CENT ANS DE PRÉSENCE

PROTESTANTE EN DAUPHINÉ

Notre histoire

En 1598, le royaume de France est au bord de la désintégration, au terme de 36 ans de guerre entre catholiques et huguenots. C’est dans ce contexte qu’Henri IV signe le 13 avril 1598, à Nantes, le premier acte officialisant la liberté de conscience en France. Mais des articles secrets, conservés aux Archives départementales de l’Isère, portent en germe sa décomposition future.

Par Marion Frison

  • François de Bonne, duc de Lesdiguières et lieutenant général du Dauphiné, lit l’édit de Nantes devant le Parlement du Dauphiné, à Grenoble.
  • L’esquisse du dessin précédent, réalisé par Gilbert Bouchard.
  • Grâce à Lesdiguières (1543-1636), les guerres de Religion ont pris fin, dès 1590, en Dauphiné soit huit ans plus tôt que dans le reste du royaume de France.

 

Avril 1598 : pour mettre fin à 36 ans de guerre civile et religieuse, Henri IV signe l’édit de Nantes, par lequel il accorde aux protestants la liberté de conscience et une liberté de culte étroitement contrôlée.

Le roi leur reconnait aussi l’égalité d’accès aux charges publiques. Enfin, il ordonne la création, auprès des parlements de Toulouse, Nantes, Bordeaux et Grenoble, d’une chambre de l’édit.

Composée, à parité, de conseillers catholiques et protestants, celle-ci est chargée de juger les procès civils et criminels mettant en cause des huguenots. Pour garantir la sécurité des protestants, l’édit leur attribue 150 places fortes.

Les parlements, hostiles à la coexistence de deux religions dans le royaume, refusent d’enregistrer l’édit. Celui de Paris cède le premier, le 25 février 1599, non sans supprimer trois des 98 articles originaux.

Celui de Grenoble s’incline à son tour le 27 septembre 1599.
 

> LE DAUPHINÉ, TERRE DE RÉFORME

La Réforme a trouvé un écho favorable dans le Dauphiné dès le début du XVIe siècle. 72 000  protestants, soit 8 % des huguenots du royaume, vivent dans cette province qui abrite plus de 90 églises réformées, dont celle de Mens, bastion militaire et terre d’asile pour les protestants. Ces derniers sont également bien implantés en Matheysine, en Oisans, dans le Viennois et le Grésivaudan.

L’édit de Nantes ouvre une période de coexistence stable et pacifique. A Grenoble, les protestants obtiennent, en plus de la chambre de l’édit, une reconnaissance politique et ecclésiastique, une concession au cimetière et deux places de sûreté, à Grenoble et Fort-Barraux, qui leur permettent d’envisager sereinement l’avenir.

Néanmoins, l’édit porte en lui les germes de sa décomposition. « Il ne faut pas y voir un signe de tolérance au sens actuel du terme, mais l’accord de circonstance d’un roi pragmatique, soucieux de ramener la paix dans le royaume », explique Hélène Viallet, directrice des Archives départementales.  En déclarant, dès le préambule, le catholicisme comme la première religion du royaume, l’édit fait apparaître ainsi la religion prétendue réformée comme une déviation tolérée.
 

> LA DESTRUCTION DU TEMPLE DE GRENOBLE

L’assassinat d’Henri IV ne remet pas en cause le traité que Louis XIII confirme en 1614. Les premières tensions apparaissent dix ans plus tard. Le roi, qui doute de la loyauté des protestants, leur interdit de tenir leurs assemblées et les prive de leurs places de sûreté.

A partir de  1661, Louis XIV, sous l’influence du parti dévot, réduit leurs libertés civiles et religieuses et ferme de nombreux lieux de culte. En 1663, il autorise la chambre de l’édit du Parlement de Grenoble à siéger en l’absence des juges protestants, avant d’en ordonner la suppression 16 ans plus tard. En 1671, le temple de Grenoble est démoli. Un nouvel édifice, aussitôt construit hors de la nouvelle enceinte, subira le même sort en 1685.

Enfin, les dragonnades atteignent le Dauphiné en 1685. Les soldats, envoyés en « missions bottées », s’installent chez les protestants qu’ils pillent et maltraitent.

A Grenoble, la simple annonce de leur arrivée entraine des abjurations massives, tandis que Vizille et La Mure se convertissent en trois jours. 

Partout dans le royaume, les protestants abjurent ou s’exilent, ce qui fera dire à Louis XIV : « Puisque la meilleure et la plus grande partie des sujets de la religion prétendue réformée ont embrassé le catholicisme, tout ce qui a été ordonné en faveur de la dite religion demeure inutile. »

C’est le prélude à la Révocation de l’Edit de Nantes, signée par le roi le 18 octobre 1685 à Fontainebleau.  

 

 REPÈRES 

> UN ÉDIT, QUATRE DOCUMENTS

L’édit de Nantes se compose de quatre actes différents :

  • L’édit proprement dit, signé fin avril 1598 par Henri IV.
  • Les 56 articles « secrets » du 2 mai 1598, signés de la main du roi, précisant les dispositions de l’édit, qu’elles réinterprètent parfois dans un sens plus restrictif.                                                                                                                                                                                      
  • Un brevet militaire, daté du 30 avril, qui octroie aux protestants 150 places fortifiées pour une durée de huit ans, ainsi que leur entretien aux frais du royaume, alors même que l’article 82 de l’édit leur interdisait la levée d’armées et le maintien de places fortes.
  • Un brevet pour les pasteurs assurant aux réformés une somme annuelle de 45 000 écus pour les besoins du culte protestant et la rémunération des pasteurs. Bien que signé le 3 avril, antérieurement à l’édit de Nantes, il en fait partie intégrante.

 ZOOM 

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« Faict par le roy estant en son conseil à Nantes le deuxième jour de may mil cinq cent quatre vingt dix huict [Signé] Henry »
 

> TRÉSORS D'ARCHIVES

Les Archives départementales de l’Isère possèdent les fonds riches et prestigieux des anciennes institutions du Dauphiné.

Siège d’un Parlement, Grenoble recevait, à ce titre, tous les édits des rois de France qui devaient être enregistrés par les magistrats pour devenir exécutoires.

L’édit de Nantes fait exception à la règle. « Il n’existe plus qu’aux Archives nationales. Les exemplaires des Parlements des provinces ont sans doute été détruits au moment de la Révocation », explique Hélène Viallet.

A l’inverse, le texte des 56 articles secrets de l’édit de Nantes est le seul exemplaire original portant la signature d’Henri IV qui soit conservé. Les Archives de l’Isère possèdent aussi les minutes du procès-verbal établi en 1599 en Dauphiné pour l’exécution de l’édit de Nantes par les commissaires députés du roi.

 

 LES TEXTES DES 56 ARTICLES SECRETS 

Le bon roi Henri IV (1553-1610) signe l’édit de Nantes en 1598, qui accorde aux protestants la liberté de conscience et une liberté de culte étroitement contrôlée.
Les articles secrets de l’édit de Nantes.
En haut, au centre, la signature du roi Henri IV.

 

 LE PROTESTANTISME EN DAUPHINÉ (fin du XVIe siècle) - Cliquez sur la carte pour l'agrandir 

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Publié le : 
01 janvier 2017