VÉNÉRABLES

VIEILLES BRANCHES

Grandeur nature

Arbres exceptionnels de par leur âge, leurs dimensions ou encore leur environnement, souvent connus depuis des générations, les « arbres remarquables  » font partie de notre patrimoine naturel et culturel. Rencontre avec ces vénérables anciens. 

Par Sandrine Anselmetti
Crédit photos : A. Herrault, R. Juillet, B.Bodin, PNRV R.Bruyère, I.Lecomte

 

Certains attirent davantage notre regard ou suscitent une émotion particulière. Les arbres remarquables, à la croisée de la nature et de la culture, appartiennent à notre patrimoine.
 
Leur longévité, qui peut traverser les siècles, jalonne notre histoire. En Isère, le plus vieil arbre connu à ce jour est un if des falaises, découvert en 2011 par un randonneur, à Pommier-la-Placette. Le comptage des cernes de croissance d’une branche morte a permis de déterminer avec exactitude qu’il avait au moins 720 ans ! Un minimum puisque cette branche n’est pas la partie la plus ancienne de l’arbre. Cet if est pourtant resté très petit en taille, ayant poussé de façon tortueuse, dans un environnement difficile, à même la roche. 
 
Plus accessible et plus connu, l’autre grand « senior » de l’Isère est le tilleul de Réaumont, âgé d’environ 630 ans. Avec 15 mètres de haut et plus de 9 mètres de circonférence, le doyen du village coule de vieux jours paisibles près de l’église.
 
L’Isère compte cinq autres tilleuls plusieurs fois centenaires (300 ans à Chimilin), dont quatre tilleuls dits « de Sully », plantés vers 1600 (voir encadré) : à Optevoz, Notre-Dame-de-Commiers, Saint-Aupre et Saint-Martin-d’Uriage. Parmi les tilleuls anciens de l’Isère, ceux de Réaumont et de Chimilin ont reçu le label « Arbre remarquable de France ». 
 
 

> DES ARBRES REMARQUABLES...

 
Au total, en Isère, quatre arbres se sont vu décerner ce label national. Digne ambassadeur de l’Isère, le chêne de Venon, également appelé chêne de Pressemblois (du nom de la ferme voisine auquel appartient le champ… à respecter !), fait bien sûr partie de la liste.
 
Populaire et prisé des photographes, ce chêne est une « star » (il a même sa propre page Facebook !). Dressée au sommet d’une colline, dont le panorama englobe toute la vallée du Grésivaudan, sa majestueuse silhouette est à la fois un repère visuel et un objectif de balade pour de nombreux promeneurs.
 
Il mesure 17 mètres de haut pour une circonférence de 5 mètres. Son âge est estimé à 200 ans environ. 
 
Autre arbre labellisé en Isère, le magnolia grandiflora de la Casamaures, à Saint-Martin-le-Vinoux, a été planté vers 1860. Il est le dernier témoin de l’ancien parc exotique de cette superbe villa au style néo-mauresque, classée aux monuments historiques. 
 
Bien d’autres arbres, même sans label, sont des figures emblématiques des lieux auxquels ils appartiennent, que ce soit en forêt, dans un parc, comme au Domaine départemental de Vizille, à la campagne ou en montagne.
 
C’est le cas du pin à crochets de la plaine de la Queyrie, sur les hauts plateaux du Vercors. « L’arbre taillé » par les bergers, utilisé jadis comme balise, constitue toujours un point de repère pour les randonneurs, les bergers et les guides.
 
Sa situation lui confère une aura particulière. 
 
 

 

REPÈRES

 

Le duc de Sully, ministre d’Henri IV, avait ordonné la plantation dans chaque village de France d’un orme ou d’un tilleul, devant l’église ou le cimetière, afin qu’il abrite les assemblées de villageois au sortir de la messe pour discuter des affaires publiques.

En Dauphiné, le tilleul fut préféré à l’orme. Quatre cents ans plus tard, les arbres témoins de cette période historique sont devenus rares (voir page ci-contre), mais les tilleuls sont encore souvent présents sur les places de village, par tradition.

Certains furent aussi plantés à la Révolution comme symbole de la Liberté.

 

 

QUELQUES ARBRES REMARQUABLES... 

Le chêne de la ferme de Pressembois, à Venon, a reçu le label « Arbre remarquable de France » en 2017.
L’emblématique « arbre taillé » de la plaine de la Queyrie, dans le Vercors, est un pin à crochets bien connu des randonneurs et des bergers.
Le magnolia de la Casamaures, à Saint-Martin-le-Vinoux, planté vers 1860, a reçu le label « Arbre remarquable de France » en 2007.
Le tilleul de Réaumont a près de 630 ans. Il est aussi labellisé « Arbre remarquable de France ».
Surnommé « le prince des Écouges », le doyen des hêtres de l’Isère se trouve dans l’espace naturel sensible des Écouges. Il a plus de 300 ans.
Le massif forestier des Bonnevaux, principalement composé de hêtres, chênes et châtaigniers, abrite de nombreux arbres pluriséculaires. Ici un hêtre.
Cette charmille du massif forestier des Bonnevaux mesure plus de 5 mètres de circonférence.
Le sapin « Président » du col de Porte est « né » sous Louis XV. Sa partie sommitale culmine à 41,5 mètres de hauteur.
À Fontaine, le parc Karl Marx abrite de magnifiques arbres comme ce séquoia géant.

ZOOM

 

> PARTICIPEZ À L'INVENTAIRE DES ARBRES REMARQUABLES

 

Le Département soutient inventaire participatif des arbres remarquables de l’Isère lancé par la Frapna pour sensibiliser à ce patrimoine, trop souvent méconnu, et mieux l’identifier.

Vous pouvez recenser les arbres remarquables que vous observez en Isère sur le site frapna-38.org

Différents critères peuvent être pris en compte : l’âge (la consultation d’archives, de cartes postales ou de gravures permet d’estimer l’âge d’un arbre tout en conservant son intégrité), les dimensions, l’esthétique (aspect tortueux, arbre taillé originalement, couleurs, envergure, association avec le minéral, intérêt dans le paysage…), des caractéristiques physiologiques originales…

Déjà plus de 380 arbres « remarquables » ont été identifiés en Isère.

 

 

Publié le : 
08 août 2018