L'ISÈRE A

LA MAIN VERTE

Economie

Source de fraîcheur, d’oxygène et de bien-être, le végétal est tendance ! Face à la concurrence des pays voisins et à la diminution des jardins, les horticulteurs et pépiniéristes de l’Isère doivent toutefois engager une nouvelle dynamique pour promouvoir leurs métiers.

Par Véronique Granger

 

Un climat rude mais tempéré, des sols d’alluvions glaciaires favorables à l’enracinement : l’Isère est un jardin idéal pour produire des fleurs et arbustes résistants et de bonne souche !

Premier producteur en Auvergne-Rhône-Alpes, le département est d’ailleurs réputé au plan national pour ses roses. La famille Félix, rosiériste depuis trois générations au Grand-Lemps, perpétue la tradition depuis 1920.

Aux 120 variétés au catalogue s’ajoutent depuis 2006 les propres créations de François Félix. La première-née, « Mme Léon Félix », est arrivée en 2014 après sept ans de subtiles hybridations.

Le plus gros producteur français de rosiers a aussi son siège en Isère, à Diemoz. Meilland-Richardier, une entreprise familiale d’origine lyonnaise fondée en 1867, est célèbre pour sa rose « Peace », offerte en 1945 à tous les fondateurs de l’Organisation des nations unies en Californie. C’est aujourd’hui la plus cultivée au monde.

Mais ces cultures prestigieuses ne doivent pas masquer les difficultés de la filière. En sept ans, en France, près de la moitié des horticulteurs et pépiniéristes (3 300 aujourd’hui) et 5 000 emplois sur 18 000 ont disparu.

François Félix, président national de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP), met en cause la concurrence de sept voisins européens (Belgique, Hollande, Allemagne, Pologne, Hongrie, Italie et Espagne), moins regardants sur le droit du travail et les normes environnementales.

Mais aussi la cherté des terrains et la minéralisation à outrance, qui laissent la portion congrue aux espaces verts. Les collectivités, principaux clients des horticulteurs et pépiniéristes, taillent aussi dans les budgets alloués. “Nous sommes dans des métiers de main-d’œuvre où les marges sont très faibles”, explique le syndicaliste.

 

> PROMOUVOIR L'ACHAT LOCAL

 

Face à ces épines, la profession s’est mobilisée. À l’initiative de l’antenne départementale de la FNPHP, une charte ratifiée par le préfet de Région a été adoptée en 2017 pour favoriser l’achat public local. Présentée au congrès des maires de l’Isère en octobre dernier, elle a été signée par de nombreux élus, dont le président du Département, Jean-Pierre Barbier.

“Notre charte a déjà été reprise par de nombreuses régions et devrait servir de modèle au plan national”, se félicite Dominique Bonnardon, président de la FNPHP-Isère et patron des pépinières du Chuzeau, dans la Bièvre.

La plupart des pépiniéristes ont aussi constitué des réseaux commerciaux pour offrir aux donneurs d’ordre des prestations globales : Attitude Végétal regroupe ainsi huit autres producteurs du sud-est de la France, dont Damien Vivier, les roses Félix et les pépinières du Chuzeau : “Chacun a sa spécialité. On ne se fait pas concurrence”, souligne Dominique Bonnardon.

Même démarche à l’échelle nationale pour Vivaplante, qui rassemble une trentaine de pépiniéristes régionaux de toute la France, dont Pierre Dumortier, horticulteur spécialisé dans les plantes à massifs à Anjou. “Nous offrons tous des produits adaptés à notre terroir.”

Le pépiniériste Guillot-Bourne II, leader français des grands arbres d’ornement à Jarcieu, a fait quant à lui le choix du « tout-bio » pour se démarquer : “Cette méthode de culture répond aux demandes des collectivités qui passent au zéro-phyto, explique Pierre de Prémare, PDG, qui a repris l’entreprise en 2015 suite à un dépôt de bilan. Nos arbres sont plus robustes et réclament moins d’eau et d’entretien une fois replantés.”

