L'ISÈRE EN POINTE

DANS LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Economie

Pionnière de l’hydroélectricité, l’Isère est, un siècle plus tard, en pole position pour les énergies du futur. De l’hydrogène aux smart-grids en passant par le biogaz, son expertise rayonne aux plans national et international.

Par Véronique Granger

 

Des véhicules qui roulent à l’hydrogène sans rejet polluant dans l’atmosphère, des bâtiments à énergie positive (qui produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment)… Alors que la plupart d’entre nous continuent de suffoquer dans les embouteillages et de voir leur note de chauffage augmenter, ces projets font rêver.

Certes, les problèmes techniques et financiers sont loin d’être tous résolus pour un déploiement massif immédiat. Mais les technologies sont là et les objectifs aussi.

La loi sur la transition énergétique de 2015 impose de diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, en augmentant fortement la part des énergies renouvelables – désormais très compétitives. Il s’agit aussi de rénover 500 000 bâtiments par an pour mettre fin aux « passoires thermiques ».

L’Isère, qui doit son essor industriel à l’invention de l’hydroélectricité, concentre des acteurs et des compétences-clés de la filière énergétique, de l’hydrogène à la biomasse, en passant par le stockage et la conversion d’énergie ou les réseaux intelligents.

Le CEA-Liten notamment est l’un des trois principaux centres de recherche mondiaux sur les énergies renouvelables : “Avec un tissu industriel très dense et dynamique et des formations de haut niveau, notre écosystème est unique en France”, confirme sa directrice, Florence Lambert.

Le pôle de compétitivité Tenerrdis, dédié à la transition énergétique, est un vrai catalyseur d’innovations, fédérant 230 entreprises, laboratoires et start-up de la région autour de projets collaboratifs.

“Les technologies de production d’énergie renouvelable et de stockage restent le cœur de notre domaine d’activité, mais nous intégrons aujourd’hui beaucoup plus les usages”, précise Catherine Candela, déléguée générale du pôle.

 

> L'ISÈRE, TERRAIN D'EXPÉRIMENTATION
 

L’Isère expérimente ainsi plusieurs projets d’envergure, autour de la mobilité hydrogène (projets HyWay et Zero Emission Valley), de la rénovation thermique à grande échelle (projet Es’Ope) ou des réseaux intelligents (projet learningGrid, piloté par Schneider Electric et l’Institut des métiers et des techniques). Et nombre de start-up puisent dans ce réservoir technologique pour proposer des innovations « de rupture ».

Stimergy, à Grenoble, récupère la chaleur produite par les serveurs informatiques pour la réinjecter sur les réseaux d’eau chaude des bâtiments. Waga Energy, lauréate du grand prix pour la lutte contre le changement climatique de l’Ademe, a développé une technologie d’Air liquide pour valoriser le biogaz issu des décharges d’ordures ménagères à un prix très compétitif.

Sylfen (22 brevets et dix ans de recherche au CEA) a trouvé le moyen de regrouper dans un même système hydrogène le stockage et la production d’énergie pour les bâtiments autonomes en énergie.

Gulplug, un spin-off de Schneider Electric, traque le gaspillage d’énergie dans les usines avec ses capteurs sans fil qui surveillent le réseau à distance. Avec de sérieuses économies à la clé !

Les particuliers aussi peuvent réduire leur consommation (de 30 %) avec les radiateurs rayonnants à infrarouge connectés conçus par Verelec, une PME de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs. Plus de confort et un design remarquable…

La transition, on a tous à y gagner !

 

INTERVIEW

Matthieu Mounier, responsable des activités « microgrid » chez Schneider Electric 

 

> "LES ÉNERGIES RENOUVELABLES DEVIENNENT AUSSI COMPÉTITIVES QUE LES ÉNERGIES FOSSILES " 

 

Fournisseur de technologies de gestion de l’énergie et de protection électrique, Schneider Electric, qui emploie 5000 salariés en Isère, est fortement engagé dans la décarbonation de l’énergie. Les « microgrids » (micro-réseaux) sont parmi ses activités stratégiques.

 

Isèremag.fr : Quels sont les enjeux des microgrids dans la transition énergétique ?

Matthieu Mounier : Avec la baisse des coûts de production et de stockage, les énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien deviennent aussi compétitives voire plus que les énergies fossiles comme le fuel, le gaz ou le charbon. Les microgrids ou microréseaux, qui font appel aux technologies numériques, permettent de maximiser leur utilisation : au lieu de produire de l’énergie en flux tendu, grâce à des capteurs météo par exemple, on peut à la fois anticiper les courbes de production et les pics de consommation. On pallie ainsi l’intermittence de la production liée aux conditions saisonnières.

