HANDICAP

ENSEMBLE, C'EST TOUT !

Dossier

 

Premier acteur des solidarités humaines, le Département est le chef de file de l’action menée en faveur des personnes porteuses d’un handicap en Isère. Fort d’un budget annuel de 180 millions d’euros, il développe une politique globale pour permettre à tous de mener leur vie de la façon la plus autonome possible.

Chaque année, la Maison départementale de l’autonomie (MDA) et les services autonomie des 13 Maisons du Département, qui regroupent tous les services compétents, reçoivent plus de 80 000 demandes d’aides et de prestations, et ce nombre va croissant : un Isérois sur huit est concerné par une situation de handicap, soit une famille sur deux.

L’enjeu pour le Département, en collaboration avec les services de l’État et de la Sécurité sociale, est d’apporter à chacun une réponse personnalisée de qualité. L’autre priorité est de sensibiliser tous les Isérois à cette question, pour une meilleure inclusion des personnes handicapées dans la société. 

Par Annick Berlioz et Véronique Granger

 

 LE DROIT DE VIVRE COMME TOUT LE MONDE

 

Un Isérois sur huit est porteur d’un handicap et une famille sur deux est concernée. Leur combat : vivre et être considérés comme tout le monde.

“Les personnes handicapées ne m’intéressent pas !” Venant de Yann Échinard, « référent » handicap à l’Université Grenoble Alpes, producteur de plusieurs documentaires sur le sujet, le propos semble provocateur.

Cet enseignant-chercheur, père de deux enfants, refuse simplement d’être réduit au fauteuil roulant qui a fait irruption dans sa vie il y a douze ans en raison d’une myopathie.

“Quand je suis assis à lire, je ne suis plus handicapé. Cessons de mettre les gens dans les cases. Faire société, vivre ensemble, passe d’abord par l’inclusion des personnes.”

Ce droit à vivre et à être considéré comme tout le monde, revendiqué depuis de nombreuses années par les personnes en situation de handicap, est désormais gravé dans le marbre avec la loi de 2005 relative à « l’égalité des droits et des chances ».

Le Département de l’Isère en a fait une priorité de son plan d’action sur cinq ans (2016-2021) pour l’autonomie des personnes handicapées.

“Cette loi a marqué une avancée considérable, souligne Laura Bonnefoy, vice-présidente chargée du handicap. Les troubles psychiques et cognitifs ont été enfin reconnus. Le droit des enfants à suivre une scolarité dans l’école de leur quartier, en ‘milieu ordinaire’ a été réaffirmé. L’instauration d’une aide financière pour compenser le handicap, la PCH, gérée par le Département, a aussi changé la vie de milliers de personnes en Isère. Mais il reste beaucoup à faire pour que les personnes puissent accéder à leurs droits.”

Mise en accessibilité des bâtiments publics, de l’habitat, des transports, création de places en accueil de jour et en établissements spécialisés : autant de chantiers qui ont pris du retard et pour lesquels le Département, chargé de développer une politique globale en faveur des personnes, doit mettre les bouchées doubles.

De nouveaux besoins se sont aussi fait jour pour des personnes handicapées vieillissantes. Parmi les projets en cours : un foyer d’accueil médicalisé pour adultes autistes est en projet avec l’association Afiph et l’hôpital de Saint-Égrève, mais il en faudra d’autres.

En matière d’inclusion dans la société – à la crèche, à l’école, au travail –, on est aussi loin du compte. Si les moyens humains manquent souvent, c’est plus profondément un changement de regard qui s’impose sur tous ceux qui, en raison d’une altération substantielle de leurs fonctions physiques ou sensorielles, se voient exclus de nombreuses activités.

Le Département, qui travaille étroitement avec les services de l’État et soutient les associations compétentes, travaille aujourd’hui sur une profonde refonte des pratiques professionnelles.

Cela s’est traduit, par exemple, cet automne par la création d’un pôle « ressource-handicap-enfance-jeunesse de l’Isère », qui pose les jalons d’une coopération efficace entre les gestionnaires de structures pour la petite enfance – crèches, assistants maternels, centres de loisirs – pour « lever les freins à l’accueil des enfants “différents” ».

Les équipes de la Maison de l’autonomie – qui instruisent plus de 80 000 dossiers de demandes par an – sont en première ligne avec la mise en place du dispositif « Réponse accompagnée pour tous ».

