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La Tour-du-Pin

la ville à la campagne

Territoires

Une tour, un pin, des chats et des œuvres sacrées : ces ingrédients composent l'histoire d'un bourg attachant qui redore son blason autour de petits commerces indépendants et d'un riche patrimoine.

Par Corine Lacrampe

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Dans la verdure des Vallons de la Tour, à égales distances de Grenoble, Chambéry et Lyon, cette petite ville rurale et paisible du Nord-Isère compte 8 200 habitants. Elle est particulièrement agréable à découvrir lors d'une visite guidée avec l'office de tourisme.

C'est depuis le parvis de l'église dominant la ville que le promeneur prend la mesure du centre médiéval avec ses magnifiques toitures aux tuiles écailles.

Dans les ruelles s'alignent des maisons bourgeoises aux fenêtres à meneaux, mariant pierre taillée et galet roulé : la splendide maison des Dauphins, le château de Châbons, la maison de la Nation, cette tour dotée d'un escalier à vis, des passages caladés, des traboules, des jardins intérieurs bien ordonnés, sans oublier les anciennes fontaines...

Une ancienne baronnie de fière allure

Dès l’époque gallo-romaine, la cité bénéficie de sa situation stratégique sur les voies reliant Lyon et Vienne à l’Italie. Au XIIe siècle, l'imposant château de Berlion 1er aujourd'hui disparu se dresse sur ses hauteurs.

Le nom de La Tour-du-Pin vient de l'ancienne tour qui était située sur le pen, mot celtique pour extrémité. Ainsi, le pin qui orne le blason de la ville, en regard de sa tour, ne serait qu'une extrapolation. Le château et ses fortifications protégeaient une puissante baronnie dépendant des comtes de Savoie.

Proche de trois métropoles

Aujourd’hui, La Tour-du-Pin fait office de ville centre pour la population des dix communes des Vallons de la Tour, soit près de 26 000 habitants. On y vient au collège, au lycée, au spectacle ou faire son marché hebdomadaire...

Beaucoup d’habitants travaillent à l’extérieur, profitant de la proximité de trois métropoles Lyon, Grenoble et Chambéry, reliées par le train. A l’inverse, 2000 personnes viennent chaque jour travailler sur ce territoire et profiter des atouts de cette ville… à la campagne.

Regards sur La Tour du Pin

La place Antonin Dubost, avec ses halles néogothiques, abritant l’office de tourisme et un centre culturel. La fontaine à « double triomphe » est typique du Second Empire. Crédit photo/M.Major
Une tour, un pin… les armoiries de La Tour-du-Pin. Crédit photo/M.Major
La Maison des Dauphins, demeure emblématique de la ville, date de la Renaissance. Crédit photo/DR
Les rues typiques avec leurs boutiques à l'ancienne. Crédit photo/M.Major
L'église Notre-Dame de l'Assomption avec ses deux triptyques, joyaux d’art sacré.  Crédit photo/M.Major
La plus vieille fontaine de la ville, rue d’Italie, déjà citée en 1350 ! Crédit photo/M.Major
  • Dans la rue d'Italie s'alignent de petites enseignes sympathiques dont les caves Gonin, caviste de père en fils depuis 1870 ! Crédit photo/M.Major

Mirons gourmands et boutiques de charme

Les Turripinois gardent des habitudes rurales de convivialité et aiment faire marcher le commerce local. Ils se retrouvent au Central Bar où le plat du jour consiste en de généreuses recettes de pays : tête de veau sauce gribiche, rognons et autres ragoûts.

En apéritif le miron (vin blanc et citron) est de mise. Pourquoi miron ? Au Moyen Age, le chanvre mis à rouir (pourrir) dans la Bourbre avant d'être filé et tissé, attirait les rats. Les habitants firent appel aux chats pour s'en défendre. Dès lors, on les surnomma les mirons. Une spécialité chocolatière, inventée en 1998, porte également ce nom.

Petits commerces et marques nationales

Dans la rue d'Italie s'alignent de petites enseignes sympathiques : librairie, boutique de robes de créateurs, salon de coiffure, mercerie, bijoux ethniques, caves Gonin (caviste de père en fils depuis 1870 !), restaurant marocain...