L’enjeu, c’est aussi de rapprocher les sites de production des lieux de consommation en substituant les grandes centrales à de petits réseaux. Cela ouvre des perspectives pour les millions d’habitants qui sur la planète, en Afrique notamment, n’ont pas encore accès à l’électricité !

 

Isèremag.fr : Dans nos pays bien électrifiés, cela veut dire qu’il faut tout changer ?

Matthieu Mounier : Cela peut se faire progressivement : par exemple, au sein de notre entreprise, on a installé des panneaux photovoltaïques pour alimenter les bornes de recharge des véhicules électriques. La flotte s’agrandit peu à peu. Il ne s’agit pas de tout changer d’un coup !

En France, nous avons la chance d’avoir un réseau électrique bien maillé, bien structuré, d’un bon niveau de fiabilité, qui peut intégrer d’autant plus facilement ces nouveaux usages.

On a déjà des bâtiments passifs, autosuffisants en énergie. On imagine maintenant des microcrogrids à l’échelle de tout un quartier, grâce à un pilotage automatisé qui gèrera les échanges thermiques entre différents bâtiments.

C’est ce que nous expérimentons depuis 2016 à Grenoble avec notre projet Learning Grid : le site de l’Institut des métiers et des techniques, un campus de 3000 personnes, va devenir une vitrine européenne de la gestion intelligente de l’énergie à l’échelle d’une micro-ville.

ELLES FONT L'ACTUALITÉ DANS LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE 

  • Ceci n’est pas un miroir mais… un radiateur rayonnant 100 % « made in Isère », aussi décoratif qu’efficace et économe en énergie.

 

 >   VERELEC : DES RADIATEURS RAYONNANTS CONNECTÉS

 

Le fabricant isérois vient de recevoir le prix de la transition énergétique au salon Pollutec.

Verelec n’est plus vraiment une start-up : cette PME de huit salariés, créée en 2006 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, exploite une technologie issue du CNRS qui a largement fait ses preuves, l’infrarouge long, pour concevoir et fabriquer des radiateurs aussi efficaces qu’économes en énergie.

« Contrairement aux convecteurs électriques classiques, ces rayons chauffent directement les corps et les objets qui à leur tour, deviennent émetteurs, explique son PDG, Frédéric Joubert. La chaleur libérée est semblable à celle que l’on ressent devant un feu de cheminée ou sous les rayons du soleil. »

La nouveauté, c’est que ce radiateur existe aujourd’hui dans une version connectée grâce à un système de pilotage intelligent utilisant la solution "wiser" de Schneider Electric : « Les économies d’énergie sont estimées à 30 % si on gère bien son thermostat », précise le dirigeant de l’entreprise.

Outre les particuliers, Verelec (1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2017) vise les bailleurs sociaux pour la rénovation des bâtiments.

La PME vient de recevoir le prix de la transition énergétique de la transition énergétique de la région Auvergne Rhône-Alpes 2018.

 

Plus d'informations

  • La sixième « Wagabox » a été inaugurée à Saint-Palais, dans le Cher, pour le valoriser le biogaz provenant un site de stockage de Veolia.
  • La sixième « Wagabox » a été inaugurée à Saint-Palais, dans le Cher, pour le valoriser le biogaz provenant un site de stockage de Veolia.

 

 >   WAGA ENERGY : DE L'ÉNERGIE À PARTIR DE NOS DÉCHETS

 

Avec la « Wagabox », le biogaz issu des décharges d’ordures ménagères remplace les énergies fossiles à un prix très compétitif.

Le biogaz issu de la fermentation des dépôts d’ordures ménagères, à forte teneur en méthane, contribue à hauteur de 5 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Si en France, la loi de 2005 impose de capter ce gaz et de le brûler, sa valorisation reste difficile.

Waga Energy, une start-up de 25 personnes créée en 2015 par quatre ingénieurs dont trois anciens d’Air Liquide, a développé une technologie très innovante, couplant membrane filtrante et distillation cryogénique, qui permet d’extraire 90 % du méthane, avec un rendement énergétique trois fois supérieur aux solutions existantes.

Ce biométhane de haute qualité, produit par Waga, est ensuite réinjecté directement dans le réseau de gaz naturel de GRDF. « Cette énergie se substitue à une énergie fossile importée de l’étranger, tout en évitant l’émission de gaz à effet de serre », explique Matthieu Lefebvre, PDG et cofondateur.

La première « Wagabox » était mise en service en février 2017 en Bourgogne sur un site de stockage de déchets de Coved.

Deux ans plus tard, les six unités de production installées un peu partout en France totalisent une capacité de 100 gigawatts/heure - de quoi alimenter 16 000 foyers en éliminant 20 000 tonnes de CO2 de l’atmosphère !

D’autres sont déjà en construction. Des usines à gaz entièrement réalisées en Isère qui ont permis de créer une centaine d’emplois.

 

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Publié le : 
01 janvier 2019