L’ambition est à la hauteur des enjeux d’une société plus solidaire : “Aucune famille ne doit rester sans solution conforme à son projet de vie, résume Laura Bonnefoy. Nous avons tous une responsabilité.”

 

 

EN VIDÉO


HANDICAP, MALADIES CHRONIQUES ET PARENTALITÉ

Entre 2016 et 2017, 1 165 parents isérois ont participé à l'enquête "Handicap, maladies chroniques et parentalité", pilotée par l’Udaf (Union départementale des associations familiales).

Retour sur cette enquête complétée du témoignage de l'anthropologue Charles Gardou.

 

Laura Bonnefoy, vice-présidente du Département de l’Isère, chargée de la dépendance et du handicap.

 
 

>  PRENDRE EN COMPTE LE PROJET DE VIE

 

Isère Mag : En 2016, le Département a mis en place un nouveau schéma départemental pour l’autonomie des personnes handicapées. Quels en sont les principaux enjeux ?
 

Laura Bonnefoy : Le handicap revêt des formes multiples, psychiques, mentales, sensorielles et physiques. Il y a même des handicaps totalement invisibles ! Le handicap concerne aussi tous les âges de la vie avec différents niveaux de perte d’autonomie. Il touche de plein fouet les familles et les proches aidants, dont la vie est souvent fortement impactée. Notre rôle est de faire face à la diversité de ces situations. Ce schéma a pour objectif de dresser un état des lieux des besoins et d’apporter des réponses au cas par cas.
 

I. M. : Quels sont les axes forts ?

L. B. : Notre première volonté est de changer le regard sur les personnes handicapées et de faciliter leur intégration en prenant en compte leur projet de vie.
 
Pour cela, nous allons soutenir les associations porteuses de projets innovants : accessibilité aux activités sportives et culturelles, inclusion professionnelle, apprentissages, scolarisation… Autre souhait, favoriser le maintien à domicile. À ce titre, nous avons engagé une grande réforme qui incite financièrement les services d’accompagnement à assurer également leurs prestations les dimanches et jours fériés, pour les personnes les plus dépendantes et ceci, même dans des communes dites « éloignées » des centres urbains.
 
Nous allons aussi créer un guide qui informe les familles sur toutes les aides et prestations auxquelles elles ont droit. Enfin, un effort très important sera mis sur la création et la rénovation des établissements.
 
 
I.M : Comment travaillez-vous avec les associations ?
 
L. B. : Nous devons beaucoup aux associations qui se mobilisent depuis de nombreuses années pour apporter des réponses adaptées aux personnes en situation de handicap.
 
Gérées par des familles, elles sont en prise directe avec la réalité et les mieux à même de nous faire remonter les besoins. Elles participent fortement à l’évolution des politiques publiques et de textes de loi.
 
Actuellement, nous travaillons en étroite collaboration avec elles pour mettre en place le dispositit Réponse accompagnée pour tous (RAPT) et obtenir les financements nécessaires à la création de nouveaux établissements.

 

Georges Vié, président de l’Association familiale de l’Isère pour personnes handicapées (Afiph).
 
 

>  DÉVELOPPER ENSEMBLE DES DISPOSITIFS INNOVANTS

 

Isère Mag : Que représente l’Afiph en Isère ?

Georges Vié : Nous gérons 3 400 places dans 23 établissements pour jeunes et adultes porteurs d’un handicap intellectuel, soit la moitié des structures dédiées à l’hébergement des personnes concernées. Nous accompagnons aussi plus de 1 000 personnes dans le milieu ordinaire (scolarité, emploi…).

Créée en 1961 et gérée par des familles, notre association – ex-Afipaeim – a fait le choix de développer une organisation participative, avec la volonté d’apporter une réponse adaptée à nos résidents tout comme à leurs aidants.
 

I. M. : Quels projets menez-vous avec le Département ?

G. V. : Chaque année, le Département nous alloue 50 millions d’euros pour faire fonctionner les établissements et services placés sous sa responsabilité.

Actuellement, nous menons plusieurs projets en commun, notamment en Matheysine avec la rénovation des foyers Le Cairn, à Susville, et la création du foyer d’hébergement et du service d’activité de jour Les Gantiers, à La Mure.