Si le commerce reste vivant, les grandes usines textiles (Bianchini-Ferier, Schwarzenbach, chaussures Clerget) qui jalonnaient la ville au long du 20e siècle ont disparu. D'autres, notamment les Tissages Ferrari, qui emploient 375 personnes, ont pris le relais. La célèbre griffe turripinoise de décoration cosy, Comptoir de famille, rayonne dans toute la France.

www.latourdupin.fr

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Deux triptyques en l'église, joyaux d'art sacrés

Fleurons du patrimoine sacré régional, les deux triptyques qui ornent l'église Notre-Dame de l'Assomption, offrent une rare confrontation artistique à travers les siècles.

D'un côté, un retable monumental daté du XVIe siècle et dédié à la Passion du Christ, propose une interprétation magistrale des étapes de la crucifixion. De l'autre, un triptyque moderne de même dimension, signé de l'artiste contemporain Arcabas, réalisé en 2001. Il représente la Visite des Mages d'Orient. Un chef-d'œuvre lumineux dans le style pur et enjoué de cet artiste isérois.

Eric Jas, l’un des trois mironiers de La-Tour-du-Pin. Crédit photo / C.Lacrampe

Eric Jas, le miron et le ballon

A quelques pas du lycée, la boulangerie-pâtisserie Jas ne désemplit pas. C'est la seconde cantine des scolaires ! Aux commandes, Eric et Ervan Jas, père et fils, héritiers d'Aimé Jas qui a fondé l'enseigne de la rue Aristide Briand, en 1957.

Eric Jas, qui a fait son apprentissage à Bourgoin-Jallieu, a repris la boulangerie de son père lorsque celui-ci a pris sa retraite, en 1997. Mais auparavant, il eut une première vie en tant que rugbyman. En équipe première à Bourgoin-Jallieu de 1987 à 1997, il assouvit sa passion pour le ballon ovale avant de remettre les mains dans la farine et le chocolat.

Un chocolat cocorico

Depuis, il se régale dans ce métier de bouche qui constitue sa seconde passion. En 1998, à l'occasion de la Coupe du monde de football en France, grande année pour les Bleus, les chocolatiers de La Tour-du-Pin mirent au point une gourmandise en hommage à l'évènement : le miron, un chocolat qui intègre nougatine, pâte d'amande et citron confit.

Des quatre mironiers à l'origine, il en reste trois à poursuivre la tradition de ce délicieux chocolat en hommage au ballon rond. Outre à la maison Jas, vous le trouverez chez Galente et chez Vermare. Formé par son père, Ervan, 24 ans, a aussi développé le snacking et la pâtisserie, avec, notamment, des macarons qu'il décline en plus de 20 parfums : coca-cola, violette, spéculoos...

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Le Général à la Tour du Pin

Le 6 octobre 1960, à 17 h, le train présidentiel s’arrête à la gare de la Tour du Pin. C'est la première halte d'un périple du général de Gaulle en Dauphiné.

Son allocution, prononcée sur la place Antonin Dubost, s'articule autour sur l'indépendance de la France : « Nous voulons faire l'unité de l'Europe en demeurant nous-même. Oui à l'alliance dite « Atlantique », c'est-à-dire celles des peuples des deux côtés de l'Atlantique, mais nous voulons rester la France avec nos droits, nos devoirs, nos responsabilités. »

Excuses en direct

1 500 personnes l'applaudissent. A 17h36, le train repart. Le Général doit passer la nuit au château de Vizille.

Au journal télévisé, le présentateur Joseph Pasteur évoque son escale dans un « petit hameau de l'Isère : La-Tour-du-Pin ». Inutile de dire que les Turripinois s'offusquèrent de la formule ! Le lendemain, Joseph Pasteur présentait ses excuses à l'antenne. 

La Tour-du-Pin et le Département

 

Fabien Rajon et Magali Guillot.

Fabien Rajon, maire de La Tour-du-Pin, et Magali Guillot sont les conseillers départementaux du canton turripinois. Parmi les grands dossiers de ce territoire : le réaménagement de la rue Aristide Briand en 2015, la construction prochaine de la nouvelle Maison du territoire des Vals du Dauphiné.

Fabien Rajon attache une importance particulière au développement économique : « Nous faisons des efforts pour attirer de nouveaux commerces et entreprises. En 2016, nous avons le projet de réhabilitation d'une friche du centre-ville en centre d'affaires pour les accueillir. »

Repères

  • 8 200 habitants

  • 477 hectares de superficie

  • 310 m à 460 m d'altitude

  • 15 km de Bourgoin-Jallieu, 30 km de Voiron

  • 1826, date de construction des Halles (rénovées en 2009)

  • 276, nombre de clous ornant la porte historique de la Maison des Dauphins

  • 450 ans séparent la réalisation des deux triptyques visibles dans l'église

  • 5 : nombre d'œuvres d'art sculptées dans la ville, de 2009 à 2014, par des artistes invités (Togo, Russie, Nouvelle-Zélande, Québec, Japon)

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Comptoir de famille, une histoire de famille

Tous les Isérois – ou presque ! — connaissent le magasin d'usine de Comptoir de famille, la griffe de décoration chic et abordable. Une virée shopping bonnes affaires que l'on fait généralement... en famille, toutes générations confondues.

