LE RENOUVEAU DES VINS

DU TRIÈVES

Terroir

Implantés sur les coteaux sud du Trièves, entre Vercors et Dévoluy, les premiers vins issus de ce vignoble ressuscité ont le goût de leurs paysages. Le fruit de la passion de quelques jeunes vignerons décidés à le faire revivre.

Par Véronique Granger

 

« Lou Bùou ». C’est le nom en patois triévois donné par Samuel Delus à la cuvée 2014 du Domaine de l’Obiou, commercialisée en 2016.
 
Ce blanc naturel gouleyant et d’une belle couleur dorée est issu de l’un des plus hauts vignobles de France, à Prébois, à 750 mètres d’altitude, face au sommet emblématique des paysages du Trièves.
 
Ne cherchez pourtant pas sur l’étiquette une mention du petit pays dont il est originaire.
 
“Je ne peux pas revendiquer l’IGP Isère [indication géographique protégée], car j’ai incorporé des cépages qui ne sont pas, ou pas encore, dans le cahier des charges, comme l’onchette”, précise le jeune vigneron, président de l’Association des vignes et vignerons du Trièves. 
 
 

> LE PLUS HAUT VIGNOBLE D'EUROPE
 

Après dix ans de bataille administrative pour obtenir l’autorisation de replanter la vigne et de pouvoir créer son entreprise au pays de son enfance, cet ancien professionnel de l’audiovisuel a appris à laisser le temps au temps.

L’union faisant la force, il s’est associé avec d’autres passionnés du cru, et notamment Gilles Barbe, décidés comme lui à reconquérir le vignoble de leurs ancêtres, en octobre 2007.

Acquisition et défrichage de parcelles, création d’un local de vinification commun, recherche sur les plants anciens… Cinq ans plus tard, Samuel pouvait enfin planter ses premiers ceps, là où ses grands-parents travaillaient déjà la vigne familiale.

Très vite, d’autres ont suivi. “Aujourd’hui, à nous tous, cela fait une douzaine d’hectares plantés”, récapitule Pascale Barbe, créatrice du domaine des P’tits ballons à Mens – une ancienne bibliothécaire.

On est loin des 125 hectares cultivés dans les années 1940, à l’époque où Giono évoquait « le petit vin de Prébois ». L’écrivain provençal serait sans doute agréablement surpris par la qualité des rouges et des blancs produits aujourd’hui dans son “cloître de montagnes”.

Car s’il reste confidentiel, le vin du Trièves est bon et a de plus en plus d’adeptes dans les caves et restaurants environnants. Thibault Ducousset, patron du restaurant le Zdank, à Grenoble, fait partie des inconditionnels :

“C’est un vin plein de fraîcheur et de promesse en nez et en bouche, qui fait une très belle promotion de notre terroir”, assure-t-il.

Cultivés en bio et sans intrant chimique, ils répondent à la demande de produits locaux et bien typés malgré leur prix relativement élevé, autour de 15 euros la bouteille.

“Les prix baisseront avec la quantité. Le rendement est de 25 à 40 hectolitres à l’hectare, contre 130 en Champagne ! On cultive nos parcelles comme on cultiverait notre jardin”, explique Samuel Delus. 

 

REPÈRES

 

 >   L'ASSOCIATION VIGNES ET VIGNERONS DU TRIÈVES

 

Elle compte aujourd’hui six jeunes producteurs triévois qui commercialisent leur production : Samuel Delus et Maxime Poulat à Prébois ; Jérémy Dubost, Gilles et Pascale Barbe à Mens ; Jérémy Bricka à Roissard et sur la commune d’Avignonet (qui cultive 2 000 mètres carrés de vigne).

S’ils assemblent une vingtaine de cépages variés, les vins du Trièves ont tous en commun la douce noire et le persan.

L’association a par ailleurs replanté 500 plants d’un cépage autochtone, l’onchette, à partir de souches retrouvées à Sainte-Luce et au conservatoire national de Marseillan.
 

Contact

ZOOM

 

 >   L'ONCHETTE, CÉPAGE ANCIEN DU TRIÈVES

 

C’est un raisin à gros grains particulièrement fruité. L’onchette, ce cépage typique du Trièves dont on a retrouvé quelques souches centenaires dans le Beaumont et le Valbonnais, était cultivé jadis jusque sur les berges du Drac avant de disparaître peu à peu du paysage.

En 2009, l’association Vignes et Vignerons du Trièves entreprenait de le remettre au Catalogue national des variétés cultivées en France – en attendant de pouvoir l’introduire dans le cahier des charges des vins de l’Isère.

Après huit ans d’expérimentation à Prébois et Mens, l’onchette a obtenu le feu vert de la commission nationale.

Aujourd’hui, 500 plants sont sortis de terre. La première mini-cuvée, baptisée Autochtone, donne un vin typé, fruité et épicé.

 

Plus d'infos sur les cépages

 

L'AVIS D'EXPERT

 

 >   THIBAULT DUCOUSSET, SOMMELIER DU RESTAURANT LE ZDANK À GRENOBLE

 

“La première cuvée du Domaine de l’Obiou, Victoria, a été commercialisée en 2015, en rouge uniquement. Nous l’avons proposée dès notre ouverture en septembre de la même année et, depuis, nous avons à notre carte tous les millésimes : Lou Taïssou, Lou Sarameïjou…  

Ce sont des vins atypiques vraiment délicieux : quand on les fait déguster à l’aveugle à nos clients, ils sont très surpris ! Mon coup de cœur, c’est leur vin blanc, plein de fraîcheur et de fruit.

Parmi les 200 références que nous avons en cave, le Domaine de l’Obiou fait d’ailleurs partie de mes trois favoris en Isère. Le vignoble est magnifique, exposé plein sud face à l’Obiou : ça vaut vraiment le coup d’aller le visiter.

Et à prix égal, beaucoup de vins n’ont pas cette qualité.”
 

Contact : 04 76 54 13 93

 
Publié le : 
11 novembre 2018