• Photo aérienne de la vallée du Grésivaudan

L'ISÈRE EXEMPLAIRE

CONTRE LES INONDATIONS

Dossier

Le Syndicat mixte des bassins hydrauliques de l’Isère, créé en 2004 par le Département, vient d’être primé dans le cadre des ateliers « Prévirisq inondations 2016 » pour la qualité de ses projets de protection des populations et des biens contre les crues de la Romanche et de l’Isère. Le premier chantier, intitulé Romanche-Séchilienne, vient de s’achever. Le second, Isère-Amont, se poursuit entre Saint-Ismier et Pontcharra avec une fin programmée des travaux prévue en 2021. Le point sur ces deux opérations gigantesques les plus importantes au niveau national.

 

Par Richard Juillet, Annick Berlioz et Magali Vagneur

  • Le projet Isère Amont, c’est 300 000 habitants protégés contre les crues de l’Isère…
  • C’est aussi des aménagements de loisir sur les digues.
  • Grenoble sous les eaux en 2015 !
  • A Paris, la Seine failli déborder au printemps 2016.
  • A Vizille, la Romanche a fait l’objet de plusieurs opérations d’arasement de bancs de sable
  • Les digues, surélevées, ont été aménagées en espace de détente.
  • A Saint-Pierre de-Mésage, l’édification d’un mur de rochers a permis de ne pas exproprier les riverains de la Romanche

 LE SYMBHI : LA PARADE ANTI-INONDATIONS ! 

Pour assurer la protection de nos territoires face aux crues de l’Isère, du Drac et de la Romanche, tout en rapprochant les usagers et les riverains de leur rivière, le Symbhi aura investi 160 millions d’euros. Le prix de notre sécurité.

A chaque drame, la même phrase : « On n’avait jamais vu ça. » Var et Gard en 2014, Alpes-Maritimes en 2015, Seine-et-Marne, Loiret et Paris en juin 2016… le risque d’inondation est bien présent dans l’Hexagone et l’Isère n’en est pas exempt !

 

> LE CONTEXTE

L’agglomération grenobloise, située au confluent de deux rivières imprévisibles, le Drac et l’Isère, est depuis toujours sujette à ce risque. De terribles catastrophes ont eu lieu par le passé et surtout en 1859 où des hauteurs d'eau de 1 à 2 mètres avaient été relevées au centre de Grenoble.

Dans les années 1860, des digues ont donc été élevées pour protéger la capitale des Alpes mais les ouvrages, construits avec des matériaux de l’époque, ne permettaient que de contenir les crues moyennes. D’autant qu’au fil des ans, des points faibles avaient été constatés sur certaines digues.

Pour protéger durablement un bassin de vie de 300 000 habitants entre Grenoble et Pontcharra et un second de 20 000 habitants entre Livet-et-Gavet et Champ-sur-Drac, le Département créait, en 2004, le Syndicat mixte des bassins hydrauliques de l’Isère, avec deux principales missions : prévenir les risques d’inondation de l’Isère, du Drac et de la Romanche, et restaurer les rivières et les milieux aquatiques.
 

> LES PROJETS ISÈRE AMONT & ROMANCHE-SÉCHILIENNE

Après plusieurs années d’études et de concertation, le Symbhi lançait, en 2012, la première tranche du projet Isère Amont entre Grenoble et Saint-Ismier pour un montant de 52 millions d’euros. Au programme : curage du lit de la rivière, renforcement et élargissement des digues, création de champs d’inondation contrôlée… Des travaux qui se poursuivent aujourd’hui avec le démarrage des tranches 2 et 3 entre Saint-Ismier et Pontcharra pour un coût de 83 millions d’euros*.

Parallèlement au projet Isère Amont, le Symbhi apportait également une réponse au risque d’inondation dans la Moyenne et Basse Romanche. Les travaux, achevés en juin dernier, ont également porté sur des aménagements structurels : confortement et rehaussement des digues, construction de déversoirs de sécurité, dessablement du lit de la rivière... 25,3 millions d’euros ont été nécessaires pour finaliser ce chantier.

L’environnement et les loisirs ne sont pas oubliés non plus. Les deux projets ont intégré, dès les premières études, la mise en valeur des milieux naturels avec la création de forêts alluviales et d’interconnexions piscicoles, la réouverture de bras morts, l’aménagement de gravières mais aussi la réalisation d’équipements de détente et de pratique sportive : sentiers, haltes vertes, pistes cyclables, aires de pique-nique…
 

> QUI FINANCE ?

