LA MURE

REPREND DES COULEURS

Territoires

Finie, la grisaille. Sans renier son passé minier, la capitale du plateau matheysin s’embellit et mise sur le tourisme. Celle qui a vu passer un empereur, un cardinal, un roi, un pape et un saint est toujours prête à en démordre !

Par Corine Lacrampe

 

Sur la route Napoléon, à 45 km au sud de Grenoble en direction de Gap, au pied de l’Obiou majestueux (2 789 mètres), La Mure, petite ville de 5 300 habitants, a fière allure.

Pourtant, l’image que beaucoup gardent de la capitale du plateau matheysin reste étroitement liée à son passé minier. Sinistrée par la fermeture de ses mines de charbon, en 1997, La Mure avait dû tourner la page après des décennies d’exploitation de son « or gris ». 

Vingt ans plus tard, elle a pourtant réussi sa reconversion et arbore à nouveau de vives couleurs. Seule ville iséroise à accueillir une étape du Tour de France en 2017 (le 19 juillet), La Mure entend profiter de l’occasion pour faire enfin connaître ses nombreux atouts : la proximité des montagnes et des lacs, la possibilité de pratiquer de nombreux sports, le dynamisme du commerce et de la vie associative…

Sans oublier son petit train : cette locomotive touristique, à l’arrêt depuis 2010 suite à un éboulement, se prépare à reprendre du service avec une gare joliment rénovée pour 2018. 

 

> CLOUTIERS, GANTIERS, MINEURS...

 

Les cités minières réhabilitées ont elles aussi changé de couleur avec leur cachet vintage. La Jonche, un temps noircie par l’exploitation de l’anthracite, est redevenue un charmant cours d’eau de montagne avec ses berges aménagées et son théâtre de verdure au bas de la ville. Le patrimoine apporte sa pierre.

En visitant le Musée matheysin, ou en décryptant les plaques des rues, on fait une lecture de l’histoire muroise : rue des Cloutiers, des Gantiers, des Gueules-Noires (les mineurs), des Grilleuses (les ouvrières qui trillaient le charbon)… D’autres ont laissé leurs traces : Napoléon, le cardinal de Richelieu, Pie XII sont passés par là et le futur saint Pierre-Julien Eymard y est né. 

Au milieu des montagnes, la cité abrite des entreprises pointues, comme Gorgy Timing, spécialisée dans la mesure du temps de haute précision, ou Chanvribloc, qui produit des briques de chanvre pour la construction. L’hôpital (250 salariés) est aussi un employeur important. Mais la ville mise aujourd’hui sur le tourisme.

Depuis l’ancien calvaire dominé par ses trois croix de pierre (1864), avec l’Obiou en toile de fond, la carte postale a de quoi séduire !

LA MURE ET LE DÉPARTEMENT

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Frédérique Puissat, maire de Château-Bernard, et Fabien Mulyk, maire de Corps, sont les deux conseillers départementaux du canton de Matheysine-Trièves.

Le Département est un partenaire déterminant pour cette ville-centre du Sud-Isère, riche de nombreux équipements.

Depuis 2012, plus de 2 millions d’euros ont été apportés en aide à l’investissement et en fonctionnement à La Mure, qui ont généré plus de 10 millions d’euros de travaux pour la ville – requalification des entrées, réhabilitation des cités ouvrières, construction de la nouvelle halle des sports, remise en service du Petit train…

FIGURES D'ICI : CLIQUEZ SUR LES PHOTOS

Christophe Dappel, pépiniériste en centre-ville (Le Pavot bleu), préside l’association Le Commerce murois, qui regroupe 66 petits commerçants indépendants et propose des animations originales à chaque saison.
Céline Vial, manipulatrice radio à l’hôpital, spécialisée en mammographie, vient de fonder Rose Altitude. Cette association de soutien aux femmes atteintes de cancer du sein anime des conférences, tisse des liens, récolte des fonds.
Philippe Pappini, technicien chez EDF, préside le Rugby-club matheysin (230 joueurs). Il joue depuis l’âge de 7 ans et prend la transmission de ce sport aux jeunes générations comme une mission.

REPÈRES

LE CANTON DE MATHEYSINE-TRIÈVES

Regroupant 72 communes du Trièves, de la Matheysine, du pays de Corps et des vallées du Valbonnais, ce très vaste canton compte 30 000 habitants, dont 5 300 à La Mure.

Ce territoire de montagne est l’un des moins densément peuplés de l’Isère avec 59 communes de moins de 500 habitants. 

 

QUELQUES CHIFFRES

  • 980 mètres d’altitude.
  • 1815 : passage de Napoléon, le 7 mars.
  • 1882 : création de l’Harmonie muroise, doyenne des associations de la ville.
  • 500 cloutiers en 1870.
  • 1 600 mineurs au fond en 1960.
  • 2 015 élèves scolarisés, de la maternelle à la terminale.

