OÙ SONT

LES FEMMES ?

Notre histoire

On ne connaît pas grand chose des femmes qui ont marqué l’histoire de l’Isère et du Dauphiné. En consultant dictionnaires et bases de données, elles sont peu nombreuses à y figurer contrairement aux hommes dont la liste s’étire comme un jour sans pain. Rendons donc à Cornelia*…

Par Richard Juillet
  • L’influente Marie Vignon (1576-1657), seconde épouse du duc de Lesdiguières.

 

La première Iséroise à être entrée dans l’Histoire fut la prêtresse du culte d’Isis qui, durant l’Antiquité, officiait depuis l’actuel site de La Tour-sans-Venin, à Pariset.

Très populaire, elle accueillait les « gens des rivières » et, notamment, les Cassenates, ce peuple gaulois établi entre Drac et Isère. Un culte attesté par un certain Sextius Claudius Valeriannus, qui aurait offert un autel et ses ornements à la divinité.  

Autre femme singulière : Mélusine de Sassenage. Tous les samedis, la demoiselle, victime d’un sortilège jeté par sa mère, se transformait en créature mi-femme mi-serpent. Pour lever ce maléfice, elle dut épouser un chevalier et lui faire jurer de ne jamais percer son secret. Ce dernier la trahira.
 
Depuis, désemparée, elle hante les grottes des Cuves de Sassenage. Ancêtre revendiquée de la famille des Bérenger-Sassenage, son portrait est sculpté sur la façade de leur château avec la devise : « Si c’est une fable, elle est noble ! ».
 
Quant à Marie des Baux, l’épouse d’Humbert II, son entrée dans l’Histoire est tout aussi tragique. Appelé à régner sur le Dauphiné en 1333 à la suite du décès de son frère Guigues VIII, Humbert II installe sa cour au château de Beauvoir-en-Royans (< vidéo). Mais un jour de 1335, Marie aurait malencontreusement laissé chuter leur unique enfant, André, du haut du donjon.
 
Fou de douleur et n’ayant plus d’héritier, Humbert II aurait alors songé à vendre sa principauté. Ce qu’il fit 14 ans plus tard. Mais sans ce drame, la cession du Dauphiné au Royaume de France aurait-elle eu lieu ?
 

> FEMMES DE POUVOIR...
 

Autre femme à avoir influé sur le cours de l’Histoire, Marie Vignon, bourgeoise grenobloise qui devint, en 1617, la seconde épouse du duc de Lesdiguières après avoir été sa maîtresse durant 26 ans ! D’une grande beauté, elle aurait été à l’origine de la conversion du lieutenant-général du Dauphiné et chef des Huguenots au catholicisme et, de ce fait, à son accession en 1622 au titre envié de connétable de France, « le chef souverain des armées du roi ».

A la mort de son époux, ses détracteurs lui feront payer 35 années d’ingérence dans les affaires de la province. Elle sera enfermée trois ans à Fort Barraux jusqu’à ce que Louis XIII la gracie. 

Femme de caractère également, Philis de la Charce, surnommée la Jeanne d’Arc du Dauphiné. Née en 1645, elle aurait bouté les Savoyards hors du pays, en 1692, à la tête d’une armée de paysans et trouvé ainsi les bonnes grâces du roi Louis XIV. Une audace qui, selon les historiens, tient de la légende mais, dernièrement encore, un film de Lionel Baillemont intitulé Mademoiselle de la Charce lui rend hommage. 
 
Quelques années plus tard, ce n’est plus sur les champs de bataille que les femmes tirent leur pouvoir mais dans les salons politiques et littéraires.
 
La Grenobloise Claudine de Tencin ouvre le sien à Paris en 1717 après avoir passé 22 années au couvent. Indépendante, vive d’esprit et ambitieuse, elle côtoie les plus hauts personnages du royaume et notamment le cardinal Dubois, principal ministre du régent Philippe d’Orléans — son amant —, tout en animant son club, le « bureau d’esprit », où conversent les plus grands intellectuels de l’époque : l’abbé Prévost, Fontenelle, Marivaux, Mably, Concordet, Montesquieu..
 
Proche de Richelieu, elle aurait même joué les espionnes pour le roi Louis XV. On lui connaît un fils, le mathématicien Jean d’Alembert, et un farouche détracteur, Voltaire. 

 

> ... ET DE CONTRE-POUVOIR
 

Plus près de nous, les encyclopédies nous livrent plusieurs Iséroises célèbres comme la romancière Louise Drevet (1836-1898), la cantatrice Ninon Vallin (1886-1961), la linguiste et poétesse Suzanne Renaud (1899-1964), les peintres Edith Berger (1900-1994), Henriette Deloras (1901-1941), Louise Morel (1898-1974) et Jacqueline Marval (1866-1932) ou encore Isabelle Collin-Dufresne (1935-2014), alias Ultra Violet, muse de Dali et égérie d’Andy Warhol. 