Pour accomplir tous ces travaux, le Symbhi s’appuie sur ses membres fondateurs : le Département, Grenoble-Alpes-Métropole, la Communauté de communes du Grésivaudan et le Syndicat d’assainissement du canton de l’Oisans.

Il est également aidé par des partenaires institutionnels comme l’Etat et l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse. Enfin, en fonction des projets, il peut recevoir des aides de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Europe.

Entre 2004 et 2021, le Symbhi aura ainsi investi 160 millions d’euros pour protéger les 320 000 Isérois potentiellement exposés aux risques d’inondations.

* hors acquisitions foncières.

ZOOM
 

> LE SYMBHI PRIMÉ

Dans le cadre des ateliers « Prévirisq inondations 2016 » qui se sont tenus à Lyon, le 17 octobre dernier, le Symbhi a été récompensé pour l’exemplarité du projet Isère Amont parmi 18 opérations nationales.

La réalisation de 16 champs d’inondation contrôlée, situés de part et d’autre de la rivière, a été citée en exemple. Car outre le défi technique, elle a nécessité, en amont, une large concertation avec les agriculteurs et les riverains.

Selon l’Association française des établissements publics territoriaux de bassins (Fleuves & rivières de France), organisatrice de « Prévirisq 2016 », 18,5 millions de personnes sont directement concernées par le risque d’inondation en France !

  • Fabien Mulyk, président du Symbhi et vice-président du Département délégué à l’aménagement des rivières et à l'environnement

  INTERVIEW  

Questions à Fabien Mulyk, président du Symbhi et vice-président du Département délégué à l’aménagement des rivières et à l'environnement
 

> Le projet Romanche-Séchilienne est achevé. Quel bilan en tirez-vous ?

Après quatre années de travaux, ce projet se conclut par un bilan très positif ! Il offre aujourd’hui aux riverains de la Romanche des berges sécurisées, avec de nouveaux espaces de loisirs et de promenade, le tout dans un environnement revalorisé. Il faut se remémorer la situation il y a quelques années encore et les risques qui pesaient sur les populations : une crue de la rivière, combinée au risque d’éboulement des ruines de Séchilienne !

Grâce à l’implication de tous, les travaux ont pu être livrés dans le respect du calendrier, avec le tour de force d’avoir réalisé une économie de 2,7 millions d’euros sur l’enveloppe initiale. Ces travaux ont aussi permis de faire travailler une quinzaine d’entreprises locales, offrant une participation non négligeable à l’économie et à l’emploi sur ce territoire. Et notamment par l’embauche de personnes éloignées de l’emploi.
 

> Et Isère Amont ?

Les travaux du projet Romanche-Séchilienne terminés, la vie ne s’arrête pas pour autant pour le Symbhi ! Nous avons inauguré la première tranche d’Isère Amont, le 10 novembre dernier, et déjà lancé, avec anticipation, les travaux des tranches 2 et 3 pour une durée de six ans. 

C’est un chantier énorme, de l’ordre de 135 millions d’euros au total, qui va permettre de protéger définitivement les 300 000 habitants de la vallée du Grésivaudan contre ce risque. Le montant peut paraître élevé, mais au regard des dommages matériels estimés en cas de crue majeure, de l’ordre de 1 milliard d’euros, c’est un très bon investissement. Sans compter les éventuels drames humains !
 

> D’autres projets ?

Oui. Des réflexions autour de l’inondabilité de la plaine de l’Oisans sont à l’étude et d’autres pourraient voir le jour dans d’autres cours d’eau du département. Le Symbhi s’intéresse aussi à la coordination des actions de prévention des inondations à l’échelle de l’ensemble du bassin versant de l’Isère, depuis sa source, en Savoie, jusqu’à sa confluence avec le Rhône.

Enfin, nous participons avec l’Etat, les communes et les intercommunalités concernées, à l’élaboration d’une stratégie locale de gestion des risques d’inondation sur le territoire Grenoble-Voiron.

 

REPÈRES
 

> QU'EST CE QU'UN CHAMP D'INONDATION CONTROLÉE ?

Révolutionnaires dans l’approche de la gestion des crues, les champs d’inondation contrôlée, au nombre de 16 entre Meylan et Pontcharra, permettent de donner de l’espace à l’Isère en cas d’inondation.

Ces aménagements peuvent recevoir et stocker jusqu’à 35 millions de m3 d’eau dans 3 400 hectares d’espaces agricoles et naturels prévus à cet effet, et ce, dès la crue trentennale.

Le débit de l’Isère se trouvant alors limité, les zones urbanisées situées en aval sont mieux protégées. Ce dispositif, qui s’étend sur 50 km, est unique en France de par son ampleur.

