LES CONFIDENCES

DU PRIEUR GUY

Exposition

Près de mille ans après sa mort, en 1042, le tout premier responsable du prieuré de Saint-Laurent nous parle d’entre les morts. Rencontre au musée archéologique de Grenoble.

Par Véronique Granger

 

Il y a seulement cinq ans, on ignorait jusqu’à l’emplacement de sa tombe : il n’était qu’un squelette parmi les 1 700 exhumés de la nécropole Saint-Laurent de Grenoble, entre 1978 et 1998.

Jusqu’à l’an mille, aucune épitaphe pour relier ces individus ensevelis au fil des siècles à une quelconque généalogie.

Pourtant, « miracle » de la science anthropologique, le prieur Guy a non seulement retrouvé une identité, mais une histoire, un visage et même… une paire de souliers pointus, à la mode en cette première moitié du XIe siècle chez les ecclésiastiques !

Cela méritait bien des présentations et le Musée archéologique de Grenoble nous invite donc à faire plus ample connaissance : une scénographie et un petit film nous plongent dans l’atmosphère de l’époque, aux premiers temps chrétiens, sur cette rive droite de l’Isère encore dépourvue d’habitations, mais toute à sa vocation religieuse. 


 

> DES OSSEMENTS TRÈS BAVARDS

 

“Un squelette, c’est un livre ouvert. Grâce aux nouvelles techniques d’investigation, on peut désormais déterminer l’âge de la mort et le sexe, mais aussi l’état de santé et même le style de vie”, explique son conservateur Jean-Pascal Jospin.

Confiés aux bons soins d’un anthropologue, les os ont donc parlé. “Sa croissance osseuse régulière témoigne d’une existence paisible jusqu’à sa mort à l’âge de 70 ans, et sa dentition, qu’il était bien nourri. Ses traits sont de type germanique, fins et aristocratiques. Ce qui colle avec ses fonctions de prieur : sous l’Ancien Régime, les postes du haut clergé étaient réservés aux cadets de la noblesse”, poursuit-il.

Les pieds, de taille 45, ont aussi imprimé la marque des chaussures pointues que le prieur portait visiblement au quotidien. S’inspirant des nombreux modèles de la même époque retrouvés au fond du lac de Paladru, sur le site archéologique médiéval de Colletière, Jean-Pascal Jospin lui a fait confectionner une paire de souliers sur mesure, exposée au musée.

Bien sûr, “tout cela est très vraisemblable, mais rien n’est absolument certain”, rappelle ce spécialiste de l’Antiquité. Comme dans toute bonne enquête policière, de nombreux indices accréditent toutefois l’hypothèse.

Ainsi, dans la nef, cette tombe isolée des autres : “Un fragment de sa pierre tombale réutilisée dans un puits atteste qu’il avait bien sa sépulture à Saint-Laurent.”

Élu à ses fonctions au XIe siècle – quand l’ancienne église paroissiale, rattachée à l’abbaye bénédictine de Saint-Chaffre-en-Velay, se transforme en prieuré –, Guy officia pendant trente ans jusqu’à sa mort, en charge d’une communauté d’une dizaine de moines.

 

 VIDÉO : PRIEUR GUY : QUI SUIS-JE ? 

 

 

 REPÈRES 
 

DIX-SEPT SIÈCLES D'HISTOIRE

  • IVe siècle : développement d’une vaste nécropole et construction d’édifices funéraires (huit mausolées).
  • VIe siècle : construction d’une église funéraire et de la crypte Saint-Oyand.
  • 1012 : l’église paroissiale devient le siège d’un prieuré.
  • 1683 : fin d’activité du prieuré et départ des moines.
  • 1980 : désaffection de l’église paroissiale.

 

 VIDÉO : LE MAG PRÉSENTE " LA VILLE ET LA MORT" 
 

PRATIQUE

Musée archéologique de Grenoble-Saint-Laurent, 1 place Saint-Laurent.

Ouvert tous les jours sauf le mardi. Entrée libre (et audio-guide gratuit). 

 

Musée Archéologique de Saint-Laurent

Publié le : 
01 janvier 2019