REINES

DE LA NUIT

Grandeur nature

En Isère, un tiers des espèces de mammifères sont des chauves-souris. Les chiroptères restent pourtant méconnus et souvent craints… à tort. Rencontre avec ces mystérieuses reines de la nuit. 

Par Sandrine Anselmetti
Crédit photos : Yoann Peyrard
 

 

Fascinante pour les uns, étrange voire effrayante pour les autres, la chauve-souris est une créature extraordinaire.

 

Première particularité : elle est le seul mammifère volant au monde. Elle se serait d’ailleurs appelée à l’origine « chouette-souris », du fait de sa faculté à voler et vivre la nuit. 

Son nom initial, déformé au fil du temps, a ainsi donné « chauve-souris » (elle demeure pourtant bien poilue !).

Elle appartient à l’ordre des chiroptères –  du grec chiro pour « main » et ptera pour « aile » –, signifiant « qui vole avec ses mains ». Les lignes visibles sur ses ailes sont en fait des doigts reliés par une membrane lui permettant de voler. 

Autre particularité : l’écholocation. Les chauves-souris émettent des ultrasons pour se déplacer et repérer leurs proies dans l’obscurité. L’écho renvoyé par un obstacle ou un insecte leur permet d’analyser la distance, la direction et la taille de celui-ci.

Leur sonar est très précis : il peut détecter des objets de l’épaisseur d’un cheveu, même par nuit noire.

Enfin, dernière originalité : la fécondation différée. Les femelles s’accouplent à l’automne, stockent le sperme et s’autofécondent au printemps, après l’hibernation (passée la tête en bas, en léthargie). 

 

> SINGULIÈRES ET INOFFENSIVES

 

Complexes et singulières, les chauves-souris sont une « réussite » exceptionnelle de l’évolution animale. Pourtant, elles restent méconnues et souffrent de nombreux préjugés.

Non, en France, elles ne sucent pas le sang : seules trois espèces au monde sont hématophages et se trouvent en Amérique du Sud !

Elles ne s’accrochent pas non plus aux cheveux : elles disposent d’un sonar ultraperfectionné et ne sont pas aveugles.

Et elles ne risquent pas de vous envahir : contrairement aux souris, elles ne donnent naissance qu’à un petit par an. Souvent comparées à des vampires, elles sont en réalité totalement inoffensives.

Les espèces françaises sont strictement insectivores et contribuent à réguler les populations de moustiques et de ravageurs (la pyrale du buis, par exemple). Le minioptère de Schreibers (de 9 à 18 grammes, de 30 à 35 centimètres d’envergure), présent notamment dans les grottes de la Balme, mange quotidiennement le tiers de son poids en moustiques, environ 1 000 par nuit. 

L’Isère compte 29 des 34 espèces recensées à ce jour en France. On les trouve en plaine comme en montagne. Selon les espèces, les habitats varient : grottes, ponts d’autoroute, falaises, arbres creux et écorces décollées, mais aussi clochers, toits de maison, volets, fissures, etc.
 
Toutes sont protégées par la loi… car la plupart sont menacées de disparition. 
 
 
 

LES CHAUVES-SOURIS EN PHOTOS

 Cliquez sur les photos 

Le grand rhinolophe a la particularité d’émettre des ultrasons par son appendice nasal.
L’oreillard montagnard doit son nom à ses grandes oreilles, qu’il replie sous son aile lorsqu’il hiberne.
Petit rhinolophe en hibernation, enveloppé dans ses ailes.
Colonie de grands murins dans une cave. On distingue les jeunes de l’année à leur pelage grisâtre.
La pipistrelle commune est l’espèce la plus répandue en Isère. On la voit souvent voler le soir près des lampadaires.
Le minioptère de Schreibers vit dans les grottes, en colonie importante (jusqu’à 10 000 individus en Rhône-Alpes).

LES CHAUVES-SOURIS DES GROTTES DE LA BALME

Publié le : 
09 septembre 2017