BONNEVAUX :

L'ABBAYE OUBLIÉE !

Découvertes

Il y a 900 ans, une poignée de moines s’installaient près de Saint-Jean-de-Bournay pour y fonder l’une des plus puissantes abbayes du sud de la France. Durant toute l’année, l’association Mémoire de Bonnevaux vous invite à découvrir ce patrimoine aujourd’hui disparu mais ô combien prégnant encore…

 

Par Richard Juillet

Crédits photos : Isabelle Lecomte / Patrick Pierry

  • Seule représentation connue de l’abbaye de Bonnevaux, ce tableau de Clavel réalisé en 1750 à la demande de l’abbé Dom Le Bret.
  • Le site actuel de l’abbaye de Bonnevaux.

 

L’Isère est assurément une terre monastique. Dès le Ve siècle, alors que le christianisme est en pleine expansion, un monastère est édifié à Vienne sur le site de l’actuelle église Saint-Pierre puis, au VIe siècle, un autre à Saint-Chef par saint Theudère, un ermite bénédictin.

Sous l’influence de ces deux communautés religieuses, églises paroissiales et prieurés sont érigés un peu partout dans le diocèse de Vienne avec la bénédiction des évêques et des seigneurs locaux. « Au Moyen Age, la religion est une des pièces essentielles du système d’encadrement des hommes », rappelle Alain de Montjoie dans l’Atlas du patrimoine de l’Isère. 

En 1084, l’ordre des Chartreux est créé par saint Bruno et, dans la foulée, les bénédictins de Montmajour s’installent à Saint-Antoine, avant qu’une abbaye ne soit fondée en 1297 par l’ordre hospitalier des antonins. Puis en 1117, c’est au tour des Cisterciens de venir s’installer en Dauphiné à la demande de l’archevêque de Vienne, Gui de Bourgogne, futur pape Calixte II

Issus de l’abbaye de Cîteaux, ces moines ont pour mission d’essaimer dans tout le sud de la France. Comme le veut la règle, leur monastère doit être établi le long d’un cours d’eau, dans une vallée éloignée de toute habitation et fonctionner en autarcie.

Après quelques repérages, ils trouvent un site approprié le long de la Gère, près du village de Villeneuve-de-Marc, sur les terres du seigneur Siboud de Beauvoir. Un territoire qu’ils nomment Bonne vallée de Marie — Bonnevaux. Quant aux bâtiments, ils forment un ensemble compact autour du cloître et de l’église abbatiale. 

 

> UN PASSÉ EXCEPTIONNEL

 

Comme prévu, dès 1122, les moines de Bonnevaux fondent d’autres abbayes : Mazan, Tamié, Léoncel, Valcroissant… Au total, 13 monastères d’hommes et 28 de femmes, à Crolles, notamment, Saint-Paul-d’Izeaux, Saint-Pierre-de-Bressieux et Saint-Just-de-Claix.

Entre-temps, grâce au fruit de leur travail — défrichage, mise en valeur des pâturages, des cultures, des vignes et des étangs —, ils prospéreront jusqu’à acquérir un pouvoir foncier et économique considérable. Grâce à leurs moulins et au bois de leurs forêts, ils créeront aussi des scieries, battoirs, tuileries, briqueteries et autres verreries.

Une industrie florissante qui causera aussi leur perte par les convoitises qu’ils susciteront durant les guerres de Religion, mais surtout pendant la Révolution française. « Les gens en avaient ras-le-bol de ces moines qui monopolisaient les rivières et vivaient comme des nantis », explique Patrick Pierry, président de l’association Mémoire de Bonnevaux.

En 1790, l’abbaye est pillée puis supprimée et transformée en carrière de pierre.

 

> 900 ANS, ÇA SE FÊTE !

 

Aujourd’hui, il ne reste rien de cette abbaye au passé exceptionnel à part une croix élevée en 1933 par les moines de Tamié en hommage à leur abbaye-mère.

Pour autant, grâce à l’association Mémoire de Bonnevaux, créée en 1989, elle est toujours vivante et le sera davantage encore cette année avec les animations prévues pour célébrer les 900 ans de sa fondation.

On peut aussi revivre son histoire toute l’année à travers un circuit pédestre de six kilomètres jalonné de bornes explicatives. 

 

 PARMI LES TEMPS FORTS DE BONNEVAUX 900 

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25 mars :  à Semons 20 h à la salle des fêtes « Grange Bellevue ». Conférence animée et imagée sur l’histoire de l'Abbaye de Bonnevaux, par l’association Mémoire de Bonnevaux. Gratuit.

26 mars : à Châtonnay 15 h devant la mairie. Visite guidée sur l'histoire de Châtonnay, par l'association Mémoire de Bonnevaux. Gratuit.

8 et 9 juillet :  à Villeneuve-de-Marc. Fête et chantier médiéval : fabrication de vitraux, taille de pierre, ménestrels…
 
16 et 17 septembre : Journées du patrimoine : matérialisation géophysique du site de l’abbaye de Bonnevaux en Viennois.

 

 
  

 

 
 

 BONNEVAUX EN IMAGES 

 

Portrait de l’archevêque de Vienne, Gui de Bourgogne, futur pape Calixte II, à l’origine de la fondation de l’abbaye de Bonnevaux.
L’abbaye de Bonnevaux devait ressembler architecturalement à celle de Fontenay, en Côte d’Or, fondée en 1118.
Tableau de Jörg Breu l’ancien (1500), représentant des moines cisterciens au travail.
Parmi l’héritage des moines de Bonnevaux, 328 étangs, aménagés et empoissonnés pour la pêche, ont façonné ce territoire. Ils constituent la 3e zone humide de Rhône-Alpes.
Sur cette photo satellite, on distingue, au centre, les fondations enfouies de bâtiments de l’abbaye.
A proximité, une grange cistercienne typique avec son toit à trois pans.
Ce pont, qui emjambe la Gère, date du XVIIIe siècle. On le distingue sur le tableau de Clavel.
La croix élevée en 1933 par les moines de Tamié en hommage à leur abbaye-mère.
A proximité du site de l’abbaye, la forêt de Bonnevaux et ses arbres remarquables.
Cet hêtre, monumental, fait plus de 3 mètres de diamètre…
… et ce charme plus de 5 mètres.
On peut aussi observer de nombreux animaux.
Publié le : 
03 mars 2017