INTERVIEW

Interview

Jean-Pierre Barbier, président du Département de l’Isère

 

Isère Mag : Après trois ans à la tête du Département, quel premier bilan tirez- vous de l’action menée ?

 
Jean-Pierre Barbier : Une grande fierté. En trois ans nous avons fait beaucoup. Après des années de dépréciation de l’échelon du Département, nous l’avons repositionné au cœur de l’action politique locale.
Les missions irremplaçables de cette collectivité de proximité sont réaffirmées ! Cela s’est passé grâce à un grand volontarisme, pour agir sans idéologie, mais avec pragmatisme. Notre méthode s’appuie d’abord sur un engagement : tenir ses promesses !
 
Gratuité des transports scolaires, relance de l’économie avec 75 % d’entreprises iséroises bénéficiant du plan de relance (rénovation des chaussées, bâtiments municipaux, équipements sportifs, etc.), augmentation du budget culture (+ 55 % en trois ans), diminution du nombre d’al- locataires du RSA (1 300 demandeurs en moins en deux ans) grâce à des actions de réinsertion et des contrôles renforcés des allocataires.
 
Nous avons en effet remis du contrôle dans le fonctionnement de l’institution. En allant jusqu’à nos partenaires à qui nous confions la gestion des missions de service public. Et nous appliquons la même exigence pour nous, à travers une gestion plus rigoureuse de nos actions, en évaluant la performance de chaque politique menée.
 
 
I.M. : Que dites-vous aux Isérois qui ne croient plus en la politique et la jugent sans effet, voire inutile ?
 
J.-P. Barbier : J’aimerais leur montrer tout ce que nous avons fait pour eux, et ce qui peut être fait demain.
Car je crois profondément au pouvoir des élus locaux pour améliorer le quotidien. Dur à croire ? Regardez le petit train de la Mure, qui semblait voué à disparaître. Il sera finalement remis en fonctionnement dès 2020 grâce au Département et à ses partenaires.
Autres exemples pour convaincre les plus dubitatifs : 12 collèges déjà rénovés depuis 2015 et 30 nouveaux projets d’ici 2021. Le Très Haut Débit : la 1ère entreprise reliée en Isère en mars dernier à Villefontaine. L’amélioration de l’accueil des enfants en bas-âge avec 31 crèches et haltes-garderies aidés financièrement.
Et puis au Département, nous préparons l’avenir, en développant des projets sur le long terme.
 
L’illustration parfaite : l’A480 avec le déblocage du dossier et le lancement des travaux dès 2019. Ils vont permettre pour 2023 de disposer d’infrastructures routières modernes indispensables au développement de l’agglomération grenobloise et du département.
 

I.M. : Vous êtes un élu rural, est-ce que vous avez changé depuis que vous êtes Président du Département ?
 
J.-P. Barbier : Je garde le même état d’es- prit que lorsque j’étais maire de la commune  de Penol (310 habitants). Je suis proche des gens et je suis à leur écoute. Comme lorsque j’étais député, je fais des permanences en allant au plus près des Isérois, avec ou sans rendez-vous, une fois par mois dans les Maisons du Département présentes dans les 13 territoires de l’Isère.
 
C’est indispensable pour comprendre leurs attentes et faire avancer les projets. J’ai aussi attaché une grande importance à renforcer notre présence au travers de nos sites en dehors de Grenoble (Maisons du Département, Centres d’Entretiens Routiers, PMI, etc.), c’est une force du service qualité. C’est une administration forte et compétente, sans qui nous n’aurions pas le même niveau de service.
C’est par cette proximité que je peux, avec les élus de la majorité, répondre justement aux besoins des Isérois. Je suis donc le même, avec une casquette de président désormais !
 