Mais c’est surtout durant la Seconde Guerre mondiale que les Iséroises s’illustreront. A l’instar de Marie Reynoard, professeur agrégée de lettres et enseignante au lycée Stendhal.
 
Responsable du groupe de résistants Vérités, elle sera à l’initiative, en 1941, de la création du mouvement Combat, le plus important mouvement de résistance de France. Arrêtée en juin 1943, elle décèdera d’une septicémie au camp de Ravensbrück en janvier 1945. 
 
D’autres résistantes comme Gabrielle Giffard, Marguerite Gonnet, Denise Meunier, Rose Valland, Marie Jeanne, Anne-Marie Mingat ou encore Simone Lagrange, décédée l’an passé, se distingueront aussi par leur courage et leur détermination. 
 
Avec l’obtention du droit de vote aux femmes en 1945, l’essor du sport féminin et le remplacement du modèle traditionnel de la femme au foyer par celui de la femme active, elles prendront pour toute leur place dans la cité et les… dictionnaires.
 
*Cornelia Cinna : première épouse de César.

 ZOOM 

LE 8 MARS : JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES

Si les premières manifestations en faveur d’une journée des femmes datent des années 1910 avec, notamment, la Conférence internationale des femmes socialistes, la « Journée internationale des droits des femmes », célébrée aujourd’hui le 8 mars partout dans le monde, a été officiellement reconnue par les Nations Unies en 1977 et en France, en 1982 seulement ! 
 

 

 

REPÈRES

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> Elise Grappe (PCP) première femme députée de l'Isère

 

La première Iséroise à siéger à l’Assemblée nationale fut Elise Grappe, institutrice à Saint-Martin-d’Hères, élue en 1951, sous la IVe République.
 
30 ans plus tard, deux autres femmes sont élues députées : Gisèle Halimi et Odile Sicard. L’ancienne ministre Edwige Avice le devient en 1988 et Geneviève Fioraso, ancienne ministre également, en 2007.
 
Enfin, Michèle Bonneton, Marie-Noëlle Battistel et Joëlle Huillier le seront en 2012.
 
Quant à la première sénatrice de l’Isère, elle se nomme Annie David, élue en 2001. 
 
 
 

AU FIL DES SIÈCLES : QUELQUES ISÉROISES CÉLÈBRES...

 

Mélusine de Sassenage, mi-femme, mi-serpent, est représentée au fronton du château de Sassenage. Elle a aussi donné son nom à un réacteur nucléaire de recherche, installé à Grenoble sur le Polygone scientifique.
Philis de la Charce, surnommée la « Jeanne d’Arc du Dauphiné ».
Claudine de Tencin (1682-1749), femme de lettres et salonnière  réputée.
Henriette Deloras (1901-1941), peintre grenobloise et épouse de Jules Flandrin.
Cliché inédit de Marie Reynoard pris en 1920.
Marie Reynoard (1897-1945), figure de la Résistance grenobloise, à l’initiative de la création du mouvement Combat.
Rose Valland, native de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. Grâce à sa détermination, plus de 45 000 œuvres d’art volées par les nazis seront restituées à leurs propriétaires.
Engagée dès l'âge de 22 ans dans la lutte armée et résistante active au maquis de Chambaran, Marie Jeanne est décorée le 14 septembre 1944 de la légion d'honneur par le général de Gaulle
Ancienne résistante, Denise Meunier accède en 2010 à la présidence iséroise de l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (cliché pris en 2014).
  • Mélina Robert_Michon

ET AUJOURDHUI...

 

LES ISÉROISES DE NAISSANCE ET D'ADOPTION

Les championnes de ski Fabienne Serrat, Perine Pellen, Carole Montillet, Laure Pequegnot, Anne Floriet, Sandrine Aubert, Sophie Rodriguez et Marie Dorin-Habert, la cycliste Jeannie Longo, la navigatrice Florence Arthaud, la chanteuse Anaïs Croze, la journaliste-productrice Mélissa Theuriau, la journaliste politique Caroline Roux, l’athlète Mélina Robert-Michon, la pongiste Isabelle Lafaye-Marziou, la nageuse Rachel Lardière, les scientifiques Anne-Marie Lagrange, Marie-Paule Cani, Anne Imberty, Brigitte Plateau ou encore Florence Lambert…

PORTRAIT

 

ROSE VALLAND : RÉSISTANTE DE L'ART

Née en 1898, à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, Rose Valland a 41 ans lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. En poste au musée du Jeu de Paume, à Paris, elle espionnera, au péril de sa vie, les agissements des services allemands chargés de la spoliation des collections juives et des biens nationaux.

Jusqu’en août 1944, elle identifiera les œuvres d’art volées, notera les départs des convois et les lieux d’arrivée dans des entrepôts et mines de sel d’outre-Rhin.

De mai 1945 à mars 1953, nommée officier, elle dirigera, depuis Berlin, le Service français de Récupération artistique en Allemagne/Autriche.

Grâce à son action, plus de 45 000 œuvres d’art volées par les nazis seront restituées à leurs propriétaires. 

Publié le : 
03 mars 2017