POULES ET COQS

DE MONTAGNE

Grandeur nature

Discrets et sauvages, ils sont les cousins montagnards des poules et coqs de basse-cour. En Isère, les galliformes de montagne regroupent quatre espèces emblématiques de nos massifs, qui restent pourtant méconnues. Rencontre.

Par Sandrine Anselmetti
Crédits photos : Jean Guillet

S’ils ont un air de famille avec les poules et coqs domestiques, les galliformes (du latin gallus, coq, et forma, forme) sont des oiseaux rares !

Tout du moins en voie de raréfaction, avec moins de 5 000 individus estimés en Isère pour les quatre espèces confondues : le tétras-lyre, alias le « petit coq de bruyère », la gélinotte des bois, la perdrix bartavelle et le lagopède alpin.

En cause : les modifications de leurs milieux, les dérangements dus aux activités humaines et le changement climatique.

 

> UNE ADAPTATION EXTRAORDINAIRE

 

Hormis leurs formes arrondies, ces oiseaux ont pour point commun leur extraordinaire adaptation aux milieux et aux conditions extrêmes de la montagne.

Ils sont ainsi dotés de plumes doubles : une plume de couverture et un duvet accolé. Elles sont épaisses et emprisonnent de l’air, qui les isole du froid. Chez certaines espèces, les narines et les pattes sont couvertes de plumes.

Les doigts des pattes, courtes et puissantes, sont munis de petites franges cornées leur permettant de marcher avec aisance sur la neige ou la glace. Les pattes du lagopède alpin, le plus montagnard des galliformes (il vit au-dessus de 1 800 mètres), sont emplumées jusqu’aux doigts et évoquent les pattes du lièvre, d’où son nom, issu du grec lagos (lièvre) et du latin pedis (pied).

Comparables à des raquettes, elles l’empêchent de s’enfoncer dans la poudreuse. Même s’ils sont tous capables de voler, les galliformes sont des oiseaux terrestres, qui privilégient la marche. Les femelles nichent au sol, protégées par l’excellent camouflage que leur confère leur plumage.

Ainsi, la couleur varie selon l’espèce, le sexe ou la saison. Noir aux reflets irisés chez le coq du tétras-lyre, il est de couleur feuilles mortes chez la poule, ce qui la rend pratiquement invisible dans son milieu. Chez le lagopède, il est blanc en hiver et gris en été, constituant un camouflage très efficace (sauf lors des hivers sans neige…).

Certaines espèces ont développé un régime alimentaire adapté aux saisons et des capacités digestives étonnantes : elles peuvent assimiler des matières ligneuses, comme les aiguilles de pins ! Certains galliformes, comme le tétras-lyre, ont aussi développé une stratégie pour se protéger des intempéries et des prédateurs : ils s’enfouissent dans la neige et creusent des loges, sortes d’igloos, pour s’isoler du froid.

Plus tard, au printemps, commencent la saison des amours et les parades nuptiales des mâles, avec des manifestations vocales propres à chaque espèce. Celles du tétras-lyre s’accompagnent de danse et de combats.

Regroupés sur une « arène » ou sur une « place de chant », les coqs se livrent à des démonstrations de force spectaculaires. La période idéale pour les observer… mais attention à ne pas les déranger !

Source : Territoire Écrins, « Les galliformes »

 

ZOOM

 

> ATTENTION AU DÉRANGEMENT
 

L’hiver en montagne peut être très rude pour les animaux. Ils adaptent leur comportement ou leur morphologie aux conditions climatiques, mais ils restent vulnérables.

En période de disette, il est important pour chaque espèce de pouvoir économiser son énergie. Des dérangements répétés entraînant des fuites et du stress peuvent mettre en péril leur survie.

Voici donc quelques conseils pour les sorties hivernales : garder les chiens en laisse ou à la maison, respecter la signalisation, éviter de se déplacer à l’aube ou au crépuscule et rester sur les sentiers.

 

LES GALLIFORMES DE MONTAGNE EN IMAGES 

Espèce emblématique, le tétras-lyre, connu pour sa parade nuptiale spectaculaire, fait partie des galliformes des montagnes iséroises.
Le mâle tétras-lyre est reconnaissable à sa robe noire, à ses caroncules (sorte de sourcils) rouges et aux plumes de sa queue en forme de lyre, qui lui valent son nom.
Le plumage du lagopède alpin, ou « perdrix des neiges », varie en fonction de la saison : en l’hiver, il devient tout blanc et, en été, il vire au brun-gris, lui offrant un parfait camouflage.
Les tons de son plumage permettent à la gélinotte des bois de se fondre dans le milieu forestier où elle vit, entre 800 et 1 800 mètres d’altitude, principalement dans le Valbonnais et l’Oisans.
Chez la perdrix bartavelle, espèce des versants sud, le mâle et la femelle ont le même plumage. Le dos gris cendré, la gorge blanche avec une bordure noire et la couleur rouge au niveau des pattes, des yeux et du bec la caractérisent.
Les galliformes de montagne sont dotés de plumes doubles : une plume de couverture et un duvet accolé.

EN SAVOIR PLUS

 

> LA QUÊTE DE LA GÉLINOTTE
 

Jean Guillet a suivi et photographié la gélinotte des bois durant vingt ans. Aujourd’hui, il partage ses images et le récit de cette belle aventure avec La Quête de la gélinotte des bois, parue aux éditions iséroises Mokkö.

Rendez-vous : dimanche 10 février, à Saint-Martin-d’Uriage, participez à une sortie découverte de la gélinotte à 14 h 30 (rendez-vous sur le parking de l’espace naturel sensible des Seiglières), suivie à 18 heures d’une conférence de Jean Guillet et Pierre Pola (ONF) au centre culturel Le Belvédère.

Entrée gratuite.

 

Publié le : 
01 janvier 2019