MARINUS :

DES PHOTOMONTAGES CRIANTS DE VÉRITÉ

Exposition

De 1932 à 1940, le journaliste et photographe danois Marinus Jacob Kjeldgaard a dénoncé dans ses photomontages satiriques la montée des nationalismes en Europe et la folie meurtrière de Hitler. Le musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère les remet en lumière.

Par Véronique Granger

  • Portrait de Marinus Jacob Kjekgaard.

 

Marinus Jacob Kjeldgaard… Ce nom ne vous dit rien ? “Je ne le connaissais pas non plus avant de tomber sur ses images sur le site du musée français de la Photographie”, confesse Alice Buffet, directrice du musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère. Ce dernier rend justice à ce journaliste et photographe danois engagé à travers une exposition inédite, qui nous replonge dans cette période troublée de l’entre-deux-guerres.

Marinus fut en effet parmi les rares – avec l’artiste dadaïste allemand John Heartfield – à se dresser contre Hitler et la menace fasciste dans les années 1930, avec des photomontages saisissants de réalisme et d’humour.

Venu s’installer à Paris en 1909 à l’âge de 25 ans, le jeune homme se fait engager en 1932 par le nouvel hebdomadaire Marianne – un journal politique et littéraire fondé par Gaston Gallimard avec Emmanuel Berl – sans lien avec le magazine homonyme que l’on connaît aujourd’hui. Durant huit ans, jusqu’à l’Occupation allemande, Marinus va faire la une avec ses images truquées d’une grande finesse, tournant en dérision Hitler et ses proches collaborateurs, Joseph Goebbels et Hermann Göring.

Mais aussi Mussolini, Staline, Roosevelt, Daladier ­– président français du Conseil ­– ou encore Chamberlain, Premier ministre britannique de l’époque, célèbre pour ses tentatives d’apaisement…

Inspiré par la peinture classique comme par le cinéma, à coups de colle et de ciseaux, ce photojournaliste dresse un portrait sans concession des grands de ce monde et de leur aveuglement, avec une bluffante habileté.

“Ce qui est passionnant, c’est ce triple regard, journalistique, artistique et géopolitique, commente Justine Decool, chargée de l’exposition. Marinus était souvent visionnaire !”

À peine débarquée à Paris en juin 1940, l’armée allemande s’est d’ailleurs précipitée dans les locaux de Marianne : le montage figurant le Führer en King Kong avait fait grand bruit en 1933 en Allemagne.

Heureusement pour lui, Marinus s’était déjà enfui et continua de se faire oublier jusqu’à sa mort, en 1964. Une trentaine de photomontages, accompagnés des Marianne originaux et des notices très pédagogiques, font revivre ce témoin passionnant de notre histoire récente.

Bien avant l’invention de Photoshop, le musée nous rappelle aussi le pouvoir de manipulation des images.

 

 QUELQUES PHOTOMONTAGES 

Photomontage Ben-Hur.
« Une » du journal Marianne du 13 septembre 1939.
« Une » du journal Marianne du 19 avril 1939.
Photomontage L’Horloge de la paix, bientôt moins cinq.
Photomontage Rien que la terre…
Photomontage Cabrioles.
Photomontage Vers l’aventure.
Photomontage « Vôlez-vous jouer avec moâ, M. Hitler ?
Portrait de Marinus Jacob Kjekgaard.

PRATIQUE

« Marinus, photomontages satiriques, 1932-1940 »

Jusqu’au 21 octobre.

Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère.

Entrée libre.
 

Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère

 

 REPÈRES 

L'ART DU PHOTOMONTAGE

La technique du collage photographique remonte à la fin du XIXe siècle. Mais les dadaïstes, un mouvement artistique proche des surréalistes, furent les premiers à en faire un moyen d’expression à part entière à partir de 1919.

L’Union soviétique y recourut aussi abondamment pour propager la doctrine communiste. Contrairement à son contemporain berlinois John Heartfield, Marinus ne se revendiqua jamais dadaïste.

Publié le : 
08 août 2019