SAINT-MARTIN-D'HÈRES

LA MÉTAMORPHOSE D'UN MARAIS

Territoires

Cette commune de l’agglomération grenobloise est très attractive avec son domaine universitaire, ses grandes surfaces, ses équipements, comme la clinique Belledonne ou la salle de spectacle L’Heure bleue et son poumon vert : la colline du Mûrier. C’est aussi un important bassin résidentiel toujours en évolution. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Par Corine Lacrampe

Crédits photos. C.Lacrampe ; F.Pattou

 

Pourquoi une rue Chante-Grenouille à Saint-Martin-d’Hères ? Jusqu’au début du siècle dernier, marais et marécages occupaient le site et ce village de paysans, à l’orée de champs inondables, était encore loin de Grenoble.

C’est aujourd’hui la deuxième commune la plus peuplée de l’Isère, intégrée à la banlieue et bien desservie par le tramway. Un siècle a suffi pour que naisse une ville au fil d’une histoire ouvrière, universitaire et commerçante remarquable.

De Neyrpic à Ikea en passant par l’implantation du campus, la ville a changé de paysage et de proportion à grande vitesse.

 

> CITÉS OUVRIÈRES ET CITÉ UNIVERSITAIRE

 

Une histoire qui commence par la construction à la fin du XVIIIe siècle de la route royale n° 2, l’actuelle avenue Ambroise-Croizat, entre Grenoble et Gières, et se poursuit le siècle suivant par l’arrivée du chemin de fer et l’implantation des premières usines dans le quartier de la Croix-Rouge : Neyret-Brenier (futur Neyrpic), la biscuiterie Brun, la Mégisserie Vial et la Sacer. Des milliers d’ouvriers sont recrutés.

Dans les années 1920, des cités ouvrières et des écoles sont construites. Au milieu des années 1960, la rocade sud modifie le paysage en coupant le territoire en deux et l’avenue Gabriel-Péri devient l’artère majeure du développement de la ville : d’un côté, le domaine universitaire ; de l’autre, les grandes surfaces.

Aujourd’hui, de la colline du Mûrier au campus, les quartiers se touchent. Des équipements sportifs et culturels complètent l’ensemble. Le hip-hop a son festival et les résultats de l’équipe de handball font la fierté de la ville.

« La Ville consacre 40 % de son budget à l'éducation et à l'accès du plus grand nombre aux pratiques culturelles et sportives. », souligne le maire David Queiros.

 

> UNE NOUVELLE URBANITÉ

 

Neyrpic a fermé en 1967, l’usine Brun, en 1990. L’architecture des années béton, innovante à l’époque, laisse place à de nouveaux ensembles originaux, comme celui des petites maisons de bois imbriquées de la Cerisaie.

Les constructions récentes rivalisent d’esthétique, de confort et d’environnement agréable pour attirer de nouveaux habitants. Comme l’écoquartier expérimental Daudet ou celui en projet sur l’ancien site Neyrpic.

« Nous sommes mobilisés par le projet de créer autour de la friche Neyrpic un important pôle de vie, de loisirs et de commerces... », poursuit David Queiros. Quant au Département, il vient de lancer un chantier de 37 millions d’euros pour implanter les Archives départementales sur la commune, édifice imposant qui formera aussi un trait d’union entre le campus et la ville.

 

Saint-Martin-d'Hères

LE DÉPARTEMENT ET LE CANTON DE SAINT-MARTIN-D'HÈRES

 

 

Françoise Gerbier, maire de Venon, et David Queiros, maire de Saint-Martin-d’Hères, sont les deux conseillers départementaux du canton de Saint-Martin-d’Hères qui regroupe quatre communes – Saint-Martin-d’Hères, Gières, Poisat, Venon – et 48 000 habitants.

Les villes de ce canton ont la particularité d’avoir une population scolaire en augmentation. Or, accompagner les jeunes, c’est préparer leur avenir et celui de la société. Pour vivre une bonne scolarité, il est indispensable d’être bien dans son collège.

C’est pourquoi, ils sont particulièrement attentifs aux conditions d’accueil des collégiens et suivent de près la réhabilitation du collège Édouard-Vaillant de Saint-Martin-d’Hères et le projet d’agrandissement de la restauration du collège le Chamandier de Gières.