Comptoir de famille, c'est de la vaisselle, du linge de maison, des bougies, des petits meubles déclinés dans plusieurs collections : bistrot, guinguette, Noël, loft, chineur… Out le diktat de la mode ! Ici, c'est anti-zapping, matières nobles et lignes épurées, collections suivies d'année en année.

Souvenirs d'enfance

En 1980, Isabelle et Philippe Maurant, frère et sœur, fondent la société Prim'style à la Tour du Pin, la ville de leur enfance. Ils ont en partage le souvenir de tables familiales dans le jardin, nappes à carreaux et grands bols de chocolat.

Patrick Rupé, le mari d'Isabelle, se joint à l'affaire. Sur le principe de la Madeleine de Proust, le trio réinvente des objets du passé. Et ça marche !

La griffe Comptoir de famille voit le jour en 1992 et connait un développement continu. Aujourd'hui, la marque compte 8 000 fans sur Facebook, plus de 40 boutiques et 800 points de vente en France, 400 à l'étranger. Une centaine de salariés y travaillent et l'enseigne fait appel à des artistes associés comme le Turripinois François Oberfalcer, qui signe les dessins champêtres des calendriers.

Pratique :
Comptoir de famille : sortie La Tour-du-Pin sur l'A43 (Saint-Jean-de-Soudain).
Magasin d'usine ouvert du lundi au samedi de 9h30 à 19h.
www.comptoir-de-famille.com

Figures d'ici

Né en Tchéquie, à La Tour depuis près de 40 ans, François Oberfalcer est un artiste peintre, graveur et lissier (tisseur de tapisserie en haute lisse) de renom.

Laurence Perrod, de la famille Fauger, enracinée dès 1750, dirige Lylopop (objets publicitaires) et préside Bandananas, une association de femmes chefs d'entreprise.

Ravis de leur nouvelle vie, Zette et Nicolas Spitz, venus de Paris en 2015, dirigent La Belle Histoire, petite librairie indépendante et attractive.

Né en Tchéquie, à La Tour depuis près de 40 ans, François Oberfalcer est un artiste peintre, graveur et lissier (tisseur de tapisserie en haute lisse) de renom. Crédit photo/C.Lacrampe
Laurence Perrod, de la famille Fauger, enracinée dès 1750, dirige Lylopop (objets publicitaires) et préside Bandananas, une association de femmes chefs d'entreprise. Crédit photo/C.Lacrampe
Ravis de leur nouvelle vie, Zette et Nicolas Spitz, venus de Paris en 2015, dirigent La Belle Histoire, petite librairie indépendante et attractive. Crédit photo/C.Lacrampe
  • La recette du Café central : tête de veau sauce gribiche

La recette du Central bar : tête de veau sauce gribiche

C'est un plat à l'ancienne régulièrement à la carte du Central bar, maison historique de La Tour-du-Pin. Le chef partage avec nous cette recette rurale.

- Pour 6 personnes : il faut une demi-tête (1,2 kg environ) que vous désossez, roulez sur elle-même et ficelez. Vous pouvez aussi l'acheter prête à cuire chez le boucher.

- La mettre dans une marmite d'eau salée et écumer régulièrement. Lorsque le bouillon est clair, ajouter un oignon piqué de 3 clous de girofle, deux carottes, ail, thym, laurier, poivre. Laisser cuire à feu doux durant 2 h 30 minimum.

- Pour la sauce : 3 œufs durs, 10 g de moutarde, 20 cl d'huile de tournesol, 1/4 botte de cerfeuil, de ciboulette et d'estragon, 40 g de câpres, 40 g de cornichon, 5 cl de vinaigre de vin, sel et poivre.

- Mélanger les jaunes d'œufs, la moutarde, le vinaigre et ajouter l'huile petit à petit pour faire une mayonnaise. Puis, ajouter les câpres, les cornichons, les herbes hachés et enfin les blancs d'œufs concassés. Salez et poivrez. C'est prêt ! Avec les restes, on fait du pâté de tête.

Publié le : 
04 avril 2016