Mais l’une de nos priorités consiste à développer ensemble des dispositifs innovants. Par exemple, en mettant en place une plateforme d’aide et de répit pour les aidants familiaux.

 

Art.L.114 : Constitue un handicap, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie par une   personne  en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles ou   mentales. 

(loi du 11/02/2005)

Élisabeth Clerc, cofondatrice de Handi Cap Évasion 38

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> POUVOIR PARTIR DANS LA NATURE

 

Quand Élisabeth Clerc se retrouve sur un fauteuil roulant à la suite d’un AVC à l’âge de 22 ans, cette mère de deux enfants décide qu’elle continuera de faire tout ce qu’elle faisait auparavant.

“La seule chose à laquelle je ne parvenais pas et qui me manquait énormément, c’était de randonner en montagne.”

Sa rencontre avec Joël Claudel, inventeur de la Joëlette, va changer sa vie en 1989. Cet engin circule sur une seule roue et se faufile sur les sentiers les plus escarpés !

Élisabeth participe ainsi à une première expédition en Joëlette dans le Moyen Atlas marocain avec quatre autres personnes handicapées moteur, en 1990. Depuis, l’association Handi Cap Évasion 38, née en 1992 à Fontaine, continue d’emmener toujours plus de personnes dans la nature chaque année, de novembre à mai.

Aux premières neiges, le traîneau pulka remplace la Joëlette. Une centaine de bénévoles, tireurs ou tirés, valides ou handis, se relaient pour partager ces sorties toujours intenses en émotions.

“Souvent, on se rend compte que les plus handicapés ne sont pas ceux que l’on pense ! Pourquoi faire la différence ?”, interroge Élisabeth. 

Françoise Ulrich, éducatrice spécialisée

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> DÉVELOPPER LES POTENTIELS

 

“L’important, c’est de prendre la personne dans sa globalité, avec son potentiel et son projet de vie tout en tenant compte de ses fragilités, explique Françoise Ulrich, monitrice éducatrice et membre de l’équipe éducative du service d’activités de jour de Sainte-Agnès à Saint-Martin-le-Vinoux.

Cette structure accueille en journée une quarantaine d’adultes en situation de handicap mental ou psychique inaptes au travail. Peinture, poterie, cuisine, sorties… plusieurs activités leur sont proposées.

“Ces ateliers ont toujours une vocation pédagogique. L’objectif est de leur permettre d’acquérir de nouveaux apprentissages : précision, concentration, dextérité manuelle… mais aussi un état de mieux-être et une grande confiance en eux.

Nous travaillons avec un psychologue qui nous apporte son éclairage sur les pathologies et leurs caractéristiques. Cela nous permet d’ajuster notre encadrement au cas par cas. Au bout de quelques années, nous observons des progrès dans de nombreux domaines, notamment dans le comportement.”

 

Raphaëlle Bernard, directrice de l’association Seve

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> ASSURER UNE MEILLEURE QUALITÉ DE SERVICE
 

“Les personnes lourdement handicapées requièrent un accompagnement renforcé avec un personnel formé aux différentes formes de handicap et aux situations difficiles”, explique Raphaëlle Bernard, directrice de l’association Seve de Bourgoin-Jallieu, spécialisée dans l’aide à domicile des personnes en perte d’autonomie.

Elle emploie 60 auxiliaires de vie, dont une vingtaine qui interviennent auprès de 45 adultes handicapés. Le 1er avril, Seve a signé un contrat pluriannuel d’objectif et de moyens avec le Département lui permettant de recevoir une aide (1 et 6 euros l’heure, supplémentaire) pour les interventions les plus complexes : grande dépendance, interventions de nuit, les dimanches et jours fériés, communes isolées…

“Cela nous permet d’assurer une meilleure qualité de service en nous adaptant aux besoins et d’avoir une vision pluriannuelle favorable à la mise en place de nos projets. C’est aussi une reconnaissance du travail effectué par notre personnel et une véritable avancée pour les personnes handicapées et leurs aidants.”

Mattieu Villaret, Directeur territorial des actions associatives d’APF France Handicap

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> MILITER POUR L'ACCÈS AUX DROITS
 

Créée en 1933, l’APF France Handicap (ex-association des paralysés de France) a été pionnière en France dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap et de leurs familles.

