altitude sont connus de longue date pour les malades atteints d’affections respiratoires ou pour refaire le plein de globules rouges, le Département a souhaité quantifier plus précisément ces effets, en menant une étude scientifique de grande ampleur avec l’Université Grenoble Alpes.

“Nous avons déjà des données montrant que jusqu’à une altitude moyenne, le risque d’infarctus du myocarde ou d’obésité morbide diminue”, explique le docteur Samuel Verges, chercheur physiologiste au laboratoire Hypoxie physiopathologie (HP2), qui va conduire cette étude. Pendant trois ans, nous allons analyser et recueillir des données épidémiologiques sur différentes populations (saisonniers, habitants permanents, citadins) pour voir quels sont le niveau et la durée d’exposition idéals. Sans oublier la dimension plaisir, qui est aussi essentielle pour la santé ! ”

 

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La première station de trail en Europe a été créée par l’entreprise Raidlight en 2011 à Saint-Pierre-de-Chartreuse.

 

Des espaces « aventure » dans tous les territoires

Face au réchauffement climatique et aux nouvelles attentes des clients, les acteurs touristiques ne cessent d’innover. Exemple, les stations de trail, nées il y a quelques années en Chartreuse et qui sont aujourd’hui développées par le groupe Rossignol sur tout le territoire français. Depuis, la formule s’est étendue à d’autres pratiques. Outre une trentaine de lieux de trail, dont trois en Isère, l’entreprise a déjà créé 13 spots de marche nordique, six destinations de VTT et de vélo à assistance électrique et cinq espaces de ski de randonnée.

Selon un principe désormais éprouvé, chaque espace propose une formule associant un cheminement balisé et sécurisé avec un panel de services (stages d’initiation, location de matériel, espace de remise en forme, application mobile, propositions gastronomiques et culturelles…)

“À chaque fois, l’idée est d’associer un territoire qui apporte le terrain de jeu avec un équipementier qui lui amène son ingénierie et sa connaissance du marché du sport”, explique Alison Lacroix, responsable du service Outdoor Experiences de Rossignol.

L’objectif est de faciliter l’organisation de séjours sportifs et de proposer une offre touristique pouvant se pratiquer toute l’année.”

 

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