 

LA MURE EN IMAGES

La rue du Mail, artère principale, commerçante et fleurie de La Mure.
Le marché de La Mure.
Le quartier rénové des anciennes cités minières.
Le quartier rénové des anciennes cités minières.
Les berges de la Jonche. Cette rivière de 18 km se jette dans le Drac vers le pont romain de Cognet.
L’entrée du Musée matheysin.
Buste de saint Pierre-Julien Eymard, figure muroise.
Sculptures de Robert Ibanez, ancien mineur et artiste du plateau matheysin.
Les Trois croix au lieu dit le Calvaire. Napoléon 1er s’y serait reposé à son retour de l’Ile d’Elbe.

DYNAMIQUE

L'ESPRIT SPORTIF : UNE TRADITION !
 

L’engagement de La Mure dans le sport collectif est un héritage de l’époque minière. La ville est connue notamment pour son club de rugby – un sport qui demande du courage, de la résistance et cet esprit de solidarité qui ne font défaut ni aux mineurs, ni aux montagnards.

Le stade, inauguré en 1952, qui a pris le nom du joueur professionnel Maurice Lira, a vu les belles heures du rugby-club (deuxième division de 1958 à 1970) et du football-club (division d’honneur en 1964 et 1965). 

Autre sport emblématique de la région : le vélo. Alors que La Mure attend son escale du Tour de France, on se souvient avec émotion du champion local, dit le Géant de La Mure. Anatole Novak, professionnel du cyclisme de 1956 à 1972, dix tours de France au compteur, vainqueur du Charleroi-Metz en 1961, fut le coéquipier de Jacques Anquetil.
 
À côté de l’alpinisme et de la randonnée pédestre, le cyclotourisme est aussi très populaire sur le plateau matheysin : l’ascension des cols alentour est un classique pour des générations de Murois. 
 

RACINES

GLOIRE ET DÉFENSE DU MURÇON

Le murçon, du patois miarsson, est un saucisson à cuire réputé, fabriqué selon une recette locale : embossé dans un boyau naturel, il est composé de gras et maigre de porc, d’eau-de-vie, de sel, de poivre et surtout de carvi (cumin), pour le petit goût anisé typique.

On le poche à l’eau sans le piquer et on le sert avec des patates à l’eau. Sa première mention date du XVIIe siècle et sa confrérie, sous la présidence du « grand maistre » Maurice Moutin, de 2013. Avant de devenir au XIXe siècle une spécialité de terroir réputée, le murçon était une préparation paysanne non commercialisée.

Aujourd’hui, une demande d’Indication géographique protégée (IGP) concernant les 72 communes du canton de Matheysine-Trièves est en cours. 

 

LA RECETTE

RAVIOLES DE LANGOUSTINE, SAUCE NANTUA
 

Difficulté : deux toques. Temps de préparation 15 min, de cuisson 45 min. 4 personnes

Olivier Zaegel, maître-restaurateur, chef du Melezein à La Mure, propose cette recette mariant influences italiennes et gastronomie française.

 

Ingrédients

½ kg de langoustines de Bretagne (16-20 par kilo)

 

Pour la pâte :

500 g de farine, 2 œufs, 3 cuillères à soupe d’huile de tournesol, sel, 50 g de beurre fondu 

 

Pour la sauce :

huile d’olive, beurre, sel et poivre, une carotte, un oignon et une échalote coupés en mirepoix, vin blanc, cognac, une petite boîte de tomates concassées, deux cuillères à soupe de concentré de tomates, bouquet garni, gousse d’ail, crème liquide.

 

Préparation :

Mélanger dans un saladier les ingrédients de la pâte pour obtenir un appareil souple. Mettre au frais durant 20 min. Décortiquer à cru les langoustines. Jeter carcasses et pinces dans un mélange brûlant d’huile d'olive et de beurre, ajouter le mirepoix, faire suer à feu vif 5 à 6 min, flamber au cognac, déglacer avec 25 cl de vin blanc, mouiller d’eau à hauteur, ajouter tomates et aromates.

Faire bouillir 15 min. Ecraser au pilon. Remettre à feu vif 15 min. Passer au chinois. Ajouter 25 cl de crème, fouetter et remettre sur le feu 2 ou 3 min pour épaissir la sauce. 

Etaler finement la pâte. Détailler à l’emporte-pièce des demi-cercles. Placer une langoustine par raviole. Sceller la pâte à l’aide d’une fourchette. Ebouillanter dans l’eau salée 5 à 6 min. Servir avec la sauce Nantua chaude. 

 
Publié le : 
04 avril 2017