Depuis le texte fondateur de 1975 sur « l’intégration des personnes handicapées » jusqu’à la loi de 2005 introduisant les notions d’inclusion dans la société et de droit à la compensation, les avancées obtenues ont été considérables.

“Il reste beaucoup à faire pour que la loi soit appliquée partout, notamment en matière d’accessibilité des établissements et de scolarisation. Malgré tout, nous n’avons cessé de progresser, positive Mattieu Villaret. Avec le projet de loi Élan sur le logement de 2018 au contraire, on fait marche arrière !”

La loi prévoit en effet de ramener de 100 à 20 % la part de logements accessibles aux personnes à mobilité réduite dans les immeubles neufs – les 80 % restants étant « évolutifs ».

“Sachant que l’adaptation de logements anciens coûte bien plus cher et que le vieillissement de la population est inéluctable, c’est un mauvais calcul et une discrimination supplémentaire envers les personnes”, s’insurge-t-il.

 

Philippe Giraud, directeur d’Ohé Prométhée/Cap emploi 38

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> OFFRIF DES POSSIBILITÉS DE FORMATIONS
 

Depuis 1987, la loi stipule que toute entreprise de plus de 20 salariés emploie au moins 6 % de travailleurs handicapés – ou, à défaut, alimente un fonds spécifique pour l’insertion des personnes concernées.

Philippe Giraud a parmi ses missions de convaincre les employeurs qu’en adaptant leurs postes de travail leur entreprise y gagnera !

“Ce qui est considéré au départ comme un frein se révèle souvent très positif en termes de dynamique d’équipe et de productivité. Progrès social et progrès économique ne sont pas antinomiques.”

Si le message commence à être entendu, notamment dans les grandes entreprises technologiques, il reste du chemin à faire. “Le taux de chômage des personnes en situation de handicap est deux fois supérieur à celui de la population, constate-t-il. Le gros obstacle, c’est leur niveau d’étude : 75 % ont un CAP ou moins.”

Son autre grand challenge est de les faire monter en compétences. Chaque année, ils sont 400 à intégrer une formation qualifiante en Isère et 2 000 à décrocher un poste de travail. 

Marie Dal Zotto, comédienne et trisomique

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> ÊTRE REGARDÉE, COMÉDIENNE ET TRISOMIQUE
 

En rentrant chez Marie, à Grenoble, on remarque la collection de coupes témoignant de ses nombreux exploits sportifs : athlétisme, natation, équitation… “J’aime me dépasser !”, dit-elle avec ce sourire rayonnant qui suscite tout de suite l’empathie.
 
Le trophée du « meilleur jeune espoir féminin » de l’Adami, remporté au Festival de la fiction TV de La Rochelle, s’est ajouté à son palmarès en 2017.
 
Marie a été ovationnée pour son interprétation dans Mention particulière, téléfilm diffusé sur TF1 où elle incarne une jeune trisomique qui décroche son baccalauréat.
 
Forte de quatorze ans de théâtre amateur avec Philippe Pujol à Voiron, la jeune femme de 30 ans a tenté sa chance au casting… et a décroché le premier rôle ! “J’adore être sur scène. Ce qui me plaît le plus, c’est que les gens me regardent autrement”, affirme-t-elle.
 
Marie espère maintenant devenir comédienne professionnelle. Et elle attend impatiemment de tourner la suite du téléfilm, en cours d’écriture : le scénario s’inspire de celui de sa propre vie.

Geneviève Fourel. Vit avec un trouble bipolaire

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> RECONSIDÉRER LE HANDICAP PSYCHIQUE
 

“Je fais partie des privilégiées qui ont un médicament efficace. Aujourd’hui, je vis normalement, juste quelques séquelles dont je m’accommode en souriant. Mais durant une grande partie de ma vie, j’étais pire que morte, comme dira plus tard une amie”, témoigne Geneviève Fourel, 53 ans, habitante de Saint-Georges-d’Espéranche.

Atteinte de troubles bipolaires depuis l’âge de 20 ans, elle a vu sa maladie progresser pendant trente ans. Elle bénéficie d’un traitement adapté depuis seulement trois ans.

