TRUPHÉMUS

AU CŒUR DE L'INTIME

Exposition

On le compare souvent à Bonnard, et Balthus parlait de lui comme du plus grand peintre français. L’artiste grenoblois Jacques Truphémus est pourtant méconnu du grand public. Le musée Hébert lui rend un bel hommage cet été. Rencontre.

Par Véronique Granger

  • Portrait de l’artiste dans son atelier.
  • Portrait de l’artiste dans son atelier.

 

À 95 ans, comme ses maîtres Matisse ou Picasso, Jacques Truphémus continue de se rendre tous les matins à l’atelier pour peindre. “Quand je suis à mon chevalet, je ne suis jamais fatigué”, sourit l’artiste au regard pétillant.

Voilà une soixantaine d’années qu’il s’est installé ici, à Lyon, près des quais de la Saône, dans cet atelier baigné par la douce lumière du Nord où sont passés Cartier-Bresson, le poète Yves Bonnefoy et tant d’autres complices ou amis.

De l’après-guerre à aujourd’hui, l’inspiration et la flamme sont toujours là, intactes. “Lyon, cela a été un coup de foudre, confesse-t-il. J’y suis resté après avoir fait les Beaux-Arts. Mais mon véritable apprentissage, c’est à Grenoble que je l’ai fait, au musée de Peinture, qui était déjà le tout premier musée d’Art moderne de France. Dès mon adolescence, j’y passais le plus clair de mon temps libre à étudier les œuvres de Rubens, Zurbarán, Matisse, Bonnard, Picasso… Ils étaient là sans souci de chronologie… Ils m’ont tout appris ! Le conservateur Andry-Farcy, qui était venu voir mon travail à la demande de mon père, lui avait d’ailleurs écrit que je n’avais pas besoin de faire l’école d’art…”


 

> ÉMOTION DE LA COULEUR
 

Son premier tableau, Jacques Truphémus l’a ainsi réalisé à l’âge de 14 ans à Grenoble : une vue de la place Notre-Dame, où il a vécu avec sa famille jusqu’à l’âge de 18 ans. Emblématique de son long et riche parcours, il ouvrira l’exposition du musée Hébert.
 
Ont été réunies une trentaine de toiles, de la toute première à la dernière, et une quinzaine de pastels ou dessins. On y retrouvera les deux ambiances qui caractérisent cet artiste de la lumière : la période grise et « atmosphérique » des débuts, où il explore toutes les nuances de blancs, puis celle plus colorée de la maturité.
 
Que l’on soit à l’intérieur avec des personnages, dans l’intimité d’un café ou en extérieur, dans la nature frissonnante d’un jardin, on est chaque fois saisi d’une forme d’éblouissement devant l’intensité poétique.
 
Jouant des dégradés, des fondus et des ricochets du soleil sur l’ombre, Jacques Truphémus a l’art de nous emmener au plus près de son sujet, en immersion, aux limites de l’abstraction : “Je pars toujours de la réalité, dit-il, d’une émotion. Ce quelque chose de fulgurant et de mystérieux que j’ai ressenti, j’essaie ensuite de la retraduire à l’atelier, pour oublier rapidement le motif. Et c’est cette quête permanente des moyens de traduction qui est passionnante, qui fait qu’on ne s’ennuie jamais avec la peinture. La solution, c’est toujours la toile qui me la donne.”
 
Après 80 ans de travail acharné à suivre ce chemin tout personnel, en dehors des courants et des modes, cet artiste illustre revient au pays de son enfance, dans la maison du peintre Hébert, avec un plaisir partagé. “Cette exposition est celle de l’amitié”, confirme Laurence Huault-Nesme, directrice du musée départemental, qui a sollicité fortement le réseau de collectionneurs de la région.
 
En parallèle de la grande rétrospective du maître au musée Caillebotte dans l’Essonne, c’est donc une sélection unique et intime qui nous est donnée à découvrir en Isère… 
 
 
« Jacques Truphémus. À contre-lumière »
 
Du 26 juin au 6 novembre au musée Hébert, à La Tronche
Contact : 04 76 42 97 35
 
 
 

 QUELQUES ŒUVRES DE TRUPHÉMUS 

Vue du balcon sur la ville, 1985 (huile sur toile)
Solitude 1976 (huile sur toile)
Café de la gare, la nuit (huile sur toile)
Nature morte aux mangues (huile sur toile)
Vue du balcon (place Antoine Vollon, Lyon), 1998 (fusain sur papier)
Osaka, 1971 (huile sur papier)
Publié le : 
06 juin 2017