 
I. M. : Comment avez-vous vécu et géré les grandes crises que sont le Chambon et Lucie Aubrac ?
 
J.- P. Barbier : Une autre marque de fabrique évidente : la réactivité. Sur ces deux évènements dramatiques que vous évoquez, nous avons su réagir le plus vite possible pour trouver des solutions d’urgence puis à terme, des réponses pérennes pour les populations impactées. J’ai toujours pensé que dans ces circonstances, nos difficultés d’élus ne sont rien face aux souffrances vécues par les populations. Je pense, entre autres, à l’effondrement du tunnel du Chambon et à l’incendie ravageant le collège Lucie Aubrac. À chaque fois, le Département était là pour porter secours aux populations et trouver des solutions.
 
 
I. M. : Seniors, personnes handicapées, allocataires du RSA, dans le social les défis sont nombreux, comment le Département fait face ?
 
J.-P. Barbier : Avec responsabilité ! Le Département est le chef de file du social, le garant des solidarités auprès de tous les Isérois et en particulier des plus vulnérables.
La preuve : en trois ans, le budget consacré aux solidarités humaines a augmenté de 4 %. 
 
Pour les plus âgés, dont le nombre augmente en Isère comme ailleurs en France, nous avons mis en place un plan senior de 10 millions d’euros supplémentaires pour rénover et construire de nouvelles maisons de retraite et foyers pour personnes âgées, qu’elles soient publiques ou privées. Objectif : des conditions de vie digne. Nous travaillons aussi beaucoup sur le maintien à domicile, notamment avec le dispositif IsèreAdom, puisque neuf seniors sur dix souhaitent rester chez eux le plus longtemps possible
Autre sujet, le RSA. Notre vision est d’accompagner tous les allocataires du RSA vers la réinsertion. Cela a supposé d’innover par la réciprocité.
 
Qu’est-ce que c’est ? C’est simple. Proposer aux bénéficiaires de signer une annexe citoyenneté au contrat d’engagement réciproque, par lequel ils prennent un engagement citoyen vis-à-vis d’une association, d’une école, d’une épicerie solidaire, et autres. Ils s’impliquent alors, dans la structure de leur choix, en fonction de leurs envies et disponibilités.
 
Résultat : des personnes qui retrouvent le goût des autres et du travail. Et un premier grand pas vers la réinsertion.
 
Enfin, pour les personnes handicapées, nous sommes le 1er accompagnateur dans leur vie quotidienne, à travers les aides que nous apportons comme la prestation de compensation du handicap (PCH) : 70 000 dossiers sont ainsi traités chaque année par le Département. Cette aide financière est destinée à rembourser les dépenses liées à la perte d’autonomie, comme par exemple l’aménagement du logement, l’adaptation du véhicule, ou encore le recours à l’aide d’une tierce personne.
Nous mobilisons chaque année un budget de 160 millions d’euros par an aux personnes en situation de handicap. Leur premier réflexe est de se tourner vers nous.

 

I.M. : Autre grande compétence, la protection de l’enfance ou aide sociale à l’enfance. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces actions dans un domaine souvent méconnu ?
 
J.-P. Barbier : Le Département intervient afin de prévenir les difficultés auxquelles les parents peuvent être confrontés dans l’exercice de leurs responsabilités éducatives. En Isère, nous suivons ainsi 6 500 enfants qui connaissent des parcours de vie difficiles. Parmi eux, plus de 1 000 ont placés en famille d’accueil, qui est la solution privilégiée, et presque autant sont pris en charge en établissements.
 
Notre but est de permettre à ces enfants, parfois très jeunes, de pouvoir retrouver une tranquillité et ainsi grandir sereinement. Les professionnels de ce secteur qui s’occupent des enfants font d’ailleurs un travail exceptionnel, souvent difficile et pourtant tellement indispensable.
 
C’est un système qui cependant est soumis à une très forte pression, notamment avec l’arrivée chaque jour plus massive de mineurs non accompagnés. Ce sont de jeunes étrangers dont le Département a aussi la charge en tant que garant de la protection de l’enfance. En trois ans, le nombre d’arrivées a été multiplié par 10. Ces arrivées créent une pression supplémentaire et menace de fragiliser l’accueil des enfants en situation de détresse familiale. 
 