  • Schéma d'un casier d'inondation contrôlée

 VIDÉO : LE SYMBHI LUTTE CONTRE LES INONDATIONS 

FACE AU RISQUE D'INONDATION, TOUS MOBILISÉS !

 Mathieu Grenier, chef de projet Romanche-Séchilienne au  Département 

Mathieu Grenier, chef de projet Romanche-Séchilienne, au Département

 

> « DES RETOURS TOUCHANTS ET GRATIFIANTS ! »

« Piloter le projet Romanche-Séchilienne m’a apporté de grandes satisfactions. Satisfaction intellectuelle tout d’abord, avec la dimension « Recherche & développement » de l’opération et la mise au point de plusieurs innovations techniques. Satisfaction professionnelle également, puisque le projet se conclut par un bilan positif, avec un calendrier tenu et une économie de près de 3 millions d’euros. Satisfaction humaine enfin, avec les retours après travaux des usagers : un pêcheur qui constate que la Romanche a vite « cicatrisé » après les chantiers et qu’elle est redevenue poissonneuse, un riverain qui trouve tout simplement les berges aujourd’hui « jolies »… Ces retours de personnes qui vivent au jour le jour la Romanche sont pour moi les plus touchants et les plus gratifiants ! »

  Olivier Bardou, responsable de l'unité police de l'eau à la Direction départementale des territoires de l'Isère  

Olivier Bardou, responsable de l’unité police de l'eau et milieux aquatiques à la Direction départementale des territoires de l'Isère

 

> « DES TRAVAUX EN CONFORMITÉ AVEC LA LOI SUR L'EAU »

« Après un démarrage de chantier qui a nécessité quelques ajustements, les travaux se sont déroulés en conformité avec la loi sur l'eau. De plus, l'ensemble des partenaires concernés a été très régulièrement informé : des réunions et des comptes rendus très fréquents ont été communiqués à l'ensemble des acteurs, y compris aux services de contrôles. Les travaux ont aussi eu une portée "éducative" : des visites sur site ont été organisées, y compris dans le cadre de journées d'information à l'échelle inter-régionale. Il reste aujourd'hui à poursuivre ce travail exemplaire en assurant une bonne remise en gestion de l'ensemble des ouvrages et de la surveillance du profil en long de la rivière. »

Olivier Manin, chef de projet Isère Amont au Département

Olivier Manin, chef de projet Isère Amont, au Département

 

> « L'ISÈRE EST EXEMPLAIRE ET RECONNU SUR LE PLAN NATIONAL ! »

« Etant originaire de Vaison-La-Romaine, ville marquée par la tragique inondation de septembre 1992, la protection contre les risques naturels me tient particulièrement à cœur. J’ai intégré l’équipe du Symbhi il y a presque déjà dix ans maintenant, et je suis heureux d’avoir participé activement à ces projets, depuis leur conception, leur concertation avec les différents usagers, leur financement, et maintenant leurs travaux. Isère amont est très novateur, car il change totalement l’approche de la rivière et lui redonne toute sa place dans le territoire. Je suis très fier de travailler sur le plus grand projet de prévention des inondations en cours de réalisation en France : l’Isère est exemplaire et reconnue sur le plan national ! »

Christian Masnada, maire de Saint-Pierre-de-Mésage

Christian Masnada, maire de Saint-Pierre-de-Mésage

 

> « C'EST LE JOUR ET LA NUIT »

« La notre commune est riveraine de la Romanche sur environ 5 km. C’est dire si les travaux entrepris ont eu un impact sur le village. Je voudrais remercier le Symbhi pour le travail accompli en faveur de la protection des populations mais aussi pour sa qualité d’écoute en matière de foncier bâti : les expropriations prévues de riverains n’ont pas eu lieu et nous en sommes ravis ! Les Mésageois ont aussi redécouvert leur rivière, leurs berges, des espaces en friche auxquels ils n’avaient plus accès depuis bien longtemps, avec ces aires de jeu et ces aménagements piétonniers. Aujourd’hui, c’est le jour et la nuit ! Enfin, je suis très satisfait du dispositif innovant mis en œuvre pour protéger les champs captants d’eau potable de Jouchy qui alimentent les communes périphériques de Grenoble. »

 Jean-Pierre Mathurin, habitant de Notre-Dame-de-Mésage 

Jean-Pierre Mathurin, habitant de Notre-Dame-de-Mésage

 

> « DES AMÉNAGEMENTS TRÈS RÉUSSIS »