Le trouble bipolaire se caractérise en général par une alternance de phases d’exaltation et de dépression. Mais dans les faits, d’une personne à l’autre, les symptômes peuvent être très différents. D’où la difficulté de le diagnostiquer.   

Après onze ans d’arrêt, Geneviève a pu reprendre son métier de chercheuse à l’ENS de Lyon. “Heureusement, je n’ai pas d’horaire fixe et peux m’organiser comme je veux. Ce qui me permet de m’interrompre pour faire du sport. C’est vital pour moi !”

Élisabeth Achard, maman d’un enfant autiste

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> VIVRE L'AUTISME AUTREMENT
 

“Les enfants autistes viennent chercher chez nous, les parents, des ressources insoupçonnées. Je veux aider ces familles extraordinaires, souvent plus oubliées que leurs enfants, à faire face”, explique Élisabeth Achard.

Cette Iséroise a adopté deux enfants. “Nicolas a été diagnostiqué autiste ‘non verbal’ à l’âge de 7 ans. Il ne disait que trois mots : papa, maman et eau. Cette annonce nous a permis de comprendre son comportement, d’accepter sa différence, mais aussi de déculpabiliser.

Bien sûr, il y a eu des moments douloureux pour toute la famille. J’ai dû arrêter de travailler pendant trois ans, jusqu’à ce que Nicolas entre dans un institut médico-éducatif en internat.

À la retraite, j’ai souhaité m’investir comme bénévole à l’Afiph, en tant que chargée de la vie associative. Mon rôle consiste à soutenir les parents, notamment en organisant des groupes de parole pour qu’ils puissent s’exprimer.

Je souhaite aussi toucher davantage les sœurs et les frères, qui sont également fortement impactés.”

ZOOM

 

>  UN FOYER D'ACCUEIL MÉDICALISÉ EXEMPLAIRE

 

Un espace balnéothérapie, un salon de coiffure, une salle de détente et de décompression, un restaurant où les repas sont préparés sur place… Au foyer d’accueil médicalisé Grand Ouest de Beaurepaire, tout a été conçu pour le bien-être des pensionnaires.

Créé en 2013 par l’Association familiale de l’Isère pour personnes handicapées (Afiph), avec l’aide du Département, cet établissement héberge 85 adultes.

“Nous accueillons à la fois des personnes atteintes d’autisme, des polyhandicapés ou avec des déficiences mentales sévères. Leur état de dépendance nécessite une surveillance médicale et une aide pour tous les gestes de la vie quotidienne. C’est pourquoi nous avons organisé nos espaces avec une unité par type de handicap”, explique Georges Vié, président de l’Afiph.

Cependant, le mode de vie se veut aussi proche que possible de la vie à la maison. Toutes les chambres (individuelles) sont personnalisées avec de grandes fenêtres donnant sur des patios fleuris.

L’expression et la communication sont favorisées par de nombreuses activités en commun. Et un studio est mis à la disposition des parents pour maintenir le lien familial.

 

INTERVIEW

Yann Échinard, enseignant-chercheur à Sciences Po Grenoble.
 
 

>  C'EST À L'ENSEMBLE DE LA SOCIÉTÉ QU'IL FAUT S'ADRESSER

Cet économiste, spécialiste des questions européennes, a découvert en 1983 qu’il était atteint d’une myopathie évolutive et invalidante, pour laquelle il n’existe aucun traitement. Aujourd’hui, il se bat contre la maladie… et pour une société plus inclusive.
 

Isère Mag : Comment avez-vous découvert votre maladie ?

Yann Échinard : C’était au cours de mon service militaire chez les chasseurs alpins, en 1992. J’avais 23 ans, j’étais étudiant à l’université. Je pouvais encore skier, faire du vélo, mais j’avais de plus en plus de mal à suivre… Le médecin militaire m’a diagnostiqué une myopathie des ceintures : une maladie rare. Cela a été un choc.

 

I.A : Quelles ont été les conséquences sur votre vie ?

Y.É : Sur le plan personnel, jusqu’en 2011, j’ignorais quel était le type de myopathie dont je souffrais. Les unes affectent aussi bien les muscles striés, touchant la mobilité que les muscles lisses, liés aux fonctions respiratoires ou cardiaques. Et se transmettent. Les autres atteignent uniquement les muscles striés et sont récessives.

