LE RETOUR

DES MIGRATEURS

Grandeur nature

Ils ne pèsent que quelques dizaines de grammes, mais sont capables de parcourir des milliers de kilomètres. Chaque printemps, les oiseaux migrateurs prennent le chemin du retour, quittant leur lieu de villégiature hivernale pour revenir nicher en Isère. Un périple extraordinaire et semé d’embûches.

Par Sandrine Anselmetti
Crédits photos : J.Prévost, F.Pinto, L.Jullien

L’échasse blanche est un migrateur qui revient en Isère fin mars. Une espèce rare dans le département. Elle repart vers l’Afrique courant juillet.

 

Symbole du printemps renaissant, l’hirondelle rustique parcours 6 000 à 8 000 kilomètres pour rejoindre l’Isère en mars, depuis l’Afrique australe où elle a passé l’hiver.

Comme pour des millions d’oiseaux dans le monde, ce besoin de se déplacer est inscrit dans ses gènes. C’est le phénomène annuel de la migration, ce va-et-vient qui s’effectue au printemps et à l’automne, entre un lieu de reproduction et un lieu d’hivernage plus au sud.

 

> UN PÉRIPLE EXTRÊME

 

Les oiseaux migrateurs peuvent voyager sur de très longues distances, presque sans boire ni manger. La sterne arctique, le plus grand migrateur au monde, parcourt ainsi 70 000 kilomètres chaque année, tandis que le martinet à ventre blanc est capable de voler 200 jours, soit six mois, sans se poser !

Avant le départ, pour se préparer à leur périple hors du commun, les oiseaux migrateurs stockent des graisses. Ces réserves sont le carburant de leur voyage. Certaines espèces perdent jusqu’à 50 % de leur poids pendant la migration. Un effort extrême pour ces volatiles qui pèsent bien souvent entre 10 et 30 grammes.

Environ 170 espèces nichent en Isère, dont une cinquantaine de grands migrateurs. Si elle reste mystérieuse par bien des aspects, la migration s’explique par le manque de nourriture disponible en hiver (notamment pour les espèces insectivores), par les conditions météorologiques et par la diminution de la durée des jours.

Migrant de jour comme de nuit, les oiseaux utilisent des repères aussi variés que la trajectoire du soleil, la position des étoiles, le champ magnétique terrestre (perçu par leur système nerveux central, qui leur sert de boussole interne), les reliefs ou encore les cours d’eau.

Chaque espèce a sa stratégie. Les hirondelles volent tout droit, grâce à leur puissance musculaire, et traversent la Méditerranée en une fois, jusqu’au Sahel. D’autres espèces ne passent presque jamais au-dessus de la mer, car elles ont besoin de portance et donc d’air chaud. Elles utilisent des courants ascendants pour se laisser ensuite planer et ainsi économiser de l’énergie. Car la migration est un véritable parcours du combattant.

Sur 200 hirondelles qui partent à l’automne, seulement 30 reviennent au printemps. Les dangers sont multiples : aux obstacles naturels (prédateurs, tempêtes, reliefs…) s’ajoutent souvent les conséquences des activités humaines (destruction des habitats, infrastructures aériennes, lignes électriques, chasse abusive, pollutions chimique et lumineuse…).

Chaque année, la deuxième semaine de mai se tient la journée mondiale des oiseaux migrateurs. Une campagne de sensibilisation soutenue par les Nations unies. La prochaine aura lieu du 11 au 12 mai.

REPÈRES

 

> OÙ LES OBSERVER ?
 

Si les détroits de Bosphore et de Gibraltar sont des passages quasi obligatoires pour un grand nombre d’espèces, la vallée du Rhône et les cols alpins sont des voies de migrations majeures.

En Isère, le col de Fau et le col des Ayes sont des lieux privilégiés pour l’observation. Les zones humides, notamment en Nord-Isère, comme l’étang de Montjoux, sont des secteurs propices au repos des oiseaux sur leur trajet. D’où l’importance de les préserver.

Vous pouvez partager vos observations sur les sites participatifs faune-isere.org ou migraction.net.

 

QUELQUES MIGRATEURS

L’échasse blanche est un migrateur qui revient en Isère fin mars. Une espèce rare dans le département. Elle repart vers l’Afrique courant juillet.
Un héron pourpré
Une hirondelle rustique
Un milan noir
Un guêpier d’Europe
Une rousserolle effarvate

ZOOM

 

> DES RECORDS DE DISTANCE
 

6 300 km : une rousserolle verderolle (cousine de la rousserolle effarvate : photo ci-contre) portant une bague posée au Kenya a été contrôlée dans l’espace naturel sensible (ENS) de l’Herretang, à Saint-Laurent-du-Pont.

2 100 km : un bruant des roseaux bagué près d’Helsinki, en Finlande, a été contrôlé à l’ENS Moïles, à Tullins.

1 200 km : un martin-pêcheur provenant de Pologne a été contrôlé au marais de Montfort, à Crolles.

Un rossignol philomèle adulte bagué en 2006 à Crolles a été contrôlé, en 2009, 2010, 2013, 2015 et 2017, fidèle à la même zone de nidification. Migrateur transsaharien, avec environ 5 000 km parcourus par an, il a un grand nombre de kilomètres au compteur !

 

Publié le : 
03 mars 2019