LA BEAUCROISSANT

A 800 ANS

Notre histoire

Chaque année, depuis 800 ans, le village de Beaucroissant se métamorphose en un gigantesque champ de foire. Pourquoi ? Comment ? Rendez-vous sur place du 13 au 15 septembre pour tout savoir !

Par Marion Frison

  • Détail du tableau La Foire de Beaucroissant, par le peintre paysagiste isérois Théodore Ravanat (1812-1883).

Détail du tableau La Foire de Beaucroissant, par le peintre paysagiste isérois Théodore Ravanat (1812-1883).

 

Dans la nuit du 13 au 14 septembre 1219, le barrage de Saint-Laurent, situé dans la plaine de Bourg-d’Oisans, cède. Des tonnes d’eau et de rochers dévalent la vallée de la Romanche et noient Grenoble où s’entasse une foule venue célébrer la Sainte-Croix. On dénombrera des milliers de victimes. Les Grenoblois croient assister, avec 219 ans de retard, à la fin du monde qui avait été prédite pour l’an mil.

Le 14 septembre de l’année suivante, guidés par l’évêque de Grenoble, de nombreux pèlerins se rendent à la chapelle de Parménie pour rendre grâce à Dieu de les avoir épargnés.

Flairant le bon filon, des marchands s’installent au pied de la colline, au lieu-dit Le Mollard-du-Paul, rebaptisé Beaucroissant par Guy de Tullins en 1312, donnant ainsi naissance à la foire.

 

> QUAND L'HISTOIRE FILTRE AVEC LA LÉGENDE
 

Voilà pour la version officielle, celle qui a été retenue pour calculer son millésime. La vérité est autre. “S’il est possible d’imaginer une foire sur le parcours d’un pèlerinage, ce serait une foire de marchandises. Or c’est une foire pastorale qui s’est établie à Beaucroissant”, avance Bernadette Larcher dans son ouvrage Une foire des champs : la foire de Beaucroissant.” Et aucun document n’atteste son existence avant le début du XIVe siècle.

Quoi qu’il en soit, les années suivantes, le pèlerinage connaît la même affluence et le nombre de marchands, dit-on, augmente. Située sur l’antique chemin de Vienne à Turin, à un jet de mousquet de la route qui relie Grenoble à Lyon, la Beaucroissant s’ouvre à un commerce de transit.

Son développement est tel que la manifestation va durer jusqu’à dix-sept jours à la fin du Moyen Âge, peut-on lire dans le catalogue de la foire de 1937. De l’affabulation”, affirme Bernadette Larcher, qui assure que jusqu’en 1802 elle ne durait qu’une journée.

 

> GAGNER DE L'OR EN VENDANT DES MIROIRS
 

Depuis sa création, la foire a alterné des périodes de prospérité et de déclin sans jamais disparaître. Y compris en période de guerre. “En 1914, il n’y avait que 40 exposants. Une voyante était déjà là et devinez ce qu’elle prédisait ? La fin de la guerre”, témoignait en 1985 Marthe Richard, une figure locale, régisseuse pendant soixante-deux ans.

“Même durant la guerre de 1939-1945, alors qu’il n’y avait presque rien à vendre, on trouvait le moyen de réaliser de bonnes affaires, à l’exemple de ce marchand qui sut gagner de l’or en vendant des miroirs”, raconte de son côté Charles Mally dans Beaucroissant, la plus ancienne foire de France.

En 1965, les recettes ne couvrent pas les dépenses. “Que faire ? Arrêter la foire ? La moderniser ?”, s’interroge le nouveau maire, Roger Blanc, avant d’engager un ambitieux programme d’investissements sur vingt ans : électrification du foirail, création d’un réseau d’assainissement, empierrement des allées… Cette décision fut fondamentale pour l’avenir de la foire, qui donnait des signes d’essoufflement.

Depuis, elle n’a plus cessé de se développer, en dépit de l’évolution des pratiques commerciales, mais aussi du durcissement des contraintes sanitaires.