REPÈRES

 

  • 1 800 habitants au début du XXe siècle, 39 000 aujourd’hui.
  • 2 000 entreprises et 18 000 emplois.
  • 46 000 étudiants de 189 nationalités (campus).
  • 18 270 m² d’arbustes et 6 000 arbres.
  • 107 espèces d’oiseaux recensées.
  • 230 jardins familiaux, 32 ruches communales, 1 miellerie en construction.
  • 2 exploitations agricoles bio, la ferme urbaine de maraîchage (1,4 ha sur le site du centre horticole de la ville de Grenoble) et la ferme des Maquis au Mûrier (production de fromages de chèvre).
  • 3 couvents édifiés du XIVe au XIXe siècle : Minimes, Bon Pasteur, Notre-Dame-de-la-Délivrande (photo ci-dessus).

 DYNAMIQUE 

ENVIRONNEMENT ET LIBELULES...

Cette commune très urbaine totalise 350 hectares d’espaces verts et naturels. Deux fois plus par habitant que la moyenne des villes de cette taille !

En 2017, dans le cadre du concours « Capitale de la biodiversité », Saint-Martin-d’Hères obtenait le label « Ville nature » symbolisé par deux libellules. C’est que cette ville intègre la biodiversité dans ses projets d’aménagement et la gestion de ses espaces verts : zéro pesticide, toitures végétales, gestion des eaux de pluie, plantation d’arbres en privilégiant les essences locales, construction d’un écoquartier…

Avec la colline du Mûrier, classée en zone naturelle, Saint-Martin-d’Hères abrite 26 espèces d’orchidées, un centre aéré avec des animations autour du développement durable et la ferme des Maquis, qui produit des fromages de chèvre bio.

S’ajoutent 230  jardins familiaux (photo), des ruchers et un verger collectif. Le jardinage au naturel se développe dans les écoles et les maisons de quartier. Le collège Henri-Wallon a son club développement durable, une classe eau et une classe environnement. Et le jeudi au restaurant scolaire, c’est repas bio.

 

 RACINES 

LE CAMPUS DES ARTS

Implanté à Saint-Martin-d’Hères, et pour un tiers à Gières, le campus a été édifié au début des années 1960 sur d’anciennes terres de maraîchage, le long de l’Isère.

Il compte 45 000 étudiants, 150 bâtiments sur 180 hectares et… 40 œuvres d’art financées dans le cadre du 1 % artistique dans les constructions publiques. Des peintures, sculptures, fresques et mosaïques remarquables.

On peut citer l’ensemble de deux toiles d’Arcabas Guerre et Paix (1967) ornant la salle des actes de Sciences-Po et, à l’extérieur, les trois sculptures de pierre de Pierre Székely (1971), l’immense Cornue de Calder (1974), ou encore les Mains géantes vers le ciel d’Olivier Descamps (1990), rue de la Piscine.

 

Campus des Arts

SAINT-MARTIN-D'HÈRES EN IMAGES

Vue panoramique de Saint-Martin-d’Hères, la deuxième commune la plus peuplée du département de l’Isère avec 39 000 habitants.
L’avenue Ambroise-Croizat, ex route royale n° 2, artère historique et industrielle de Saint-Martin-d’Hères.
Le marché Champberton se déploie toute l’année les mercredis et samedis, rue Garcia Lorca, près de l’avenue Potié.
L’Heure bleue, lieu culturel et scène pour les arts vivants.
Le collège Henri Wallon.
La Maison de quartier Paul Bert.
L’espace culturel René Proby
L’architecture des années béton laisse place à de nouveaux ensembles originaux comme celui des petites maisons de bois imbriquées de la Cerisaie.
Le quartier Renaudie et ses immeubles de forme triangulaire.
Le quartier Renaudie et ses immeubles de forme triangulaire.
Les constructions récentes rivalisent d’esthétique, de confort et d’environnement agréable pour attirer de nouveaux habitants.
Les constructions récentes rivalisent d’esthétique, de confort et d’environnement agréable pour attirer de nouveaux habitants.
Saint-Martin-d’hères est desservie par trois lignes de tramway.
Au « village », l’église Saint-Martin et le monument aux morts, place de la liberté.
Le quartier du Village adossé à la colline du Murier.