Dans le même souci environnemental, Damien Vivier investit ainsi 400 000 euros à Penol dans l’aménagement d’une serre photovoltaïque de deux hectares, qui va lui permettre de doubler sa production de plantes vivaces avec de l’électricité verte et une irrigation optimisée.

Jardins de Chartreuse, qui vend 90 % de sa production en direct aux particuliers à Voiron, mise quant à lui sur les circuits courts. Arborant le label « Les Artisans du végétal », Philippe Bugnon met en avant le conseil personnalisé et les techniques culturales douces, en serre froide ou en pleine terre : “Nos plantes sont plus fortes, car elles n’ont pas subi de longs transports. Elles ont été choyées dans le respect de la planète.” 

Des choix qu’on devrait se rappeler avant chaque nouvelle plantation !

 

Plus d'infos

Consulter la charte de l'achat public local

 

 

  • De gauche à droite, Daniel Vitte, président de l’association des maires de l’Isère, Jean-Pierre Barbier, président du Département et Dominique Bonnardon, président de l’antenne départementale de la Fédération nationale des horticulteurs et pépiniéristes (FNPHP), lors de la signature de la charte pour l’achat public local le 13 octobre dernier, au Congrès des maires de l’Isère.

ZOOM

De gauche à droite, Daniel Vitte, président de l’association des maires de l’Isère, Jean-Pierre Barbier, président du Département et Dominique Bonnardon, président de l’antenne départementale de la Fédération nationale des horticulteurs et pépiniéristes (FNPHP), lors de la signature de la charte pour l’achat public local le 13 octobre dernier, au Congrès des maires de l’Isère. 

 

 >   UNE CHARTE POUR FAVORISER L'ACHAT PUBLIC LOCAL

Évolution du code des marchés publics, sourcing, adaptation au changement climatique et à la raréfaction des ressources en eau : tous ces points sont précisés dans le texte, à consulter sur le site de la Direction Régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt de la région Auvergne-Rhône-Alpes

 

PORTRAIT

 

 >   FRANÇOIS FÉLIX : ACCOUCHEUR DE ROSES

Comme son grand-père Léon et son père Paul, François Félix est rosiériste: « Je suis né dans les roses », dit-il. Créée en 1920 au Grand-Lemps au cœur des Terres froides, la maison familiale est réputée parmi les meilleurs spécialistes français du rosier, cultivant 200 variétés différentes.

Depuis 2014, ce passionné est aussi entré dans le club très fermé des créateurs de roses nouvelles : « Je suis l’un des plus jeunes dans ce métier. Il exige beaucoup de patience : il faut compter huit ans d’hybridations, de croisements par pollinisation, d’observation puis de sélection pour faire naître une rose nouvelle, qui apportera quelque chose en termes de coloris, de velouté, de résistance ou de parfum… »

Depuis 2006, onze nouvelles roses Félix ont ainsi vu le jour. Chacune a son identité, sa personnalité, son histoire. « Madame Léon Félix », la toute première, rend ainsi hommage à la muse de son grand-père, selon la tradition.

« Le P’tit Bonbon » est un clin d’œil au bonbon à la framboise de la grand-mère (encore elle). « Château de Pupetières », créée pour Aymar de Virieu et sa fête des roses… « La Rochambelle », du nom des infirmières de la deuxième DB (division blindée) du général Leclerc, sur les plages du Débarquement en 1944 ou « Rêves de gosse » créée pour les 20 ans de l’association éponyme, servent quant à elles des causes caritatives : la première, la recherche sur les cancers féminins et la seconde, l’intégration des enfants « différents ».

« La création, c’est ce qui me fait le plus vibrer en ce moment », assure François Félix qui est aussi président de la Fédération nationale des horticulteurs et pépiniéristes.

Cet entrepreneur militant est aussi engagé dans la recherche scientifique sur les maladies fongiques du rosier, en collaboration avec l’Inra et Végépolys.

 

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Publié le : 
03 mars 2019