« Je vis à Notre-Dame-de-Mésage depuis 35 ans. La Romanche fait partie de mon quotidien, en voisin, en promeneur et surtout en pêcheur. Au début, les travaux ont été durs à accepter, surtout quand on a abattu les arbres qui longeaient la rivière. Il y a eu des nuisances sonores, et avec le passage des camions, beaucoup de poussière. Au final, les aménagements sont très réussis. La voie piétonne sur la digue est agréable. Avec les petits-enfants, on va se promener ou faire du vélo. Ce sera encore mieux quand les arbres auront poussé ! Et puis, il faut avouer que la passe à poissons au pied du pont Napoléon est une belle réussite. C’est appréciable enfin d’avoir ces gros bancs en pierre et ces petits belvédères qui surplombent la Romanche. »

Elisabeth Perrot, agricultrice-maraîchère, à Murianette

Elisabeth Perrot, agricultrice-maraîchère, à Murianette

 

> « ON SAUVE GRENOBLE ET SON AGGLOMÉRATION »

« Si les habitants de l’agglomération grenobloise sont désormais épargnés contre les risques d’inondations, c’est grâce à nous, agriculteurs riverains de l’Isère. Après une renégociation avec le Symbhi portant sur des emprises foncières trop importantes et des accès trop faciles dans nos zones agricoles, nous avons tous accepté que notre outil de travail soit transformé en champs d’inondation contrôlée. J’espère toutefois que les calculs des ingénieurs sont bons, car en cas de crue, il faudra que l’écoulement des eaux se fasse rapidement sous peine de voir nos exploitations en danger. Nous avons de belles terres, bien travaillées depuis des décennies, personne ne souhaite que ce capital soit sinistré ! D’autant qu’en cas d’inondation, l’indemnité est dérisoire par rapport à ce que l’on fait gagner aux Grenoblois. »

Valérie Petex, 2e adjointe au maire de Froges

Valérie Petex, 2e adjointe au maire de Froges

 

> « L'ÉTAT DOIT ASSOUPLIR LES RÈGLES DE CONSTRUCTIBILITÉ »

« Nous sommes satisfaits que la plaine soit enfin protégée des crues bi-centennales de l’Isère par le projet Isère Amont. Des investissements colossaux ont été portés par les contribuables, les collectivités et l’Etat pour un montant total de 135 millions euros. L’inquiétude porte aujourd’hui sur le développement économique de notre commune. Une partie des zones, qui avait été gelée en 2007, devait être aménageable en 2021 à l’issue des travaux. Depuis, l’Etat a établi une directive remettant en cause leur constructibilité. 54 % de la zone urbaine de Froges est impactée. Nous souhaitons que l’Etat reconnaisse l’importance de cet investissement et qu’il  revienne sur sa décision. L’avenir de la commune et de la vallée du Grésivaudan en dépend. »

Véronique Platz, directrice-adjointe à l’Association départementale Isère-Drac-Romanche

Véronique Platz, directrice-adjointe à l’Association départementale Isère-Drac-Romanche

 

> « L'AD ISÈRE ET LE SYMBHI, INTIMEMENT LIÉS »

« L’AD Isère Drac Romanche est un établissement public créé en 1936 et financé à 50 % par le Département. Sa vocation est de gérer et d’entretenir les systèmes de protection contre les inondations des vallées de l’Isère, du Drac et de la Romanche. A ce titre, nos équipes, garde-digue, agents et techniciens, surveillent et entretiennent 220 km de digues et d’ouvrages hydrauliques répartis dans 68 communes. S’il y a des désordres, nous programmons des travaux. Dans un proche avenir, l’AD sera aussi amenée à prendre en gestion les nouveaux aménagements réalisés par le Symbhi sur la Romanche et Isère amont. Et notamment, le fonctionnement et l’entretien des casiers d’inondation. En ce sens, nos deux structures sont intimement liées. »

CE QUI A ÉTÉ RÉALISÉ ENTRE 2012 ET 2016

Tranche 1 d’Isère Amont entre Grenoble et Saint-Ismier

 

> Tranche 1 d’Isère Amont entre Grenoble et Saint-Ismier (52 millions d’euros)

 

Romanche Séchilienne entre Livet-et-Gavet et Champ-sur-Drac

 

> Romanche Séchilienne entre Livet-et-Gavet et Champ-sur-Drac (25,3 millions d’euros)

CE QU'IL RESTE À FAIRE JUSQU'EN 2021

Tranche 2 et 3 d’Isère Amont entre Saint-Ismier et Pontcharra

 

> Tranche 2 et 3 d’Isère Amont entre Saint-Ismier et Pontcharra (83 millions d’euros)

Publié le : 
11 novembre 2016