Comme je voulais avoir des enfants, avec ma femme, nous avons engagé une procédure d’adoption d’un pupille de l’État, procédure qui a abouti en 2004. Puis ma myopathie a enfin pu être étiquetée, en 2011, c’est une forme qui n’atteint pas les muscles lisses et ne se transmet pas. Ma femme est tombée enceinte à l’âge de 42 ans et nous avons donc deux enfants.

Côté travail, j’étais déjà maître de conférences à l’Université Pierre Mendès-France : j’ai assez vite alerté les services sur mes difficultés croissantes pour accéder aux chaires. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas été très réactifs !

À leur décharge, à l’université, on rencontre très peu de handicaps visibles. Mais en 2003, j’ai fait une chute violente devant tous les étudiants : j’ai eu très peur. J’ai pris conscience que je mettais ma vie en danger. Cela a été un déclic. Grâce à loi de 2005 et à la charte « université-handicap » signée par Valérie Pécresse, le président de l’époque, Alain Spalanzani, m’a confié une mission pour mettre en place une politique d’accessibilité au sein de l’UPMF en 2007. Soit 100 000 mde bâtiments !

 

I.A : Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Y.É Le fauteuil roulant est entré dans ma vie en 2006. Mais il faut comprendre que je n’œuvre pas seulement pour 3 % de handicapés moteurs. Quand on installe une main courante ou une rampe d’accès, qu’on réaménage la bibliothèque pour faciliter l’accès aux ouvrages, qu’on met en place une porte automatique, tout le monde en profite.

Aujourd’hui, mes confrères vieillissants ou ceux qui traversent les couloirs avec les bras chargés de dossiers me remercient ! Mais toute loi engendre des résistances. Le vrai combat maintenant, c’est d’amener les gens à changer de regard sur le handicap : cessons d’enfermer les gens dans des cases et travaillons tous ensemble.

Pour commencer, l’école étant le premier lieu de sociabilisation, il faut déjà sensibiliser et former les enseignants à l’accueil d’enfants différents. Il y a encore trop de préjugés. Quand on a l’occasion de côtoyer les personnes handicapées et de vivre à leurs côtés, les peurs et les a priori tombent. Et cela est valable pour tous les types de discriminations, qu’elles soient raciales ou de genre.

 

Pour aller plus loin :

Voir les films produits par Yann Échinard sur le handicap

 

ZOOM

 

>  ÉNÉE CONTRE LES PRÉJUGÉS AU MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE

 

On peut être trisomique ou autiste et avoir du talent. La preuve avec la troupe de théâtre professionnelle formée à Grenoble par l’Association de recherche et d’insertion sociale des trisomiques (Arist) avec le Créarc.

Les 16 et 17 novembre derniers, le Musée archéologique, l’un des dix musées du Département, a accueilli leur deuxième création avec le metteur en scène Fernand Garnier, Énée aux enfers.

Un décor d’outre-tombe tout trouvé pour ce voyage initiatique au royaume des morts, adapté de L’Énéide de Virgile. À deux mois de la première, durant la répétition, la tension monte chez les neuf comédiens.

Très concentré, Patrick, qui jouait déjà le rôle-titre dans la pièce précédente de Fernand Garnier, Jean l’éperdu, incarne cette fois le personnage d’Énée, ce prince troyen légendaire.

“Certains ont des problèmes de mémorisation, d’élocution ou même d’illettrisme. Mais ils compensent par leur motivation et leur capacité de travail”, constate Fernand Garnier – qui a une longue expérience dans la direction d’acteurs « différents ».

Sophie Laffont, directrice de l’Arist, se bat pour leur obtenir le statut d’intermittents du spectacle. Cette initiative s’inscrit aussi dans la volonté du Département de faire tomber les préjugés vis-à-vis du handicap. 

 

Contact : Créarc, 04 76 01 01 41

 

Créarc

 

EN VIDÉO

>  VIVRE LE HANDICAP PSYCHIQUE. L'IMPORTANCE DE L'ACCOMPAGNEMENT

Ce film documentaire a été diffusé le 25 juin 2018 à la Maison Départementale de l'Autonomie (MDA38) et à Bourgoin-Jallieu le 2 octobre dernier devant plus de 100 personnes.

 

HANDICAP : QUI FAIT QUOI ?

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Publié le : 
11 novembre 2018