 

> UN POUVOIR D'ATTRACTION PATRIMONIAL
 

Loin d’être une survivance folklorique, la Beaucroissant s’affirme aujourd’hui par sa vitalité économique bien au-delà des frontières du département.

Temps fort de rencontre entre les agriculteurs, aire de transaction du bétail et du matériel agricole, elle donne aussi lieu à un marché forain où l’on trouve les articles les plus divers : bonneterie, confection, alimentation, meubles…

Comment expliquer la vitalité de cette foire rurale, dont même l’e-commerce n’a pas entamé le crédit ? Bernadette Larcher émet une hypothèse : “Beaucroissant, c’est la tradition. On y vend du terroir, du passé. On y achète des racines, des souvenirs. Un peu comme sur les marchés de Provence ou à la braderie de Lille.” Assurément, la foire a tout l’avenir devant elle !
 

Sources : Une foire des champs : la foire de Beaucroissant, de Bernadette Larcher. PUG, La Pierre et l’Écrit, 2003. Beaucroissant, la plus ancienne foire de France, de Charles Maly. Les Provinciales, 1987.

 

 ZOOM 

 >  LE DÉPARTEMENT PRÉSENT À LA BEAUCROISSANT

 

Pour promouvoir les produits du terroir auprès des professionnels et du grand public, le Département a choisi de doubler la surface de son stand. Les visiteurs pourront déguster les produits Is(h)ere, AOP (appellation d’origine contrôlée) et IGP (indication géographique protégée), s’attarder sur un marché de producteurs et s’initier au sein d’ateliers pédagogiques à la fabrication de produits : miel, huile, fromage et pain (inscriptions pour la fabrication de pain ici).

Et pour que la culture et l’agriculture se rejoignent, le Département a choisi d’associer plaisirs des papilles et de l’esprit. Le public est invité à découvrir une exposition photo d’agriculteurs isérois, et à assister à un spectacle de Serge Papagalli organisé en partenariat avec France Bleu Isère.

 

 SOUVENIRS : LA BEAUCROISSANT DANS LES ANNÉES 1950 

800 000 visiteurs attendus. Cela induit quelques soucis de logistique et de circulation !
800 000 visiteurs attendus. Cela induit quelques soucis de logistique et de circulation !
Foire généraliste, la Beaucroissant est un lieu emblématique de transaction de bétail… et d’exposition de matériel agricole.
Foire généraliste, la Beaucroissant est un lieu emblématique de transaction de bétail… et d’exposition de matériel agricole.
Foire généraliste, la Beaucroissant est un lieu emblématique de transaction de bétail… et d’exposition de matériel agricole.
Officiels arborant le traditionnel collier d’aulx.
De nombreuses personnalités sont venues à la Beaucroissant. Ici, Jacques Chirac, alors élève de l’ENA, en stage à la préfecture de l’Isère à la fin des années 1950.
Dans les travées de la Foire de Beaucroissant.
Dans les travées de la Foire de Beaucroissant.
Dans les travées de la Foire de Beaucroissant.
Dans les travées de la Foire de Beaucroissant.
Dans les travées de la Foire de Beaucroissant.
Dans les travées de la Foire de Beaucroissant.
Dans les travées de la Foire de Beaucroissant.
Dans les travées de la Foire de Beaucroissant.

 REPÈRES 

 >  LA FOIRE EN FÊTE !

 

Mille cinq cents exposants, 15 kilomètres d’allées, 700 têtes de bétail, 23 restaurants, 80 buvettes, plus de 800 000 visiteurs attendus… Huit cents ans après sa création, la foire reste la manifestation commerciale la plus fréquentée de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

“Et une préoccupation constante pour la commune pendant dix mois de l’année”, souligne le maire, Georges Civet, avant de préciser que cinq emplois permanents lui sont affectés.

Pour célébrer dignement ce 800e anniversaire, la commune a programmé une série de manifestations : présentation de 200 vieux tracteurs, feu d’artifice le 14 septembre, passage de la Patrouille de France le 15, ainsi qu’une exposition des plus belles photos de la foire.

 
Publié le : 
08 août 2019