 
I.M. : Le Département, c’est aussi les solidarités territoriales. Quelle appréciation faite vous de la situation actuelle ?
 
J.-P. Barbier : Cela fait des années et des années qu’a été conforté le fait urbain. Dans l’aménagement du territoire et les réformes territoriales, il n’y en avait que pour les grandes villes et les métropoles. Aujourd’hui on revient de cette vision 100 % urbaine.
Notre rôle au Département est de veiller à la solidarité territoriale, quel que soit son lieu de résidence : dans les campagnes, en montagne, dans les zones périurbaines, et bien sûr dans les villes. Nous sommes par- tout sur le périmètre départemental, en assumant pleinement nos compétences, en offrant le même service à tous.
 
 
I.M. : Un sujet sur lequel on ne vous attendait pas, l’environnement. Qu’est-ce que fait le Département ?
 
J.-P. Barbier : Je vous le disais, nous ne sommes pas des idéologues. L’environnement est une de nos préoccupations majeures et nous menons dans ce domaine une politique volontariste.
Nos deux grands axes d’actions sont la réduction de notre empreinte « carbone » et la protection de la biodiversité.
 
Dans notre bilan « carbone », 20 % des émissions de gaz à effet de serre sont liées au chauffage de nos bâtiments. Nous travaillons en conséquence à la performance énergétique de notre parc immobilier. Par exemple, le collège de Domène va voir son système de chauffage complètement changé pour remplacer la pompe à fioul par un système de gaz urbain, tout en améliorant l’isolation du bâtiment. Réussir ce pari environnemental tient aussi aux éco-gestes, auxquels nous sensibilisons tous nos usagers.
 
A commencer par les collégiens, qui sont impliqués dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Ces efforts représentent des économies. L’effet vertueux, c’est que nous augmentons la part des produits bio et locaux à hauteur de 32 % dans 37 000 repas journaliers servis aux collégiens.
 
Quant à la protection de la biodiversité, nous avons augmenté la surface totale d’espaces naturels protégés en Isère, avec un total de 131 sites préservés. Ce sont des lieux où la faune, la flore et l’homme cohabitent. Vous en avez certainement un près de chez vous que vous pouvez visiter. Ce sont des sites qui font la beauté de notre département.
 
 
I.M. : Quelle ambition pour les trois ans à venir d’ici 2021 ?
 
J.-P. Barbier : Achever ce que nous avons entrepris ! Je veux aller au bout des projets engagés.
 
Nous avançons bien sur la pose du Très Haut Débit partout en Isère, et d’ici 2024 100 % des communes seront reliées. La marque agricole Is(h)ere va être lancée dès cet été et peu à peu, de plus en plus de produits locaux seront estampillés dans les supermarchés en Isère. Cette marque vous garantira une qualité, un produit de chez vous et la juste rémunération des agriculteurs.
 
Nous lançons aussi très prochainement le projet de construction du musée Champollion basé à Vif.
 
Nous allons utiliser le développement des nouvelles technologies pour offrir des services aux Isérois, comme avec IsèreAdom, qui permet aux personnes âgées de rester chez elles plutôt que d’aller en maisons de retraite ou foyers, grâce à l’aide d’outils connectés et de professionnels intervenant à domicile.
 
Et puis nous allons continuer à innover socialement, pour trouver de nouvelles pistes dans le domaine des solidarités. C’est notre première compétence : nous avons encore de grands défis que nous voulons relever dans un système à bout de souffle. Or, pour cela nous devons expérimenter et oser.
 
Nous sommes sur tous les fronts. Trois ans c’est encore du temps pour continuer de transformer le département. Je veux qu’en 2021, on se dise : « L’Isère avance et je suis fier d’habiter ici ».
 
 
 

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Publié le : 
05 mai 2018