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D'HIVER

Grandeur nature

 

À la saison hivernale, la nature vit au ralenti. Pour s’adapter au froid et à la pénurie de nourriture, les animaux économisent leur énergie. Hivernation ou hibernation, les stratégies de survie diffèrent. Décryptage.

Par Sandrine Anselmetti
Crédits photos : L. Jullien, J.F Noblet, C.Marty, S. De Danieli.

 

Roulé en boule comme une pelote d’épingles, le hérisson passe l’hiver dans un nid tapissé de feuilles mortes, profondément endormi.

Grand amateur d’insectes, en cette saison il a bien du mal à trouver de quoi se nourrir. Il lui faut donc économiser son énergie.

L’hiver est une période critique pour de nombreuses espèces.

Les tortues cistudes s’enfouissent dans la boue pour s’isoler du froid. Les ongulés de montagne, comme le chamois, développent leur résistance grâce à leur pelage et leurs réserves de graisse. Les écureuils se mettent à l’abri avec des provisions de nourriture. Certains oiseaux migrent vers des pays où le climat est plus clément.

Face au froid et à la disette hivernale, la stratégie d’adaptation la plus poussée est l’hibernation. Pour le hérisson, tout comme le loir, le muscardin, la marmotte ou encore la chauve-souris, il s’agit de passer l’hiver en léthargie, dans un état d’hypothermie profonde.

 
 

> UNE « MORT CLINIQUE » APPARENTE

 

Déclenché par la baisse de la température et de la période d’ensoleillement, ce phénomène entraîne une chute de 98 % du métabolisme de l’animal !

Diminution de la température corporelle, du rythme cardiaque, du rythme respiratoire… Le corps tout entier passe en mode « économie d’énergie ».

La marmotte fait ainsi tomber sa température corporelle d’une trentaine de degrés : entre 5 et 8 °C, voire moins. Son cœur bat très lentement : il passe de 130 battements par minute à cinq battements, et elle ne respire plus qu’une fois par minute. Chez la chauve-souris, des apnées peuvent durer cinquante minutes.

Pendant l’hibernation, seules les zones du cerveau qui commandent les fonctions vitales, comme la respiration, sont encore actives. Le cœur, le cerveau et le tissu adipeux sont irrigués par le flux sanguin, mais la circulation n’est plus activée dans les membres.

Grande différence entre les animaux qui hibernent et ceux qui hivernent : le niveau de vigilance et la capacité à se réveiller rapidement. Hiberner signifie « passer l’hiver en hypothermie » et hiverner « passer l’hiver à l’abri ».

L’ours est souvent considéré, à tort, comme un hibernant. Bien que plongés dans une certaine torpeur, les animaux hivernants restent plus alertes et actifs (les femelles ours donnent même naissance à leurs petits pendant l’hiver).

Les animaux à sang froid, comme la tortue ou la grenouille, entrent en léthargie hivernale (« la brumation »), mais sans connaître le même phénomène d’hypothermie régulée que les animaux à sang chaud. Seuls les (petits) mammifères hibernent.

À la fin de l’hiver, la sortie de l’hibernation est déclenchée par l’augmentation de la température et de la durée d’ensoleillement. Elle ne prend que quelques heures : le corps se réchauffe, le cœur retrouve son rythme normal. Amaigri, l’animal doit alors reprendre des forces… avant que débute la saison des amours !

 

ZOOM

 

> HIBERNATION EN COURS : NE PAS DÉRANGER
 

Un animal qui hiberne connaît des réveils périodiques, mais rares. Il urine, mange parfois et se rendort.

Ces réveils sont fondamentaux, car ils permettent notamment d’éliminer les déchets du métabolisme, dont l’accumulation est très toxique.

L’animal peut également changer de gîte si les conditions l’y obligent (changement de température important, glissement de terrain, dérangement…).

Pendant l’hibernation, 90 % de la perte de poids est due à ces phases de réveil qui représentent une énorme dépense énergétique.

C’est pourquoi, il ne faut pas déranger un animal qui dort, surtout en hiver. Des réveils répétitifs peuvent s’avérer fatals !

 

CES ANIMAUX QUI HIBERNENT ! 

Petits rongeurs nocturnes, les muscardins hibernent dans un nid d’hiver en communauté, parfois jusqu’à dix congénères. Ils se roulent en boule les uns contre les autres, la queue sur la tête, pour se tenir chaud.
La chauve-souris a la particularité d’hiberner la tête en bas, enveloppée dans ses ailes. Ici, des grands rhinolophes, l’une des 29 espèces présentes en Isère
Durant l’hibernation, la température du hérisson chute de 35 à 10 °C et elle peut descendre jusqu’à 1 °C, selon la température extérieure. Il ne respire plus que trois ou quatre fois par heure et son rythme cardiaque passe de 180 à huit pulsations par minute.
Petit rongeur gris à la queue touffue, le loir est célèbre pour son sommeil hivernal. Sa longue période d’hibernation, généralement d’octobre à avril, est à l’origine de l’expression populaire « dormir comme un loir ».
Pour se préparer à l’hibernation, la marmotte mange énormément et stocke des graisses plusieurs mois à l’avance.
Elle apporte aussi de l’herbe sèche au fond de son terrier pour former un épais matelas qui évitera la déperdition de chaleur.
Publié le : 
11 novembre 2018