FIGURES DE SAINT-MARTIN-D'HÈRES : CLIQUEZ SUR LES PHOTOS

Sylvain Nlend et Hachemi Manaa, danseurs urbains depuis la cour de récréation de l’école Henri-Barbusse, ont fondé l’école de hip-hop Citadanse et cofondé le Hip Hop don’t stop festival de L’Heure bleue.
Cinquième génération de Martinérois sur les terres de la ferme de l’ancien château, Fabrice Buisson, qui fut pompier durant vingt-sept ans, bichonne 60 ruches sur le Mûrier et produit en bio miels, propolis, cire, vinaigre…
Emma, Myriam, Charlotte et Nicolas animent le nouveau Bistrot de la mixture, lieu de restauration et de convivialité de l’espace culturel René-Proby, quartier Paul-Bert, tendance bio, mijoté et locavore

 URBANISME 

L'ÉCOQUARTIER ALPHONSE-DAUDET

À l’orée du collège Henri-Wallon, l’écoquartier Alphonse-Daudet devient réalité. Selon la charte nationale, ce quartier économe en foncier, en énergie et en ressources favorise la convivialité et se dote d’un cadre de vie agréable et respectueux de l’environnement.

Édifié sur environ 7 hectares, proche des axes routiers, cyclistes et du tram, il est relié à la trame verte de la ville par un cheminement piéton aménagé au cœur des jardins familiaux. C’est encore un chantier hérissé de grues, mais les immeubles terminés ont fière allure et les premiers habitants viennent d’emménager.

Nadia occupe l’une des deux petites copropriétés de 9 foyers, chacune déjà habitées. Cette jeune comptable dynamique, passionnée de décoration, savoure son appartement, lumineux, bien pensé, avec cuisine ouverte et balcon sans vis-à-vis.

Elle se réjouit de participer à la création de l’espace vert collectif avec ses voisins : “Nous avons choisi de planter des fleurs naturelles et des arbres fruitiers, d’installer un barbecue et des tables de pique-nique. En été, cela va aider à créer du lien entre nous ! Son voisin du dessous, Charles-Édouard, 34 ans, est tout autant enchanté d’habiter ici : “Des commerces devraient bientôt s’implanter et ce sera alors parfait.

 

HISTOIRE

L'ÉPOPÉE DES BISCUITS BRUN

En 1885, le négociant en grains Pierre-Jean-Félix Brun construit une biscuiterie à Grenoble. 

Fournissant l’armée en pain de guerre, le biscuit des soldats à base de farine et matière grasse, celle-ci doit s’agrandir et déménage, en 1915, avenue Ambroise-Croizat, à Saint-Martin-d’Hères. Gaëtan Brun, fils du fondateur, crée alors le Petit Brun Extra et le Thé Brun du gâteau de famille sans cuisson.

En 1923, Brun compte 1 500 employés et produit 40 tonnes de biscuits par jour. Claire Darré-Touche, légataire universelle, modernise l’usine. Du fait de ses liens avec la famille Pétain, à la Libération, elle doit fuir en Suisse. La biscuiterie, sous séquestre, autogérée par le personnel, lui est restituée par la justice en 1947. Face à l’hostilité des salariés et de la population, Claire Darré-Touche vend son affaire en 1950.

Avec une production de 100 tonnes par jour, l’entreprise est en 1960 la plus importante biscuiterie d’Europe. Sponsor des Jeux olympiques de Grenoble, elle fusionne en 1968 avec LU. D’autres sites de production sont alors privilégiés, l’activité diminue et l’entreprise ferme le dernier jour de 1989.

Mais les biscuits Brun et Thé sont toujours produits par le conglomérat BSN et, désormais, Mondelēz International.

 

PORTRAIT

CITADANSE, DANSES URBAINES EN PARTAGE

Lorsque Sylvain Nlend et Hachemi étaient à l’école maternelle Henri-Barbusse, ils voyaient les grands danser le hip-hop sous le préau et rêvaient de faire comme eux.

Puis ils se lancèrent dans l’arène, devinrent d’excellents danseurs et chorégraphes, se produisirent sur de grandes scènes, gagnèrent des battles (compétitions) et décidèrent de transmettre toute la joie que procure cette danse urbaine, accessible à tous.

Aujourd’hui trentenaires, ils ont réalisé leur rêve. Hachemi Manaa résume l’affaire : “On a grandi dans ce quartier, en résistant au foot. Il y a quatorze ans, on a créé l’association Citadanse dans le gymnase même d’Henri-Barbusse. Plus qu’une école de danse, c’est un espace d’improvisation et d’audace où l’on gagne de la confiance en soi.”

Point d’orgue : le spectacle de fin d’année à L’Heure bleue. Hachemi anime aussi le jeune festival Hip Hop don’t stop.

 

Publié le : 
03 mars 2019