QUAND LES CHARTREUX

BATTAIENT LE FER !

Découvertes

Dans la forêt de Saint-Hugon, près de La Chapelle-du-Bard, les religieux ont exploité pendant des siècles les matières premières de la région, bois et minerai de fer, devenant des sidérurgistes renommés. 

Par Richard Juillet
Crédit photo : R.Juillet

 

Au nord du massif de Belledonne, à la frontière avec la Savoie, se trouve une contrée que l’on dit mystique : la forêt de Saint-Hugon.

Pendant six siècles, de 1173 à 1792, elle a, en effet, accueilli une communauté de moines chartreux, dont on connaît le goût pour l’isolement, le silence et la prière. 

Cette forêt, mais également les lieux adjacents, leur a été offerte, en 1170, par un seigneur local, Barthélemy d’Arvillard. Le territoire est sauvage, peuplé d’immenses forêts et riche en eau, avec notamment l’impétueux torrent de Bens.
 
Il recèle également de nombreux filons de minerai de fer que les moines ne tarderont pas à exploiter. Ils sont d’ailleurs venus pour cela. 
 
Grâce aux compétences de l’abbé Faber de Cartusia, pseudonyme du maître de forges de la Grande Chartreuse, le site se développera rapidement jusqu’à devenir au XIVe siècle la plus importante place sidérurgique du comté de Savoie.
 
Les moines sont toutefois très peu sur place : une quinzaine tout au plus. Ils emploient surtout de nombreux ouvriers qui défrichent la forêt, source de combustible, coulent la fonte et activent les martinets. Seuls les débouchés commerciaux intéressent les religieux.
 
 

> DES EMBLÈMES QUI SE FONT FACE

 
 
En 1349 survient un premier accroc dans cette organisation bien huilée. Le Dauphiné est vendu au royaume de France et la frontière avec la Savoie est désormais fixée par le Bens. Les chartreux et leur monastère se retrouvent donc sur la rive savoyarde du torrent alors que leurs matières premières sont en France.
 
Qu’à cela ne tienne. Après quelques arrangements, ils continueront à produire et commercer, résolvant définitivement le problème au XVIIe siècle avec la construction de deux hauts-fourneaux, l’un en Savoie et l’autre en France.
 
C’est à cette époque également qu’ils font élever un ouvrage audacieux sur le Bens, surnommé « le pont du Diable », où les emblèmes des deux pays, la croix de la Savoie et le lys de la France, s’opposent toujours en son milieu. En 1792, la Révolution française et la confiscation de leurs biens mettront fin à leurs lucratives activités. 
 
Pour revivre l’épopée des maîtres de forges de Saint-Hugon, une boucle de 4 kilomètres est proposée aux randonneurs. La balade débute à la maison forestière de l’Office national des forêts de La Chapelle-du-Bard. Le sentier vous emmène jusqu’au pont Sarret puis vous conduit jusqu’à l’ancienne chartreuse de Saint-Hugon, devenue en 1979 un centre d’études et de pratique bouddhiste.
 
Vous êtes désormais en Savoie, sur la commune d’Arvillard. Après avoir dépassé l’institut bouddhiste, direction le pont du Diable, que vous franchirez avant de rejoindre la route et la maison forestière.
 
Outre son côté historique, cette balade se déroule aussi dans une magnifique forêt, autrefois maltraitée mais devenue aujourd’hui un trésor de biodiversité. Issue de régénérations naturelles, elle abrite des arbres multicentenaires. 
 
 
Sources : OT du Pays d’Allevard ; savoie.fr
 
 
 
 

LA BALADE EN PHOTOS

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La maison forestière de l’ONF à La Chapellle-du-Bard.
La balade « Sur les pas des chartreux » commence ici.
Le pont Sarret.
L’itinéraire est fléché de bout en bout.
Certains arbres ont plus de deux siècles.
L’institut Karma Ling est installé depuis 1979 dans l’ancienne chartreuse de Saint-Hugon.
La monumentale porte d’entrée.
Détail de la porte.
Un stupa, monunent bouddhiste, qui peut contenir des reliques du Bouddha.
La correrie de la chartreuse de Saint-Hugon, aujourd’hui propriété privée.
Encore un arbre remarquable à l’entrée de la correrie.
En chemin vers le pont du diable, haut de 34 mètres.
Le pont du Diable, carte postale ancienne.
Le pont du Diable, sur le Bens, où les emblèmes des deux pays, la croix de la Savoie et le lys de la France, s’opposent en son milieu.
Le lys de la France
La croix de la Savoie
Un filon de minerai de fer.
En Savoie, à Arvillard, les forges Leborgne-Fiskars-France héritières des maîtres de forges de saint-Hugon.
Publié le : 
09 septembre 2017