LA GRANDE HISTOIRE

DU DÉPARTEMENT

Notre histoire

 

Créés en décembre 1789, les départements ont failli disparaître à plusieurs reprises, souvent désignés comme l’échelon administratif de trop. Retour sur la création de celui de l’Isère et des rivalités qui ont accompagné la désignation de son chef-lieu, Grenoble.

 

À la veille de la Révolution, la France, qui compte près de 28 millions d’habitants, est mal en point. Les caisses sont vides et une terrible famine touche la population. Côté administratif, ce n’est guère mieux.
 
Mirabeau, député du tiers état, juge le pays comme “un agrégat inconstitué de peuples désunis”, tandis que Charles-Alexandre de Calonne, ministre des Finances de Louis XVI, se lamente qu’il y ait “autant de lois différentes que de provinces”.
 
Le 4 août 1789, avec l’abolition des privilèges et des droits féodaux votée par l’Assemblée nationale constituante, tout va changer.
 
Exit les provinces d’antan et leurs spécificités administratives, ecclésiastiques ou fiscales (le Dauphiné comptait 430 seigneuries). Un redécoupage s’impose. Après consultation, l’Assemblée nationale constituante publie le 22 décembre un décret ordonnant la division du pays en 75 voire 85 départements, chacun comprenant de trois à neuf districts et chaque district, plusieurs cantons.
 
Des députés, comme l’abbé Sieyès, proposent de partager le royaume en carrés géométriques. D’autres prônent la spécificité des territoires. Ces derniers l’emporteront. C’est ainsi que le 12 janvier 1790, le Dauphiné est scindé en trois entités : la Drôme, les Hautes-Alpes et l’Isère. Des patronymes choisis selon des critères géographiques pour ne plus avoir à se référer aux provinces féodales.
 
L’Isère est également découpée en quatre districts (Grenoble, Vienne, Saint-Marcellin et La Tour-du-Pin) et 91 cantons. À noter que les villes de Saint-Priest, Villeurbanne ou encore Vénissieux sont iséroises. Reste à définir le chef-lieu.
 
 

>  GRENOBLE VS MOIRANS

 
Si Gap et Valence vont naturellement s’imposer comme les chefs-lieux de leur département respectif, la situation est moins consensuelle en Isère. À tel point que l’Assemblée nationale constituante désigne Moirans pour accueillir la première assemblée électorale du département. Celle-ci, composée des délégués des 91 cantons isérois, a deux missions : élire les 36 membres de l’assemblée administrative du département et désigner le chef-lieu. C’est là que ça coince ! 
 
Moirans est certes bien placée pour accueillir cette administration « à moins d’une journée de cheval » de toutes les communes de l’Isère, mais, face à Grenoble et ses 20 000 habitants, ses chances sont minimes. En coulisses pourtant, des stratégies s’organisent. Pendant plusieurs jours, les délégués vont s’affronter sur les contours de la nouvelle institution. 
 
Le 9 juillet enfin, 556 électeurs procèdent au vote : Grenoble recueille 286 voix, Moirans 267 et Tullins 3. Grenoble l’emporte, mais la surprise vient du bon score de Moirans ! Un constat qui s’explique par les ambitions de Vienne. 
 
Lors du partage du Dauphiné, les Viennois avaient en effet demandé à l’Assemblée nationale constituante d’être le chef-lieu d’un nouveau département s’étendant de part et d’autre du Rhône. Projet aussitôt contesté par Lyon et Valence. Vienne reste donc en Isère, mais avec sa position excentrée, elle ne peut prétendre en être le chef-lieu. Pour limiter les pouvoirs de Grenoble, les Viennois ont agi, en sous-main, en faveur de Moirans, petite ville de 2 000 âmes seulement.
 
Après le chef-lieu, c’est au tour des 36 membres de l’assemblée administrative iséroise d’être élus. Après cinq jours de débats et trois tours de scrutin, tant les rivalités sont fortes, le consensus est enfin atteint le 16 juillet et un homme s’impose pour présider la première assemblée de l’administration du département : Joseph-Marie de Barral, maire de Grenoble. 
 
Sa priorité sera de liquider les dettes contractées sous l’Ancien Régime et de fixer au 26 juillet la première assemblée du département de l’Isère. Mais entre-temps, il démissionnera, laissant la main à Jean-Baptiste  Aubert-Dubayet, héros de la guerre de l’Indépendance des États-Unis.
 
Ce dernier est considéré depuis comme le premier président du conseil départemental de l’Isère, Jean-Pierre Barbier en est le trentième.
 
 

 REPÈRES 
 

DISPARITION  DES DÉPARTEMENTS : L’ARLÉSIENNE

Officiellement mis en place le 15 janvier 1790, les départements étaient 83 à l’origine, et l’Isère portait le numéro 37. Si leur nombre a évolué en fonction des conquêtes napoléoniennes, des guerres avec l’Allemagne et de la colonisation, leur légitimité n’a cessé d’être contestée. 
 
En 1906, Georges Clemenceau préconisait déjà d’adapter la carte des collectIvités locales en tenant compte de l’évolution des réalités économiques et sociales. 
 
En 1947, Michel Debré, alors sénateur, proposait de créer 47 grands départements, tandis qu’en 1978 le président Giscard d’Estaing estimait “qu’un jour, il faudrait choisir entre la région et le département, car il ne saurait y avoir entre l’État et la commune deux collectivités intermédiaires”
 
En 2008, le rapport Attali formule la même analyse, elle-même reprise par le Premier ministre Manuel Valls, qui, en 2014, fixe à 2021 la suppression des conseils départementaux. L’histoire des Départements montre qu’il est difficile de les supprimer en raison de leur rôle indispensable en faveur des solidarités humaines et territoriales.
 
 
Sources : Ville de Moirans. Les Villes du Dauphiné aux XVIIe et XVIIIe siècles, René Favier. Éditions PUG. Procès-verbal de l’assemblée électorale du département de l’Isère, presses Baratier et Molaret, 1889. Albert Ricci, AgoraVox.
 
 

LES PREMIÈRES FIGURES DU DÉPARTEMENT DE L'ISÈRE 

À  MOIRANS, UNE PLAQUE RAPPELLE LA TENUE DE LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE DÉPARTEMENTALE.
JEAN-BAPTISTE AUBERT-DUBAYET
JOSEPH-MARIE BARRAL, MAIRE DE GRENOBLE.
Publié le : 
05 mai 2018