ÇA BRASSE

EN ISÈRE !

Economie

Si notre région est très loin de rivaliser avec l’Alsace pour la consommation de bière, elle est la toute première par le nombre de brasseries artisanales : 184 établissements, dont 30 en Isère, brassent des blondes, rousses, brunes, blanches ou même des bleues… Il y en a pour tous les goûts et sur tous les territoires !

Par Véronique Granger 

  • Installée dans un ancien couvent, la brasserie des Ursulines, à Crémieu, a produit dernièrement 3 000 litres de bières à partir d’orge récoltée dans une ancienne carrière Vicat réhabilitée en terres agricoles.

 

La Dourbie, la Brasserie Irvoy, La Bonne Fabrique, Solstice… Pas un mois ou presque sans qu’une nouvelle brasserie apparaisse en Isère, en ville ou au village ! 
 
Car la soif de bonnes bières locales de caractère n’a jamais été aussi grande. Vincent Gachet, premier à relancer la tradition en 2002 avec ses bières Mandrin, aromatisées à la noix, s’apprête encore à doubler sa production à Saint-Martin-d’Hères – de 2 500 à 5 000 hectolitres par an.
 
Et la plupart de ses confrères peinent à répondre à la demande. « L’an dernier, on a augmenté de 25 % sans faire de commercial. On est parfois en rupture de stock ! », reconnaît Catherine Dereume, créatrice de la Brasserie du Val d’Ainan, à Saint-Geoire-en-Valdaine, qui produit aujourd’hui 940 hectolitres par an sous la marque La Dauphine.
 
Certes, cette mousse artisanale ne représente que 3 % des 20 millions d’hectolitres produits en France. Avec un fût de 30 litres par habitant et par an, contre 85 litres en Belgique, nous sommes aussi parmi les consommateurs les plus modérés d’Europe. Mais nous sommes en tête pour les bières haut de gamme et de spécialités, souvent labellisées bio. « Aujourd’hui, une bonne bière se déguste comme du vin », assure le biérologue Emmanuel Gillard.
 
Cet informaticien belge, Grenoblois d’adoption, parle en connaisseur : il a déjà goûté et analysé 12 000 bières ! « Il en existe 120 styles dans le monde, qui doivent en partie leur typicité au climat ou au sol. Ajoutez à cela une bonne centaine de goûts de houblons différents, et cela fait un nombre de recettes infini. »
 
 
 

> TRADITION ET DIFFUSION LOCALES
 

Blondes, brunes, ambrées… La couleur ne fait donc pas tout ! Fort du succès de ses box mensuelles de bières (6 000 abonnés découvrent chaque fois trois nouvelles bières artisanales ou du monde), Jonathan Bonzy, cofondateur d’Une petite mousse, lance à Échirolles sa propre brasserie expérimentale.
 
Il va élaborer des recettes basées sur les retours de ses clients. « En général, on commence par apprécier des bières assez rondes ou sucrées, comme les belges. Puis on va vers davantage d’amertume, vers des bières plus houblonnées. La mode est aux Indian pale ale (IPA) aux arômes naturels d’agrumes, ou aux stouts, vieillies en fûts de chêne. »
 
L’autre tendance forte, c’est le retour au terroir, qui s’était perdu depuis le XVIIIe siècle avec l’industrialisation. Car l’Isère, comme le reste de la France, regorgeait alors de microbrasseries !
 
Comme leurs ancêtres, les microbrasseurs contemporains écoulent leur production dans un rayon de 50 km à la ronde. « Beaucoup s’appuient sur une histoire ou une anecdote du cru, comme la Mandrin, la Chenevière de la brasserie du Chardon, qui intègre du chanvre cultivé dans la vallée du Grésivaudan. Mais faute d’orge et de houblon cultivés sur place en quantité suffisante, l’eau reste souvent le seul ingrédient purement local… avec le savoir-faire du brasseur », explique Emmanuel Gillard. 
 
Marc-Antoine Rostaing, créateur de la brasserie des Faux Semblables à Saint-Victor-de-Cessieu, dans la vallée de l’Hien, est l’un des rares paysans-brasseurs isérois à cultiver leur orge et maintenant leur malt, toujours en bio. Une nouvelle filière agricole pourrait bientôt émerger en Isère… avec de forts enjeux économiques et identitaires.
 
Le plaisir (et la modération) compris !
 
 

ZOOM

UNE FILIÈRE QUI FAIT MOUSSE

Selon l’Association de brasseurs de France, la filière brassicole française (agriculteurs, malteurs, producteurs de houblon et brasseurs) représente 64 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros.

L’Hexagone est le premier pays producteur d’orge de brasserie en Europe et le premier exportateur mondial de malt.

PORTRAIT

  • Emmanuel Gillard
  • Emmanuel Gillard

>  UN BIÉROLOGUE EN ISÈRE

 
En Belgique, pays d’origine d’Emmanuel Gillard, on dit zythologue (du nom de Zythos, déesse grecque de la moisson) : un terme récent qui est à la bière ce que l’œnologue est au vin.
 
En France, cet Échirollois d’adoption de 44 ans, qui travaille comme informaticien dans une collectivité territoriale, fait partie de la vingtaine de « biérologues » reconnus parmi les meilleurs spécialistes de l’amertume.
 
Acidité, fraîcheur, rondeur, plénitude, arômes de fruit ou d’épices… Depuis 1990, date de sa première initiation, 12 000 bières sont déjà passées au crible de son palais, donnant lieu chaque fois à une fiche de dégustation détaillée.
 
Emmanuel tient aussi un listing à jour des 1 034 brasseries françaises actuellement en activité, région par région : un pavé électronique de 4 715 pages que l’on peut télécharger sur son site au format PDF, où il nous livre le secret de ses 150 bières préférées (dont la Cognac Barrel Beer des Trois Brasseurs, à Échirolles). 
 
Le prix est libre – les sommes récoltées sont intégralement reversées aux Restos du cœur. Invité dans toute l’Europe à des dégustations ou concours, il y consacre tout son temps libre et se rémunère… en plaisir.
 
Il est aussi cofondateur et président honoraire de l’association Just Beer, à Grenoble. 
 
 
 

CHEZ MANDRIN

La bière ambrée bio produite par la brasserie Mandrin, à Saint-Martin d’Hères, est reconnue parmi les meilleures au monde
Légèrement amérisée, elle est fabriquée à partir de malt pale de première qualité associé à un malt caramélisé
Elle a remporté une médaille d’argent au World Beer Award 2016.

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Publié le : 
04 avril 2017